L'alevin se fait de plus en plus rare et cher :

Bisik i monte pi


Publié / Actualisé
La "fête bichique" s'achevait ce dimanche 15 octobre 2017 du côté de Bras-Panon. Une manifestation en l'honneur des petits alevins absents des assiettes, depuis maintenant plusieurs années. Les pêcheurs traditionnels, qui continuent d'espérer que les bichiques "montent" à l'embouchure des rivières, accusent le coup et dénoncent une surpêche, éliminant les stocks. Le braconnage et la pollution des eaux font également partie des raison évoquées pour expliquer l'absence des petits poissons, considérés comme le caviar de La Réunion et autrefois disponibles à foison.
La "fête bichique" s'achevait ce dimanche 15 octobre 2017 du côté de Bras-Panon. Une manifestation en l'honneur des petits alevins absents des assiettes, depuis maintenant plusieurs années. Les pêcheurs traditionnels, qui continuent d'espérer que les bichiques "montent" à l'embouchure des rivières, accusent le coup et dénoncent une surpêche, éliminant les stocks. Le braconnage et la pollution des eaux font également partie des raison évoquées pour expliquer l'absence des petits poissons, considérés comme le caviar de La Réunion et autrefois disponibles à foison.

 

En fin d'année, le plaisir ultime est de préparer un kari bichiques à partager en famille. Selon la recette traditionnelle, ail, piment, oignons, sel et épices font l'affaire. Un petit rougail mangue pour accompagner le tout n'est pas de trop. Mais ça, c'était avant. Avant que les bichiques ne disparaissent des rivières. Cela fait au moins 5 ans que les pêcheurs traditonnels reviennent bredouilles de leur partie dans les rivières de l'Est de l'île. Ailleurs, les prises ne sont pas non plus extraordinaires, parfois insuffisantes pour la préparation d'un simple repas.

Si les causes de la disparition des bichiques sont officiellement inconnues, les pêcheurs accusent en priorité la surpêche destinée à la production et à la commercialisation des bichiques à grande échelle, épuisant les stocks des alevins. "A l'époque, nous, pêcheurs traditionnels, on pouvait rentrer avec 50 ou 60 kilos de bichiques, que l'on partageait. Les professionnels pouvaient récupérer jusqu'à 500 kilos. Aujourd'hui, nous n'avons plus rien parce que l'on a trop pêché dans les stocks. Je ne comprends pas ça", déplore Roland Malbrouck, président de la Fédération des pêcheurs traditionnels.

Si, en terme de quantité, il est difficile d'établir une proportion exacte, les bichiques ont tout de même réellement disparu des vouves. "Aujourd'hui, nous sommes même obligés d'aller roder un ti cari chez le voisin. On n'attrape plus rien", continue Roland. De mémoire de pêcheur confirmé, l'année la plus faste serait 1953. Une époque où les bichiques nageaient à foison dans les embouchures et où le surplus pêché n'était même pas vendu. "On donnait aux gens pour qu'ils mangent en famille", raconte Roland. 

- Braconnage et pollution -

Outre la surpêche, les pêcheurs traditionnels évoquent également la présence de braconniers sur certaines places, pêchant les rares bichiques en dehors de la saison légale, pendant laquelle les pratiques sont encadrées par un arrêté préfectoral, pour les amateurs comme pour les professionnels.

"La pêche à pied des différentes espèces anadromes, traditionnement connus sous le nom de bichiques, est interdite de la nouvelle lune à la pleine lune de mars, tant à l'embouchure que dans la zone comprise entre la dite embouchure et la limite séparatiste des réglementations maritimes et terrestre en matière de pêche, dans les rivières, ravines, canaux et étangs" stipule l'article 11 de l'arrêté préfectoral encadrant la pêche professionnelle.

La pêche de loisirs est elle aussi soumise à réglementation. Seules les vouves sont autorisées pour récupérer les précieux alevins. Mais le braconnage, qui sévit toujours aux endroits clés du passage des bichiques, font l'objet d'une traque de la part de la Brigade nature, qui a réussi à faire baisser de façon significative la pêche illégale.

"Avant il y en avait beaucoup. Aujourd'hui cela reste rare" précise Roland Malbrouck. Mais pour certains pêcheurs passionnés, impossible de laisser ce genre de comportements se généraliser. "Mon mari part tous les soirs dormir aux abord de la rivière avec ses amis pour empêcher la présence des braconniers" raconte l'épouse d'un pêcheur. Une protection supplémentaire visant à sauvegarder le peu de ressources restante.

- 60 euros le kilo -

La question du prix a elle aussi bien changé avec le temps. Autrefois disponible autour d'une quinzaine d'euros, le kilo de bichique peut aujourd'hui atteindre 60 euros. "C'est du vol", estime Alix Rouget, président de l'association de pêcheurs de bichiques traditionnels de la Rivière des Roches. Lui-même avoue ne pas avoir pêché une quantité significative de bichiques depuis au moins 6 ans. "Les eaux sont polluées, les bichiques ne montent plus", explique-t-il encore.

Tout de même, les bichiques devraient faire leur apparition la semaine prochaine, au moment de la nouvelle lune. Pour rappel, les poissons donnant vie aux bichiques vivent et se reproduisent en rivière. Au moment de la ponte, ces derniers gagnent la mer où les oeufs éclosent. Les alevins se mettent alors à remonter l'embouchure pour essayer d'arriver dans les rivières. Faute de vouves remplies ces dernières années, le kari pourrait encore durant cette saison, être acheté congelé.

jm/www.ipreunion.com

   

2 Commentaire(s)

Michel, Posté
A force d'épuiser la nature (pour faire le plus rapidement possible le maximum de profits), de ne pas respecter ses équilibres, l'humanité se retrouve "le bec dans l'eau".
Elle a ce qu'elle mérite !
Aterla, Posté
La surpêche... Suivant le cycle de vie de ces petits poissons, il faudrait un moratorium sur la pêche. Mais oui, on va hurler à la tradition sacrée pour ne pas le faire...