Riposte citoyenne :

2019 : une certaine idée de la démocratie populaire est née


Publié / Actualisé
S'il fallait retenir un événement majeur de cette année 2019, ce serait le bras de fer ininterrompu entre les citoyens et l'autorité étatique. Depuis le 1er janvier, et jusqu'au 31 décembre 2019, la France aura vécu au rythme des grèves, des manifestations, des contestations voire même des heurts violents, en réponse à certaines mesures impopulaires décidées par le gouvernement et refusées par la population. Une certaine idée de la démocratie populaire est née en 2019 (Photo rb/www.ipreunion.com)
S'il fallait retenir un événement majeur de cette année 2019, ce serait le bras de fer ininterrompu entre les citoyens et l'autorité étatique. Depuis le 1er janvier, et jusqu'au 31 décembre 2019, la France aura vécu au rythme des grèves, des manifestations, des contestations voire même des heurts violents, en réponse à certaines mesures impopulaires décidées par le gouvernement et refusées par la population. Une certaine idée de la démocratie populaire est née en 2019 (Photo rb/www.ipreunion.com)

- La France en état de grève permanente -

En 2019, et plus que jamais, les Français ont certainement montré que la France est et reste un pays ingouvernable. Cette phrase bien connue reflète, au fond, la capacité de la population française à se mobiliser lorsqu’un choix politique ou une réforme ne leur convient pas.

Tout au long de cette année 2019, la France est ainsi restée en état de grève. D’abord avec le mouvement des gilets jaunes qui perdure, même si on en entend moins parler. La mobilisation s’est certes essoufflée mais son ombre subsiste.

Dans plusieurs régions de France, des piquets existent toujours. A La Réunion d’ailleurs, quelques irréductibles gilets jaunes font de la résistance depuis plusieurs mois sur le rond-point des Azalées au Tampon.

Le 18 novembre dernier, ils étaient encore une trentaine rassemblée devant la préfecture pour célébrer le premier anniversaire du mouvement. Puis le 5 décembre dernier, ils défilaient aux côtés des syndicats pour dire "non" à la réforme des retraites actuellement en cours d’élaboration.

C’est ce dernier sujet qui a d’ailleurs ravivé ces dernières semaines la flamme de la contestation. La réforme des retraites ne passe pas du tout au sein de la population alors que le gouvernement tente de le faire passer en force. Au plus fort de la contestation, plusieurs centaines de milliers de Français ont défilé dans les rues aux quatre coins du pays en opposition à cette réforme.

La Réunion a elle aussi connu une mobilisation rarement vue ces dernières années avec près de 5000 personnes dans la rue le 5 décembre dernier, signe d’une vive opposition à cette réforme. Si à La Réunion, la contestation s’est calmée, elle demeure vivace en Métropole, notamment au sein des cheminots qui ne goutent pas du tout à cette réforme, au prix de quasiment un mois de salaire en moins, même si la solidarité s’est organisée autour de ce corps de métiers.

Malgré les importants désagréments causés aux usagers en cette période des fêtes, il semblerait que la mobilisation des cheminots ne soit pas pour autant décriée. Or, on le sait, pour remporter leur bras de fer, les gouvernements comptent souvent sur l’usure du temps et surtout sur le mécontentement populaire pour voir un mouvement s’essouffler. Force est de constater que ce pari est très loin d’être gagné puisqu’un nouvel appel à la grève à été lancé pour le 8 janvier prochain.

- La mobilisation populaire, symbole de la défiance vis-à-vis des autorités -

Et si cet état de grève permanente reflétait un mal bien plus profond ? Chômage, salaires trop bas, matraquage fiscal, manque de logements, violences, insécurité, recul inexorable de l’âge de départ à la retraite, impression que le fossé se creuse entre les "nantis" et les autres. Au fond, ces mouvements de contestation, au-delà de porter sur l’une ou l’autre revendication, sont en réalité le pouls d’une société qui va mal et qui exprime ce malaise.

La classe politique prend-elle réellement la mesure de ce qui se passe dans la société française (et la société réunionnaise) ? Pas vraiment, serait-on tenté de dire en regardant l’actualité quotidienne. Alors que le mouvement des gilets jaunes avait clairement mis à mal la classe politique française, force est de constater que les leçons n’ont pas été retenues comme l’ont montré les récentes affaires.

Patrick Balkany, condamné à 5 ans de prison ferme pour blanchiment aggravé de fraude fiscale, a fait son show durant son procès. L’affaire Benalla, les dîners fastueux de l’ancien président de l’Assemblée Nationale, François de Rugy ou encore l’oubli de déclaration des 11 mandats du haut commissaire en charge de la réforme des retraites, Jean-Paul Delevoye, n’ont pas manqué d’écorner Emmanuel Macron et son gouvernement.

A La Réunion, les affaires et les enquêtes continuent à se multiplier comme des petits pains dans le milieu politique. Région, Ville de Sainte-Marie, commune de l’Etang-Salé, de Saint-Denis ou encore à Saint-André, nos élus sont sous le feu des projecteurs, mais davantage pour divers soupçons que pour les projets portés pour le territoire.

Face à une telle situation, sentant que la démocratie par les urnes ne permet plus à la population de s’exprimer correctement, les citoyens font donc le choix de la mobilisation populaire, longue, massive, et parfois, violente, ce qui un symptomatique d’une société qui refuse l’autorité.

Les forces de l’ordre autrefois perçues comme des véritables protecteurs de la société sont aujourd’hui pris à partis, les bavures policières sont dénoncées, jetant l’opprobre sur des femmes et des hommes qui veulent avant tout servir leur pays.

Policiers et gendarmes ne sont plus perçus comme des forces au service du maintien de l’ordre mais une horde au service des gouvernants. Paradoxalement, c’est dans ces mêmes corps de métiers que sévit un important mal-être, preuve qu’un véritable fossé s’est creusé entre ces deux mondes, une population qui refuse l’autorité, et les autorités qui tentent de faire respecter l’ordre public. 

Autre facteur symptomatique d’une société qui refuse l’autorité politique cette fois, c’est que cette mobilisation s’inscrit dans la durée, comme si le peuple ne trouvait plus que ce mode d’expression pour vraiment pouvoir parler et se faire entendre. Car les manifestants ont en effet compris que résister dans la durée pouvait faire plier le gouvernement.

- L’esprit même de l’expression démocratique -

Les gilets jaunes ont ainsi réussi à faire reculer Emmanuel Macron sur l’augmentation de la taxe sur les carburants, tout comme ils ont réussi à obtenir des avancées significatives en matière de diminution d’impôts et d’augmentation du pouvoir d’achat (rétablissement des heures supplémentaires exonérées).

Fort de cette première reculade, les manifestants actuellement mobilisés entendent donc bien faire plier le gouvernement sur la réforme des retraites. Plus la mobilisation s’inscrit dans la durée, plus le gouvernement perd du terrain.

Mais au final, au-delà de ce bras de fer initié avec Emmanuel Macron, c’est l’esprit même de l’expression démocratique qui semble aujourd’hui être remis en cause. La population ne semble plus être en phase avec ses "gouvernants", d’ici ou de Métropole, recherchant de plus en plus des moyens d’expression directs plutôt que de donner leur voix à des représentants dont ils contestent de plus en plus la légitimité, à juste titre puisque certains d’entre eux sont parfois élus avec moins de 50% des inscrits sur les listes électorales.

Au fond, 2019 aura été l’année de l’émergence d’une certaine idée de la démocratie populaire. Et 2020 semble démarrer sur les mêmes bases.

Bonne année à toutes et à tous

www.ipreunion.com / redac@ipreunion.com

   

Votre avis nous intéresse, soyez le premier à vous exprimer !