Tribune libre de l'Union des jeunes avocats de Saint-Denis :

Lettre ouverte à Monsieur le procureur général près la Cour d'appel de Saint-Denis


Publié / Actualisé
Monsieur le procureur général,
La croyance selon laquelle le mouvement qui anime actuellement l'unanimité des barreaux de France procèderait d'une vulgaire " prise d'otage " orchestrée pour la satisfaction d'un intérêt catégoriel " au détriment de ceux qui attendent plus de la justice " provient, pour paraphraser Nietzsche, soit d'une mauvaise vue, soit d'une mauvaise foi. La première se corrige, la seconde se combat.
Monsieur le procureur général,
La croyance selon laquelle le mouvement qui anime actuellement l'unanimité des barreaux de France procèderait d'une vulgaire " prise d'otage " orchestrée pour la satisfaction d'un intérêt catégoriel " au détriment de ceux qui attendent plus de la justice " provient, pour paraphraser Nietzsche, soit d'une mauvaise vue, soit d'une mauvaise foi. La première se corrige, la seconde se combat.

Vous comprendrez, à la lecture de ce qui suit, le parti choisi par l’Union des Jeunes Avocats du Barreau de Saint-Denis. Epouser la profession d’Avocat, c’est embrasser une vocation ; dédier sa vie à une charge exigeante, difficile, quasi-sacerdotale. Cela ne se fait pas, Monsieur le Procureur général, sans être animé par l’idéal de Justice ; idéal que nous avons l’honneur de ne pas confondre avec une logique tristement comptable, et déshumanisée, de l’oeuvre de justice.

Alors que vous déplorez par voie de presse la dégradation de vos précieuses statistiques, les barreaux de France luttent pour la survie d’une profession qui – ne vous en déplaise – constitue un rouage essentiel de notre démocratie en garantissant à tout un chacun, quelle que soit sa situation de fortune, la faculté d’accéder à ses juges pour faire valoir ses droits.

Il n’est de bonne administration de la Justice sans avocat et nous croyons pouvoir dire que l’essentiel des magistrats du ressort l’a compris en accédant massivement – ou en ne s’opposant pas – à nos demandes de renvoi.

Tout ceci en parfaite conscience des enjeux et quoiqu’il nous en coûte, à tous.

Car cette grève, quelles qu’en soient vos arguties sémantiques sur le sujet, serait nécessairement vouée à l’échec sans le concours déterminant des magistrats et greffiers de France. Nous osons ici espérer qu’ils ont en l’occurrence compris que " l’essentiel est en cause " ainsi que le rappelait le Président de l’Union Syndicale des Magistrats en 2011 lorsque, concédant que les magistrats n’avaient pas le droit de grève, il justifiait toutefois leur décision de renvoi systématique des audiences, dans le contexte de l’affaire dite de Pornic, par l’impérieuse nécessité de se " faire entendre " par le Président de la République.

Un petit rappel de son propos nous paraît à ce stade utile :

" Le renvoi généralisé des audiences, qui pénalise nécessairement les justiciables, peut paraître comme une mauvaise solution, mais nous n’en avons pas vraiment beaucoup d’autres pour faire comprendre au président de la république que trop, c’est trop ".

Le Barreau s’était alors dressé, aux côtés des magistrats et greffiers, pour défendre l’essentiel. Il n’en va pas autrement aujourd’hui et, comme par le passé, nous entendons lutter contre " le rouleau compresseur démagogique " que vous semblez résolu à mettre en oeuvre en relayant les éléments de langage du Garde des Sceaux quant à l’absence de légitimité de notre protestation au moyen, si besoin, d’allégations parfaitement mensongères.

La présidente du Tribunal Mixte de Commerce a ainsi pu confirmer que les affaires dont elle a charge sont effectivement renvoyées, comme toutes les autres.
Notre grève n’a ici pas vocation à léser les justiciables les plus vulnérables à l’avantage des plus fortunés. Elle tend au contraire à permettre aux premiers d’être toujours accompagnés en dénonçant la violence infligée à l’économie de nos cabinets. Les inquiétudes de la profession sur le sujet, quoique vous en disiez, correspondent à la stricte réalité.

Notre grève ne tend pas davantage à saboter l’institution judiciaire. Elle sert au contraire à mettre en lumière la situation de déshérence absolue dont nous sommes, depuis trop longtemps déjà, les témoins silencieux et impuissants.

Il eut été heureux que l’entorse évidente que vous avez choisi de porter à votre devoir de réserve, en stigmatisant publiquement notre action en termes pour le moins indélicats, vous conduise également à dénoncer la pénurie dont l’institution souffre depuis des décennies. Mais il est vrai qu’il n’y a point de courage sans indépendance.

De courage, le jeune Barreau de Saint-Denis n’en manque pas. Pas davantage que d’indépendance.

Soyez donc assuré, que c’est en parfaite connaissance de sa déontologie et des enjeux, qu’il persistera dans sa lutte pour conserver l’honneur d’exercer la profession au bénéfice de tous les justiciables, ceci avec conscience, indépendance et humanité.

Quant à notre dignité, nul ne nous l’enlèvera, pas même les propos consistant à tourner nos actions en dérision ou à nous assimiler à des " rigolos ". Ces propos pourraient d’ailleurs être interprétés comme traduisant une absence totale de considération pour la profession, au déport du devoir de respect et d’attention dû aux auxiliaires de justice que nous sommes.

La déontologie et le respect ne vont pas à sens unique.

Nous ne doutons pas que vous en conviendrez et appelons donc de nos voeux le maintien des relations de confiance, de respect mutuel et de solidarité qui concourent, plus que les statistiques, à l’oeuvre de justice.

Ceci étant dit, veuillez recevoir, Monsieur le procureur général, l’assurance de notre vigilante considération.

Union des jeunes avocats de Saint-Denis

   

1 Commentaire(s)

SOMANKE, Posté
Il fallait le dire et rappeler aux valets de la République du moment qu'il est possible de servir sans s'asservir.
Elle est où la dignité, elle est ou ?????