Le nombre de licenciés en chute libre :

Compétitions à huis clos : chaque sport s'adapte comme il peut à la crise


Publié / Actualisé
Malgré un climat sensible dû à la crise sanitaire actuelle, les différentes ligues sportives de La Réunion font aujourd'hui du mieux qu'elles peuvent pour assurer l'organisation de leurs compétitions. La préfecture l'avait annoncé le 30 octobre dernier : elles ne peuvent reprendre qu'à huis clos. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)
Malgré un climat sensible dû à la crise sanitaire actuelle, les différentes ligues sportives de La Réunion font aujourd'hui du mieux qu'elles peuvent pour assurer l'organisation de leurs compétitions. La préfecture l'avait annoncé le 30 octobre dernier : elles ne peuvent reprendre qu'à huis clos. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)

Devant composer avec de multiples mesures sanitaires pour maintenir en vie la pratique du sport sur l'île, les différentes ligues et autres comités sportifs jonglent actuellement entre refontes de calendrier, reports de compétitions et autres aides financières pour y parvenir.

Tour d'horizons - non exhaustif - des moyens mis en œuvre à La Réunion en fonction des disciplines.

• Football

Suivant un calendrier basé sur l'année civile, le football est un cas à part à La Réunion. Là où les autres disciplines lancent actuellement leurs saisons 2020-2021, la Ligue réunionnaise de football (LRF) s'évertue à mener à bien ses championnats de l'année 2020. Une autorisation officielle du préfet a été prononcée le 30 octobre dernier, expliquant que les enceintes sportives n'étaient pas des lieux de contamination notables.

Le préfet, qui a également souligné la "robustesse des protocoles émanant des ligues, et notamment à La Réunion", a ainsi permis la reprise des coupes le samedi 31 octobre. A condition que chaque club respecte scrupuleusement un protocole sanitaire fédéral précis.

Ainsi, chaque rencontre doit se jouer à huis clos. Seuls les joueurs, dirigeants et membres du corps arbitral sont acceptés dans les infrastructures. Le port du masque est aussi imposé, les vestiaires et douches interdits d'accès, et un listing des personnes présentes doit enfin être rempli par un référent Covid.

Chaque club doit désigner une personne afin de gérer la mise en place du protocole sanitaire et s'assurer de son respect. Quatre sessions (une pour chaque microrégion) ont dès lors été organisées par la LRF sur le territoire réunionnais pour former les référents Covid de chaque club.

Sans spectateurs dans les gradins, les clubs ne bénéficient plus des recettes émanant de la billetterie et des buvettes. A cela s'ajoutent les frais engagés pour assurer la sécurité des rencontres mais aussi la rémunération des arbitres et délégués. La Ligue a souhaité intervenir à ce niveau en prenant en charge le salaire des arbitres délégués. Un accord avec le corps arbitral a par ailleurs permis une diminution de 20% de leur rémunération.

Au-delà des modifications nécessaires au maintien des rencontres, la crise sanitaire engendre d'importantes répercussions sur le nombre de licenciés enregistrés par la Ligue. En novembre dernier, 27.925 d'entre eux étaient comptabilisés. Aujourd'hui, ce chiffre atteint péniblement les 18.500. Un tiers des pratiquants n'ont donc pour l'heure pas repris de licence.

Cette chute massive inquiète Hosman Gangate, conseiller technique régional (CTR) : "l'angoisse est importante. On va mettre trois à quatre ans avant de s'en remettre et retrouver un nombre équivalent de licenciés. Il va falloir recréer un cadre rassurant, notamment pour les parents des joueurs". Cette crise, qu'il qualifie de véritable "tournant", a néanmoins permis de "mettre en avant la faiblesse des structures sportives" d'après lui.

"On s'est rendu compte de nos forces et de nos faiblesses. Chaque instance avait ses petites habitudes et là l'urgence a permis un vrai dialogue entre les ligues, les comités, l'association des maires et la Direction régionale de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale (DRJSCS). On a mutualisé nos efforts et nos informations ont pu remonter jusqu'à la préfecture", explique-t-il.

Les rencontres des jeunes ont repris ce weekend. A cette occasion, Hosman Gangate encourage les parents à respecter les mesures en vigueur : "bien que nous soyons uniquement responsables de ce qui se passe dans les "enceintes recevant du public" (ERP), on va rappeler l'arrêté préfectoral aux parents qui seront de l'autre côté des grillages. Tous les acteurs doivent participer à l'effort collectif".

• Rugby

L'ovalie réunionnaise va pour sa part reprendre ses droits ce weekend avec deux tournois de zones disputés entre des écoles de rugby de l'île, ce dimanche 8 novembre. Les championnats réservés aux adultes débuteront quant à eux samedi 14. Par rapport au calendrier établi l'année passée, le début de saison aura donc été décalé d'un mois.

A l'image des procédures mises en place dans le football, chaque rencontre devra s'effectuer à huis-clos et dans le respect d'un protocole sanitaire. Enfin, concernant l'évaluation du nombre actuel de licenciés, Daniel Blondy, président du Comité Territorial du Rugby de la Réunion - et réélu président ce samedi 7 novembre -, évoque "une légère baisse".

"Nous perdons chaque année entre 4 et 5% de licenciés mais nous sommes en-dessous de la moyenne nationale. Nous allons faire un premier état des lieux après les matches de ce weekend et ensuite un nouveau constat sera établi le 15 novembre", ajoute-t-il.

• Natation

Suspendues depuis mars dernier, les compétitions officielles de natation reprennent ce dimanche 8 novembre avec un challenge régional rassemblant l'ensemble des clubs de l'île à la piscine de Plateau-Caillou à Saint-Paul. Là encore, ce retour dans les bassins est soumis au respect d'un protocole adapté.

"Les nageurs et nageuses vont devoir suivre un sens de circulation précis pour éviter de se croiser autour du bassin, tout en respectant les distanciations et en portant un masque lorsqu'ils ne sont pas dans l'eau. Au-delà des sportifs, des organisateurs et des officiels, aucune autre personne ne sera tolérée et les gradins seront interdits d'accès", prévient Franck Schott, directeur technique national (DTN).

Malgré ce contexte particulier, les athlètes ont répondu présents pour l'événement. "Le challenge n'a pas vraiment subis l'impact de la crise puisqu'on a enregistré près de 250 engagés, ce qui est plutôt une belle surprise", se réjouit-il. "Avec tout ce monde, on va être obligé de s'étaler sur l'ensemble du site."

Cette éclaircie est cependant contrastée par une baisse d'environ 20% du nombre de licenciés en comparaison avec les chiffres de l'année passée (2.500 contre moins de 2.000 aujourd'hui). Franck Schott explique ces pertes par "l'absence de vie habituellement présente dans les clubs".

D'autres compétitions se tiendront après le challenge régional de Saint-Paul, à l'image des championnats de La Réunion début décembre ou encore le meeting international de l'océan Indien à l'approche des fêtes. Néanmoins, quatre rendez-vous nautiques ont dû être annulés pour cette fin d'année, ce qui perturbe sensiblement le calendrier des athlètes.

"Un manque de compétition est souvent synonyme d'une chute des performances", regrette Franck Schott. "Les nageurs vont devoir se réadapter sans arrêt et leur préparation va forcément subir les conséquences de ce programme allégé. Ils ont besoin de se fixer des objectifs réguliers et là, cela va être plus compliqué pour eux."

• Handball

Aux grands maux les grands remèdes. Contrainte d'aménager le calendrier de ses championnats de première division masculin et féminin, la Ligue réunionnaise de handball (LRH) a chamboulé le règlement de ses compétitions afin de ménager ses licenciés.

En effet, la reprise des matches officiels, retardée de deux mois, a poussé la Ligue à scinder ses divisions (regroupant habituellement 13 équipes) en deux poules de six et sept clubs chacune. Ce procédé permet ainsi de maintenir un rythme d'un match par semaine aux handballeurs et handballeuses. Soumis à un vote auprès des différents présidents des formations concernées lors d'une assemblée générale, cette décision a été approuvée par 96% des votants.

Le nouveau règlement prévoit ainsi de diviser la saison en deux phases. La première opposera les équipes de chaque poule entre elles, ce qui permettra d'établir un classement au 14 février. Les trois premiers de chaque groupe participeront par la suite à la seconde phase, la "Poule des As". Là, chaque club s'affrontera en matches aller et retour dans un mini-championnat. Enfin, les deux clubs en tête du classement au terme de ces rencontres seront opposés lors d'une finale qui déterminera le vainqueur au mois de juin.

Concernant le protocole sanitaire à suivre lors des rencontres, outre le huis clos, les deux équipes devront faire leur arrivée de façon différée, sans accès aux vestiaires. Le club recevant pourra constituer un groupe de 21 personnes contre 18 pour les visiteurs.

Le handball réunionnais n'échappe malheureusement pas à des pertes drastiques de licenciés. De 3.800 à la même date l'année dernière, leur nombre a ainsi chuté à environ 2.000 adhérents aujourd'hui, soit presque moitié moins.

"C'est une énorme diminution. Des parents ont appelé pour nous annoncer qu'ils ne souhaitaient pas que leurs enfants reprennent le hand cette saison. C'est compliqué, on va attendre la reprise des jeunes le 21 novembre pour en savoir plus", concède Stéphane Erapa, directeur de la LRH. Il ajoute : "d'un côté, il va falloir redonner le goût du jeu aux jeunes, et de l'autre, redonner confiance aux parents."

• Basket

Autorisée depuis le 1er novembre, la reprise des compétitions de basket s'est vue décalée d'environ deux mois par rapport à la saison passée. Cependant, les parquets de l'île ont pour l'instant perdu plus de deux tiers de leurs traditionnels occupants. Sur environ 3.000 adhérents l'année passée à la même date, seuls 885 ont en effet renouvelé leur licence cette saison.

Cette chute vertigineuse inquiète fortement Johann Guillou, président de la Ligue réunionnaise de basket (LRB). "Deux tiers de licenciés en moins, cela représente deux tiers de cotisations payées en moins pour les clubs. C'était déjà compliqué en temps normal, mais là la situation est encore pire, surtout pour les équipes qui emploient du personnel", alarme-t-il.

Il ajoute : "étant donné que les championnats n'ont pas pu se terminer la saison passée, certaines municipalités n'ont versé qu'une partie des subventions qu'elles devaient offrir au club de leur ville. Certaines équipes n'ont reçu qu'un tiers des aides prévues, ce qui est énorme. Il faut savoir que pour un club comme Le Tampon, ces aides représentent près de 60% de leur budget, ce qui est colossal".

En réponse à cette situation délicate, Johann Guillou s'est donné les moyens d'apporter de nouvelles aides inédites. "Avec le comité, nous avons décidé de mettre en place trois dispositifs qui vont permettre de maintenir en vie la pratique du basket. Nous sommes la seule instance à avoir initié un tel projet. S'il n'y a pas de réaction, la moitié des clubs disparaîtront dès la saison prochaine", alerte-t-il.

Dans un premier temps, les clubs respectant le protocole en place se sont d'abord vu offrir du matériel sportif et sanitaire de la part de la Ligue. Ensuite, un fonds de solidarité a été voté par la LRB, qui s'est engagée à puiser dans ses propres finances afin de dégager près de 85.000 euros à distribuer aux clubs.

"C'est un cas d'extrême urgence. Cette aide va être disponible uniquement pour cette année et les clubs vont devoir répondre à certaines conditions pour y souscrire. Les comptes bancaires de chaque équipe vont être évalués au cas par cas", explique Johan Guillou.

Pour percevoir cette aide supplémentaire, les clubs devront répondre à trois conditions : une diminution significative des aides émanant de leur municipalité, une chute du nombre de licenciés et enfin un solde bancaire réduit.

Outre ces coups de pouce, la LRB prévoit par ailleurs une grande campagne de communication, dont les spots tournés avec de véritables licenciés tâcheront de faire revenir les anciens adhérents sur les parquets mais aussi attirer de nouveaux pratiquants. Prochainement lancée dans la presse, le numérique ou encore la télévision, cette "opération séduction" tentera de délivrer un "message positif" comme l'espère Johan Guillou.

vl/www.ipreunion.com / redac@iprunion.com

   

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