Une enquête de l'Equipe sur les violences sexuelles à l'encontre des sportifs :

Une Réunionnaise raconte "l'enfer à Font-Romeu"


Publié / Actualisé
Une nageuse d'origine réunionnaise, s'est livrée dans le journal l'Equipe paru ce mercredi 29 janvier 2020 sur les violences sexuelles dont elle a été victime dans le cadre du sport-études à Font-Romeu, haut lieu de l'excellence de la natation française. Aux côtés de plusieurs autres nageuses telles que Elisabeth Douet ou Frédérique Weber, elle brise le silence sur les pratique de son entraîneur de l'époque, Christophe Millet.
Une nageuse d'origine réunionnaise, s'est livrée dans le journal l'Equipe paru ce mercredi 29 janvier 2020 sur les violences sexuelles dont elle a été victime dans le cadre du sport-études à Font-Romeu, haut lieu de l'excellence de la natation française. Aux côtés de plusieurs autres nageuses telles que Elisabeth Douet ou Frédérique Weber, elle brise le silence sur les pratique de son entraîneur de l'époque, Christophe Millet.

Frédérique, Corinne, Béatrice, Viriginie, Magali ou encore Angie, elles sont plusieurs nageuses françaises à rejoindre la prestigieuse cité préolympique de Fort-Romeu au milieu des années 80 pour parfaire leur entraînement et se hisser parmi l’élite de la natation française. Elles se retrouvent alors sous la coupe de Christophe Millet, reconnu comme étant " l’un des meilleurs entraîneurs français ", selon Françoise, la mère de Magali et d’Angie, citée par le journal l'Équipe

Très rapidement, l’entraîneur français tente de poser son emprise sur ses nageuses : " Tout de suite, Millet a essayé de contrôler notre vie amoureuse ", raconte Angie dont le témoignage est relaté au quotidien l’Equipe. " Les garçons ne savent rien, me disait-il, il entendait m’apprendre la sexualité. J’avais 13 ans ", peut-on lire. " Je peux être ton père et ton petit ami, me répétait-il. S’il me voyait avec un autre garçon, c’était l’enfer ", se souvient sa sœur, Magali.

Celles qui furent à l’époque des nageuses prometteuses se rappellent notamment que Christophe Millet les convoquait le soir au sauna. Toutes évoquent alors les violences sexuelles que leur coach leur faisait subir. " A la sixième convocation, j’ai craqué. Il s’est allongé sur moi de force, j’ai senti son sexe. Là, je me suis débattue. Je lui au mis un coup de coude sur le visage. Je lui ai crié – si tu n’ouvres pas, je te tue, et je me tue ensuite -. J’ai réussi à m’enfuir ", relate notamment la nageue réunionnaise.

Franck Schott, l’actuel Conseiller Technique Régional de la discipline à La Réunion, faisait partie des nageurs qui s’entrainaient à Font-Romeu à l’époque. Il témoigne pour l’Equipe : " on les voyait revenir en pleurs, mais on se disait que c’était parce qu’elles s’étaient fait engueuler ", ne se doutant pas de ce qu’elles subissaient en réalité relate l’Equipe.

Les nageuses se muraient en effet dans le silence, sous l’emprise de leur entraîneur. " On n’est pas assez forte pour refuser car il est omnipotent ", explique Angie. " La première fois, c’est un tremblement de terre. Et puis, on s’habitue. Quand tu as fait dix fois 200m papillon dans la journée... ", avoue Angie. " Mon père, ouvrier, travaillait énormément pour me payer la natation. Alors il fallait serrer les dents ", reconnaît Béatrice.

- Silence brisé -

Et pour celles qui osaient tenter d’esquiver la séance de sauna, " le lendemain à l’entraînement, il nous faisait vivre un enfer ", se rappelle Virginie, entre entraînements intensifs et humiliations devant les autres nageurs. Ce dont se rappelle Franck Schott qui, avec du recul, analyse : " quand les filles se faisaient engueuler, on était moqueurs. Ça rajoutait à leur difficulté de s’exprimer et à leur souffrance ".

C’est finalement Virginie Michelon qui brisera la première l’omerta, en 1988, avouant à son père tout ce que Christophe Millet lui faisait subir. Elle sera suivie par les autres nageuses qui décideront elles aussi de sortir du silence. L’entraîneur sera alors placé en garde à vue et niera les faits en bloc tout au long de la procédure, au point que le juge d’instruction chargé de l’affaire prononce une ordonnance de non-lieu le 12 juin 1990, écrit le journal sportif.

" L’appel de cette décision sera entendu en juin 1991 et le procès de Christophe Millet aura lieu devant le tribunal correctionnel de Perpignan, le 9 décembre 1992. Millet, qui nie les faits aujourd’hui prescrits, peut alors compter sur de nombreux soutiens dans la natation. Malgré cela, il se voit condamné à deux ans de prison avec sursis pour attenta à la pudeur. Il fait appel de cette décision. Le 28 octobre 1993, la cour d’appel de Montpellier confirme sa culpabilité " tout en réduisant sa peine de deux ans à six mois avec sursis, sans inscription au casier judiciaire, peut-on lire dans l’Equipe. Ce qui permettait à Christophe Millet de continuer à enseigner, ce qui a choqué Franck Schott : " je suis allé voir le président de la Fédération, et je lui ai dit – c’est lui ou moi - ", relate le CTR de La Réunion. Christophe Millet est alors écarté des bassins nationaux, mais retrouve des fonctions au club de Canet 66.

Quant aux jeunes nageuses françaises aujourd’hui devenues adultes, le traumatisme psychologique est encore extrêmement présent. " Il a brisé ma carrière " lance Corinne Delon. " Il a tué mon rêve olympique " poursuit Viriginie Michelon qui confie avoir tenté de se suicider. Frédérique Weber est quant à elle toujours sous traitement médicamenteux. " Faut comprendre. On s’est battues, on a fait une procédure alors qu’on était des gosses et cela n’a servi à rien. On n’a laissé des plumes et il est encore là " témoigne Angie, en conclusion de l’article.

www.ipreunion.com
 

   

5 Commentaire(s)

Dam57, Posté
Toujours aussi écoeurant à lire .que fait notre justice ?- ? Sa proffession lui donne toutes ouverture sur sa perversion. Jamais la justice ne devrait trouver des circonstances atténuantes pour laisser ces individu. Une grande pensé à toutes les victimes
Patoune, Posté
Je suis scandalisée... il faut l'éliminer de tout ce qui touche au sport, à l'enseignement et l'éloigner purement et simplement de tous publics jeunes et moins jeunes...
Il n'a pas sa place dans l'éducation !! Proviseur et parents .. à vos stylos...aucune complaisance et attention pour ce genre de pervers
Viviane Leclerc Amirouche, Posté
J'ai nagé à Font Romeu quand il y était en tant que nageur !Ce type bouleversé la vie de tous les anciens du lycée! Nous étions sains, nous étions jeunes et nous étions heureux tous ensemble! Nos familles étaient loin ! Nous avions besoin les uns des autres et ce type( je suis gentille) abime nos souvenirs et fusille notre mémoire ! J'ai beaucoup de chagrin pour ces jeunes filles!
Claudie, Posté
Quelle violence en double peine pour ces gamines aujourd'hui adultes! Comment ces sous hommes peuvent-ils encore entraîner dans des clubs ? Quelque soit le sport, la qualité d'entraîneur supplente-t-elle la vie de jeunes filles ou jeunes hommes ? Honte à ceux qui ont couvert les faits. Au nom de quel exploit sportif qui prévaudrait sur la vie d'innocents ?
C'est tout le fondement d'une société patriarcale, qui s'autorise de tels crimes sur enfants, adolescents, femmes qu'il faut interroger, revoir et corriger.
Il faut s'attendre à des libérations de paroles salvatrices dans de nombreux sports. Courage les filles!
Michel, Posté
j'étais entraineur de natation à cette époque. on savait sur millet c'est un pervers
une jeune nageuse intrépide est décédée en chutant de l'immeuble,en faisant une démarche acrobatique à 15 mètres de haut sans rapport direct avec ce type mais tout de même quelle ambiance!!!! et ce type n'a pas été exclu de l'éducation national qui a étouffé les affaires et l'a casé dans un établissement du second degré< mais omerta complet de la FFN à l'époque