Prévention du risque requin :

Les pistes possibles pour éviter de nouveaux accidents


Publié / Actualisé
Une quarantaine d'attaques de requins, dont vingt mortelles, ont été recensées à La Réunion depuis 1972. C'est environ une par an et plus d'une sur deux est fatale. Pour répondre à cet enjeu, des pays comme l'Afrique du Sud, l'Australie ou encore les Seychelles ont déjà tenté d'apporter des éléments de réponse. Drumline, filets, shark shield, pêche... A La Réunion, on réfléchit encore aux avantages et inconvénients de chacune. Revue de détail.
Une quarantaine d'attaques de requins, dont vingt mortelles, ont été recensées à La Réunion depuis 1972. C'est environ une par an et plus d'une sur deux est fatale. Pour répondre à cet enjeu, des pays comme l'Afrique du Sud, l'Australie ou encore les Seychelles ont déjà tenté d'apporter des éléments de réponse. Drumline, filets, shark shield, pêche... A La Réunion, on réfléchit encore aux avantages et inconvénients de chacune. Revue de détail.
* Shark shield : Ce bracelet à porter à son pied envoie des ondes électriques dans un rayon de 8 mètres sensées faire fuir les requins. Très utilisé en Australie, ce système brouille les sens des requins qui préférerait se tenir éloigné. Son inconvénient? Son prix : plus de 500 euros. La mairie de Saint-Leu a annoncé au mois d'août avoir le projet d'équiper les surfeurs du club de la ville de ces dispositifs dont l'efficacité semble prouvée. Mais, il présente un autre inconvénient : en faisant fuir les squales loin de ceux qui portent un shark shield, il les oriente vers ceux qui n'en ont pas.

* Filets : utilisés en Australie et en Afrique du Sud, les filets anti-requin ont montré leur efficacité. Déployés autour de la ville de Durban, dans l'est de l'Afrique du Sud, ils ont permis de passer d'une dizaine d'attaques annuelle, à zéro dans la zone protégée. A la fin des années 50, 5 personnes perdirent la vie en quelques mois, tuées par des requins. La décision d'installer des filets anti-requins autour des plages de la ville fut alors prise pour sauver l'industrie touristique de la région. Mais avec cette solution, sauver le tourisme implique de sacrifier la faune sauvage. Dans les filets se prennent aussi des tortues, des dauphins, des oiseaux et des requins inoffensifs. Aujourd'hui, de nombreuses associations écologiques militent pour leur retrait.

* Les drumline : Ces sortes d'ancres auxquelles sont reliées des grosses bouées permettent de capturer les requins grâce à un hameçon et de les garder vivants jusqu'à leur capture. Les requins récupérés sont marqués et peuvent être suivis dans le cadre de programme scientifiques. Cette technique utilisée en Afrique du Sud et en Australie est la plus consensuelle : elle ne détruit pas la faune marine comme les filets et protège efficacement les plages. Lorsqu'un requin a été attrapé, en général, il ne revient pas au même endroit. Les drum line empêchent ainsi la sédentarisation de requins côtiers dans une zone balnéaire. Cette solution avait été envisagée par la mairie de Saint-Pierre il y a quelques années, suite à plusieurs attaques successives qui avaient eu lieu sur le spot de surf du Pic du Diable. Elle n'avait finalement jamais été mise en oeuvre.

* La pêche : cette solution radicale a été adoptée par les Seychelles suite à deux attaques mortelles sur une même plage d'un îlot paradisiaque il y a un mois. Une quarantaine de squales a été tuée au début du mois de septembre en espérant trouver l'animal qui avait agressé les touristes. Peu de temps après l'opération, un spécialiste sud-africain des requins avait indiqué que les requins tués étaient pour la plupart, inoffensifs. Cette solution plutôt décriée ressemble pourtant à celle envisagée par le préfet, Michel Lalande. Il a annoncé lundi 19 septembre avoir demandé au directeur de la DEAL (direction de l'environnement de l'aménagement et du logement) de faire, d'ici jeudi, des propositions sur les " conditions de prélèvement de requins appartenant aux espèces dangereuses et non protégées (requin tigre, bouledogue et mako)". Selon lui, "Ce n'est pas une chasse au requin. Ce sont des prélèvements dont j'établirai les conditions. Je m'appuierai sur des expertises professionnelles et dans le cadre légal".

* La science : Les connaissances scientifiques concernant les requins autour de la Réunion sont proches de zéro. Un projet proposé par une équipe de l'IRD sur les requins côtiers a été retoqué à deux reprises, en 2007 et 2008, et n'a pas obtenu les financements nécessaires (voir ITV). Il faut remonter aux années 90 pour trouver une étude sur les attaques. Géry Vangrevelinghe, médecin de formation et passionné de requins, avait rédigé une thèse sur les attaques de squales sous l'angle de l'accidentologie. Il avait, entre autres, révélé la présence sur les côtes réunionnaises du requin bouledogue, accusé aujourd'hui d'être à l'origine de plusieurs attaques. " Si on avait pu éviter ces prélèvements, je pense que cela aurait été mieux. Mais je comprends les pressions qui pèsent sur le préfet et les élus. Je supposee que ce sera une réponse très ponctuelle à cette suite malheureuse d'accidents ", indique Gery Vangrevelinghe, qui milite depuis longtemps pour la tenue d'études approfondies visant à mieux connaître les populations et les comportements des requins autour de l'île. Selon lui, " il ne faudrait pas commettre l'erreur de mettre en place des solutions pérennes sans en savoir plus sur les populations de requins ", indique-t-il.
Des études sont d'autant plus nécessaires qu'en leur absence, les hypothèses vont bon train. Après la présence de tortues lâchées en masse dans les années 80, un effet " réserve marine " est maintenant évoqué. Les défenseurs de la réserve arguent que la mise en place de la réserve en 2007 est encore trop récente pour avoir un quelconque effet.

   

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