NRL - Une rallonge financière va être demandée (actualisé) :

Selon les transporteurs, "des andains il y en a partout, il faut juste les acheter"


Publié / Actualisé
Ce mercredi 9 octobre marquait un nouveau chapitre dans l'affaire du chantier de la Nouvelle Route du Littoral. Les transporteurs, prêts à en découdre, ont rencontré le préfet puis le vice-président de la Région en charge de la NRL, Dominique Fournel. Les syndicats s'inquiètent toujours d'un possible arrêt du chantier, faute de roches massives. Farouchement opposés au projet d'importation de roches mauriciennes, ils demandent à la Région de reconsidérer l'extraction d'andains dans les terrains agricoles de l'île. Une étude de la Safer est d'ailleurs en cours pour déterminer combien de roches sont disponibles actuellement. Environ 2,6 millions de tonnes seraient déjà exploitables. Encore faut-il avoir les fonds pour aller les chercher. Selon une source proche du chantier, Imaz Press Réunion apprend qu'une enveloppe supplémentaire devra être apportée par la Région, quel que soit le scénario retenu, pour terminer cette route. Retour sur une saga qui n'en finit pas. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)
Ce mercredi 9 octobre marquait un nouveau chapitre dans l'affaire du chantier de la Nouvelle Route du Littoral. Les transporteurs, prêts à en découdre, ont rencontré le préfet puis le vice-président de la Région en charge de la NRL, Dominique Fournel. Les syndicats s'inquiètent toujours d'un possible arrêt du chantier, faute de roches massives. Farouchement opposés au projet d'importation de roches mauriciennes, ils demandent à la Région de reconsidérer l'extraction d'andains dans les terrains agricoles de l'île. Une étude de la Safer est d'ailleurs en cours pour déterminer combien de roches sont disponibles actuellement. Environ 2,6 millions de tonnes seraient déjà exploitables. Encore faut-il avoir les fonds pour aller les chercher. Selon une source proche du chantier, Imaz Press Réunion apprend qu'une enveloppe supplémentaire devra être apportée par la Région, quel que soit le scénario retenu, pour terminer cette route. Retour sur une saga qui n'en finit pas. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)

Si 9 millions de tonnes de matériaux manquent encore pour terminer le chantier, environ 3,5 millions de tonnes de roches massives sont nécessaires pour la partie digue. Or les carrières envisagées pour le chantier – Bois Blanc, Bellevue, les Lataniers - restent fermées, et les transporteurs semblent bien avoir tiré un trait dessus.

Le projet d'importation de roches mauriciennes, lui, a réveillé la colère des syndicats, qui estiment que La Réunion, même sans carrières, abrite suffisamment de roches pour terminer cette route qui n'en finit pas de prendre du retard.

La question des "andains" revient donc sur la table. Selon une étude poursuivie par la Safer (Société d'aménagement foncier et d'établissement rural) et la Région, 2,6 millions de tonnes de roches massives seraient exploitables dans les champs de La Réunion. C'est en tout cas ce qu'affirment les syndicats de transporteurs, après avoir eu accès aux premiers éléments de l'étude ce mercredi.

Alors qu'ils assurent avoir le soutien du préfet à ce sujet, la question de ces roches devrait être abordée durant la réunion du 14 octobre prévue avec Didier Robert qui en tant que président de Région, reste le maître d'ouvrage du chantier. Il va sans dire que les transporteurs attendent de vraies réponses à l'issue de cet entretien.

Car plus de deux milliards d'euros et 6 ans plus tard, toujours pas de route. Alors que les associations écologistes réclament de finir en tout viaduc, les transporteurs, eux, demandent expressément d'aller chercher des roches sur les terres agricoles. Un projet qui a un coût, comme celui d'importer des roches de Maurice.

En effet nous apprenons via une source proche du chantier que l'importation de roches mauriciennes coûte environ 50 euros par tonne, contre 25 euros en moyenne pour les roches des terres agricoles. Dans le détail, cela varie de 22 à 26 euros la tonne en fonction des zones concernées. Un argument de plus pour aller chercher les gros cailloux dans les champs de l'île. A condition que la DEAL donne son accord sur le plan environnemental, ce qui n'est pas gagné.

Dans tous les cas il faudra bien financer cette recherche de roches supplémentaires. Une rallonge, sans en connaître le montant exact encore, sera donc demandée auprès de la Région, pour assurer la fin du chantier.

L'heure du récapitulatif

Vous êtes un peu perdu face à toutes ces péripéties ? Pas de problème, en attendant la réunion du 14 octobre et pour faire suite à la journée d'hier, revenons sur les principaux rebondissements du chantier de la NRL, dans l'ordre chronologique.

Des carrières inexploitables

Les carrières sont au point mort. Dernière actualité en date : un nouveau refus du Conseil d'Etat concernant l'ouverture de Bois Blanc, de loin la plus médiatique. Pourtant l'Etat a tout fait pour obtenir l'autorisation d'exploiter cette carrière. Mais la justice est allée dans le sens des opposants et le Conseil d'Etat a refusé le pourvoi en cassation de l'Etat et de la Région, après la suspension définitive du schéma de 2014.

Ce schéma était capital pour la Région, c'est celui qui incluait Bois Blanc alors que la carrière ne figurait pas dans le premier schéma départemental de 2010.

L'Etat a donc lancé la modification du schéma des carrières de 2010 pour y intégrer Bois Blanc. Les dossiers ont été déposés, reste à voir si l'Autorité environnementale donnera son feu vert. Si cette dernière demande une nouvelle expertise, l'affaire pourrait encore prendre des mois. Sinon, la préfecture pourra reprendre la main sur le dossier dès janvier 2020 et lancer les travaux d'exploitation dans la foulée.

Lire aussi : Bois Blanc : l'Etat mise tout sur la modification du schéma des carrières

La carrière de Bellevue elle est aussi est bloquée. En juin dernier, les commissaires enquêteurs désignés par le Tribunal administratif ont rendu un avis défavorable, empêchant l'ouverture de la carrière de Saint-Paul. Un nouveau coup dur pour la Région.

La société GTOI et que la Région, respectivement maître d'oeuvre et maître d'ouvrage du chantier, ont toujours milité pour la création d'une digue entre la Grande Chaloupe et la Possession. Mais pour les 2,7 km qu'il reste à construire, il semble bien qu'il faudra se passer des carrières.

Les roches de Maurice créent la polémique

L'affaire des roches malgaches reste dans toutes les têtes de Réunionnais, et surtout des transporteurs. En 2015, plus de 220.000 tonnes venant de Madagascar devaient être envoyées à La Réunion.

Dès janvier 2016, 45.000 tonnes avaient débarqué sur l'île, provoquant l'ire des professionnels locaux qui estimaient que cette importation paralysait l'économie réunionnaise. La suite ne fut pas loin du fiasco : roches de mauvaise qualité, risques sanitaires et extractions dans des conditions environnementales fortement décriées sur le territoire malgache.

Voilà alors que le 11 septembre dernier, par le biais d'un article du Mauricien on apprend qu'un projet d'importation de roches mauriciennes est sur la table pour combler les deux millions de tonnes manquantes. En effet si de son côté la Région estime en parallèle que 1,5 tonne est encore exploitable dans les champs, le quota de roches massives n'est pas atteint.

Lire aussi : Après les roches malgaches, les roches mauriciennes au secours de la NRL

Mais l'importation de roches mauriciennes n'a pas fait l'unanimité, loin de là. Un échantillon de 12 tonnes a d'abord transité par La Réunion afin d'être testé. L'initiative d'un particulier, affirment en choeur l'intéressé, un certain Dany Payet, et la Région. Dominique Fournel, le vice-président du Conseil régional en charge des grands chantiers avait en effet balayé l'option des roches mauriciennes. Le groupement non plus n'aurait pas manifesté d'intérêt particulier. De quoi rassurer en partie les transporteurs.

Lire aussi : Cachez donc ces roches mauriciennes qu'on ne saurait voir

Aujourd'hui le projet est en standby. A priori l'alternative de Dany Payet n'aurait pas trouvé de réponse positive de la part des autorités en charge du chantier de la NRL. Et la colère des transporteurs, immédiate, aurait calmé tout projet d'importation de roches.

L'inquiétude des transporteurs plus vive que jamais

Pour autant, l'inquiétude des transporteurs ne s'est pas tarie, loin de là. Fin septembre, nous vous annoncions sur Imaz Press Réunion que le groupement avait annoncé aux prestataires l'arrêt du chantier en mars 2020, si le statu quo sur les roches massives perdurait. Le chantier mobilise environ 1000 emplois directs et indirects.

Lire aussi : Chantier de la NRL : tout s'arrêtera au plus tard en mars 2020

Si l'annonce était plus ou moins attendue pour les acteurs de la NRL, le choc ne fut pas moindre pour autant. Le chantier est en perte de vitesse depuis plus d'un an. Fin 2018, des salariés ont été mis sur la touche. Une situation censée être temporaire, mais l'activité n'a pas repris pour autant. Et beaucoup pensaient que la solution serait trouvée avant que le groupement envisage une fin aussi radicale, afin de stopper "l'hémorragie financière" provoquée par les retards du chantier.

Lire aussi : Colère des transporteurs : trop tard le fiasco est déjà là

Il faut dire que les ouvriers qui s'activent encore sur la NRL "réparent les piles défaillantes, renforcent ce qui est déjà construit, font des finitions sur le viaduc" nous confiait alors une source proche fin septembre. Faute de roches, la charge de travail elle aussi s'amenuise.

Plusieurs rencontres de taille

Ces rebondissements agacent les transporteurs, qui continuent d'affirmer que les roches sont bien présentes à La Réunion. Le 7 octobre, les syndicats ont été reçus par le président du Département, Cyrille Melchior. Ils étaient ressortis satisfaits de leur entretien.

Car même si le Département n'est pas directement en charge du chantier, il peut s'impliquer sur la question de l'exploitation des terrains agricoles pour y extraire des andains. Cyrille Melchior a alors appelé à une table ronde, rassemblant tous les acteurs concernés. Reste que c'est à la Région de statuer sur l'avenir du chantier.

Sans réponse du maître d'ouvrage, les transporteurs avaient évoqué un blocage des administrations dès le mercredi 9 octobre. Entre temps la réponse de la Région est tombée et Didier Robert leur a proposé une rencontre le 14 octobre, n'étant pas disponible avant.

Lire aussi : Transporteurs : sans réponse de la Région, menace de blocage dès mercredi

Dès le lendemain, la FRBTP a renchéri sur le sujet. Tout en évoquant la situation (toujours aussi sombre) du BTP à La Réunion, la question du chantier de la NRL s'est rapidement imposée dans les discussions. Et pour cause : l'annonce de la venue d'Emmanuel Macron du 23 au 25 octobre 2019 suscite des attentes fortes.

Les acteurs du BTP l'ont dit : ils espèrent discuter des carrières et du chantier avec le président. Pour le moment, 10 millions de tonnes de roches ont été puisés dans les carrières destinées aux marchés de fond, carrières qui ne devaient pourtant pas servir à la Nouvelle Route du Littoral.

A la recherche des andains

La présidence de la FRBTP, relativement agacée, l'a dit très clairement : "il faut qu'on finisse cette route". L'occasion aussi d'annoncer que des études sont en cours afin d'analyser le nombre de roches exploitables dans les champs. Le problème environnemental est cependant de taille, car le risque d'inondation est réel si des andains sont enlevés des terres agricoles.

Lire aussi : BTP : 2019, l'année la plus faible en constructions publiques depuis 10 ans

Et pour éviter les glissements de terrain, nul doute pour la FRBTP que la DEAL ne laissera pas les roches centenaires être prélevées aussi facilement. Malgré les demandes des transporteurs, exploiter les roches dans les champs ne semble pas être aussi simple.

Mais ce mercredi 9 octobre aura bien fait avancer les choses. Les transporteurs ont rencontré dans un premier temps le préfet, jugé "très à l'écoute". Sans annonce particulière, celui-ci s'est rangé du même côté que le président du Conseil départemental, en affirmant qu'il fallait terminer cette route. Jacques Billant essaie, à sa manière, de désamorcer le conflit.

La suite de la journée a gagné en précisions… et en promesses. Car en fin de matinée, c'est le vice-président de Région en charge du chantier, Dominique Fournel, que les transporteurs ont rencontré.

Lire aussi : "Il y a déjà 2,6 millions de tonnes de roches exploitables dans les champs" affirment les transporteurs

Afin de rassurer les syndicats, et leur apporter un peu de concret, la Région est donc revenue sur l'étude évoquée par la FRBTP. Une étude menée par la Safer et la Région. En l'occurrence, il a été dit aux transporteurs que le décompte avançait et que c'était maintenant "2,6 millions de tonnes d'andains" qui étaient exploitables dans les champs de La Réunion.

Le compte est (presque) bon

Cela signifierait qu'il reste donc moins d'un million de tonnes, 900.000 exactement, à trouver pour la partie digue. Une quantité de roches massives réellement exploitable, assurent les transporteurs.

Les semaines à venir devraient être décisives. Prochaine étape : l'entretien avec Didier Robert – et probablement le groupement – pour discuter avec plus de précision du chantier et des roches disponibles. L'issue de ce rendez-vous pourrait éventuellement se solder par de nouveaux blocages si les réponses apportées ne conviennent pas aux syndicats.

Suivra la visite d'Emmanuel Macron. Le président atterrit sur notre île dans 13 jours exactement. Le temps pour les différents acteurs de la NRL d'accorder leurs violons afin de porter d'une même voix les revendications sur le chantier en cours... et obtenir la fameuse rallonge nécessaire pour terminer la route.

mm / www.ipreunion.com / redac@ipreunion.com

   

6 Commentaire(s)

Strop, Posté
TOUT CE GACHIS ECOLOGIQUE, TOUT CET ARGENT, TOUT CA PAR PEUR DE COMBIEN DE GROS BRAS? Tout à fait d'accord avec Fredo75, d'autant plus si on leur cède maintenant, dans deux ans ils vont réclamer d'autres travaux polluants uniquement pour rentabiliser leur investissement???
Fredo75, Posté
En résumé, le seul problème reste celui des transporteurs... Ne reviendrait-il pas moins cher de les indemniser pour leur stupide investissement et terminer la route en viaduc ?
CHABAN, Posté
Ok, merci, donc la région a joué à la roulette.
Réné, Posté
Je ne comprends toujours pas pourquoi prendre les roches mauriciens est une mauvaise idée...
CHABAN, Posté
Imaz press Pourquoi c'est à la région de payer et chercher les roches ? Avez-vous connaissance de la nature du marché pour la construction de cette digue ? (Le marché tel que passé par la Région à l'époque prévoyait l'ouverture des carrières pour extractions de roches massives. On sait ce qu'il en est. Les transporteurs semblent dire que le groupement serait prêt à prendre ces andains à condition d'obtenir une rallonge financière de la part de la Région "puisqu'elle n'a pas obtenu l'ouverture des carrières")
Life is travelling, Posté
Rallonge pour bat karé - bécassine c'est ma cousine eeeeeeeeee! Mdr