Une technique amenée à disparaître :

Le Port : nettoyage des quais portuaires, les restes de charbon jetés à la mer


Publié / Actualisé
L'alerte nous a été donnée par un employé travaillant au Port. Celui-ci observe régulièrement que les restes de charbon déchargé sur les quais sont nettoyés à coup de lances d'incendie et finissent dans la mer. Une couche de charbon serait maintenant déposée au fond du bassin, fatale pour l'environnement. Le Grand Port Maritime reconnaît un nettoyage à l'eau mais assure que la technique est amenée à disparaître. Une nouvelle balayeuse aspiratrice est prévue pour juillet 2020. (Photos DR)
L'alerte nous a été donnée par un employé travaillant au Port. Celui-ci observe régulièrement que les restes de charbon déchargé sur les quais sont nettoyés à coup de lances d'incendie et finissent dans la mer. Une couche de charbon serait maintenant déposée au fond du bassin, fatale pour l'environnement. Le Grand Port Maritime reconnaît un nettoyage à l'eau mais assure que la technique est amenée à disparaître. Une nouvelle balayeuse aspiratrice est prévue pour juillet 2020. (Photos DR)

Cela fait déjà trois ans que ce travailleur du Port observe le même spectacle. A chaque déchargement de charbon – environ 10 bateaux par an de 50.000 tonnes chacun – c'est la même chose. Le charbon est d'abord transféré à l'aide d'une grue du bateau au silo dans lequel il sera stocké. Les camions viennent ensuite se recharger, l'opérateur ouvre la vanne du silo et le charbon est déchargé dans le camion.

Mais on parle ici d'un matériau extrêmement volatile et une partie du charbon finit immanquablement sur le quai. Comme on le voit sur la vidéo ci-dessous, le matériau est nettoyé avec des lances d'incendie et finit donc dans la mer.

- Plusieurs étapes de nettoyage -

Ce qu'il reste de charbon sur le quai est bel et bien évacué dans le bassin, le Grand Port Maritime (GPMDLR) en charge du nettoyage des quais le confirme et apporte des précisions pour justifier cette technique. Les opérations de nettoyage se déroulent en plusieurs temps, "à noter déjà qu’en cours de déchargement, un arrosage fréquent est effectué afin d’éviter l’envol de poussières" nous indique-t-on.

Le directeur exploitation commerce du GPMDLR, Henri Dupuis, explique. "Un premier nettoyage est effectué par un prestataire privé, en charge des opérations de déchargement du charbon. Les manutentionnaires rassemblent les dépôts de charbon sur les quais et le matériau récupéré retourne dans le silo" nous indique-t-il.

Dans un deuxième temps, le Grand Port Maritime effectue le reste du nettoyage. "Les matériaux restants sont regroupés. Un balayage est effectué en humidifiant au préalable les restes de charbon pour faciliter leur collecte." A nouveau, les matériaux sont récoltés pour être remis dans le silo.

En dernier lieu, il reste en effet une "couche fine" explique le directeur, "qui compte tenu des moyens que nous avons est nettoyée à l'eau". Celle-ci est balayée à l'aide de lances d'incendie et finit donc dans le bassin.

- Du charbon au fond de l'eau -

Le Grand Port Maritime préfère le terme de "particules" et estime qu'il s'agit de quantités "minimes". Pourtant selon notre observateur, l'eau est considérablement noircie à chaque nettoyage. Certains de ses amis scaphandriers se disent terriblement gênés par cette poussière noire jetée à l'eau. "Ils sont obligés d'allumer le projecteur même en plein jour tellement on n'y voit rien."

Jonathan Bordier, responsable du pôle hydrocarbures et services bord à quai du GPMDLR dément : "c'est impossible qu'il y ait une couche épaisse de charbon au fond de l'eau. Nous avons une équipe de bassimétrie qui vérifie régulièrement la profondeur du bassin à l'aide de sonars. S'il y avait un mètre de charbon au fond de l'eau on le saurait."

- Une procédure qui pose question -

La procédure, on l'a compris, se divise en plusieurs étapes et se répartit entre plusieurs acteurs. Ainsi ce serait au prestataire de collecter le gros du charbon, à l'aide de chargeuses. Le Grand Port Maritime, lui, dit assurer la deuxième partie du nettoyage et le lavage des quais à l'eau.

Force est de constater selon les vidéos qui nous ont été transmises que le charbon est parfois directement jeté à la mer, avant même le nettoyage à l'eau. Contacté, le prestataire dit ne pas comprendre. "Nous sommes juste des manutentionnaires et ramassons le charbon essentiellement de nuit quand le bateau est encore à quai. La dernière fois nous avons fini à 3 heures du matin. En aucun cas il ne peut s'agit de nos équipes" nous explique-t-on.

Et sur les vidéos, filmées de jour, pas de bateau à quai. On aperçoit d'ailleurs derrière ces engins les lances à incendie du Grand Port Maritime assurant le nettoyage des quais. Le GPMDLR nie toute responsabilité. "Nous n'avons pas de chargeuse, seulement des Bobcat (marque d'engins de chantier spécialisée dans les équipements compacts, ndlr)" nous indique-t-on.

La compagnie de manutentionnaires explique bien quant à elle "être très procédurière concernant le déchargement des bateaux. Nous sommes missionnés, nous n'avons donc aucun intérêt à jeter le charbon dans l'eau." Et d'ajouter que le ramassage du "gros" du charbon dure généralement peu de temps : "nous assurons essentiellement la partie déchargement, le nettoyage c'est le rôle du Grand Port Maritime". Grand Port Maritime qui, une fois de plus, nie jeter le charbon dans l'eau à l'aide d'engins et maintient que la seule partie qui finit à la mer est cette "couche fine" nettoyée à l'aide de lances d'incendie.

- Une nouvelle balayeuse aspiratrice en attente -

Toujours est-il que le charbon, en petite ou en grande quantité, finit bien au fond du bassin. Le Grand Port Maritime reconnaît que cette technique de nettoyage a ses limites. "Nous sommes contraints à cette méthode car nous ne disposons pas d’autres moyens techniques pour intervenir mais cette situation n'est pas satisfaisante pour le GPMDLR".

La question d'un convoyeur, permettant d'acheminer le charbon via un tapis roulant et dans des réceptacles fermés, n'est pas envisageable. "Cela impose d'avoir des quais dédiés ce qui n'est pas possible au port de La Réunion qui compte de nombreux passages et de nombreux clients et qui possède des quais polyvalents" estime Henri Dupuis.

Un matériel spécifique est donc en cours d'acquisition pour un coût d'environ 600.000 euros. "La date prévisionnelle de réception en usine est fixée à fin mai avec une réception à La Réunion en juillet" indique le GPMDLR. "C'est une balayeuse aspiratrice de forte capacité qui peut tolérer tout type de matériau", assure Henri Dupuis. Son utilisation mettrait donc fin, à en croire le Grand Port Maritime, au rejet du charbon dans la mer.

mm / www.ipreunion.com / redac@ipreunion.com

   

9 Commentaire(s)

Marco de Bretagne, Posté
Il faudrait que l'autorité locale établisse un charte mentionnant l'obligation pour chaque bateau de nettoyer à quai et ceci avec toutes les précautions nécessaires liées à l'environnement .

Jean, Posté
Comment croyez vous que les bateaux sont nettoyé .. ils attendent d'etre en mer, ils mettent les pompe incendie en marche et nettoient le pont du bateau et jettent tout à la mer ni vue ni connu .que ça soit du charbon du ciment du soja du blé enfin tout ce qui est en vrac .. la marine marchande pollué depuis la nuits des temps mais ca ne ce voit pas.
Nono974, Posté
Cela fait bientôt 8 ans que je voit cette pratique , et ils font la même choses quand ils déchargent le céréales et le ciment , c'est scandaleux on observe à chaque fois un nuage de poussière qui part en direction de la Possession .
Rienafoot, Posté
Plus que l'enseigne sont grandes Mieux çà passe inaperçu c est là que la DEAL a du boulot
Volcan974, Posté
Et la photo band cochon? De toute façon ce sont les autres qui sont sales mais jamais nous, détruire notre environnement après i pleure la pu poisson corail et autres faunes Maritimes comme l article d hier sur la dengue
Atbo, Posté
Et une fois de plus, tout le monde se rejette la responsabilité !!!!
Frigidaire, Posté
non seulement le charbon mais également les céréales et le clinker. C'est cela être écologique avec le GPMDLR
Strop, Posté
Belle enquête, bravo au journaliste et à la personne qui a signalé l'anomalie.
Manu, Posté
Inadmissible, dégueulasse, lamentable...
Honte au directeur du port et aux équipes en charge du nettoyage.
Il faut porter plainte et virer ce directeur irresponsable.