Les nuits sans lumière :

La pollution lumineuse tue les pétrels et menace tout l'écosystème


Publié / Actualisé
Si les "Nuits sans lumières" sont organisées durant la période d'envol des jeunes pétrels de Barau pour éviter les échouages, l'objectif de cette opération est bien plus large... La pollution lumineuse menace toutes les espèces. Les tortues ne viennent plus pondre sur les plages réunionnaises car celles-ci sont trop éclairées, les chauves-souris sont perturbées, les insectes désorientés, et même la santé humaine est mise à mal. Sur-éclairage, puissance des lampes, gaspillage énergétique couteux... Les communes prennent de plus en plus le problème à bras le corps et font des efforts pour limiter l'impact des éclairages publics tout au long de l'année
Si les "Nuits sans lumières" sont organisées durant la période d'envol des jeunes pétrels de Barau pour éviter les échouages, l'objectif de cette opération est bien plus large... La pollution lumineuse menace toutes les espèces. Les tortues ne viennent plus pondre sur les plages réunionnaises car celles-ci sont trop éclairées, les chauves-souris sont perturbées, les insectes désorientés, et même la santé humaine est mise à mal. Sur-éclairage, puissance des lampes, gaspillage énergétique couteux... Les communes prennent de plus en plus le problème à bras le corps et font des efforts pour limiter l'impact des éclairages publics tout au long de l'année

"Le pétrel de Barau est une espèce endémique de l’île, menacé d’extinction. C’est un bel emblème pour cette action. Il incarne le problème de la pollution lumineuse," résume en quelques mots, François-Xavier Couzi, directeur de la Séor (Société d’études ornithologiques de la Réunion). Lors de son premier envol, cet oiseau migrateur part d’une falaise pour aller se nourrir en mer. Il se repère en fonction du reflet des astres dans l’eau. Problème : en traversant une île sur-éclairée, il est désorienté ou aveuglé et s’échoue sur terre. Ses caractéristiques physiques font qu’il ne peut pas redécoller. Il a besoin d’être porté ou d’être au bord d’une falaise pour pouvoir s’envoler. "Même s’il arrive à redécoller il va automatiquement retomber près d’un éclairage… c’est interminable," souffle le directeur de la Séor.

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• Entre 400 et 600 pétrels de Barau s’échoueront cette année

L’année dernière, les "Nuits sans lumière" étaient parfaitement calées sur l’envol des pétrels puisque 97% d’entre eux ont été récupérés pendant ces 25 nuits. Ils étaient ainsi 988 jeunes à s’être échoués au mois d’avril, et 879 ont pu être sauvés et relâchés.

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"Le taux de sauvetage est très positif, peu d'oiseaux décèdent car ils sont généralement recueillis très rapidement. Pour l’année 2019 on devrait être entre 400 et 600 oiseaux échoués. Moins qu’en 2018 car nous aurons une pleine lune au moment de l’envol et non une lune noire comme l’année dernière," explique François-Xavier Couzi.

• Manque de visibilité et insécurité

Si le bilan de l’opération est tous les ans positif, ces "Nuits sans lumière," rencontrent parfois des oppositions assez fortes. Sur les radios locales, des automobilistes témoignent avoir peur de circuler dans la nuit noire et des passants se plaignent de l’insécurité…

Yvette Duchemann, élue déléguée au développement durable à la mairie de Saint-Denis, reconnaît avoir eu "plusieurs remontées, de quelques personnes qui se plaignaient de l’opération. D’où le travail de sensibilisation que nous faisons tous les ans, surtout auprès des scolaires. Tout n’est pas gagné mais il faut continuer. Les gens commencent à comprendre que c’est également pour eux aussi : pour lutter contre la pollution lumineuse."

Sur la commune de Saint-Paul, pour éviter au maximum les désagréments "qui peuvent rendre cette opération impopulaire, la ville a mis en place un plan d’extinction qui correspond à tout le monde et qui ne n’est pas impactant pour la biodiversité," explique Karine Elly-Hermet du pôle développement durable à la mairie de Saint-Paul.

Car d’ailleurs, pourquoi tout éteindre ? Pourquoi ne pas baisser tout simplement la luminosité de l’éclairage public ? Tout simplement parce que le parc lumineux de La Réunion est ancien et vieillissant. Les ampoules ne sont pas faites pour être diminuées… "Nous devons faire attention à l’environnement et à la biodiversité, mais le volet sécurité est très important et si nous avions une solution pour concilier les deux, nous l’aurions déjà proposée. Aujourd’hui tout se met doucement en place. A l’avenir peut-être que nous arriverons à diminuer la puissance des ampoules pour maintenir un éclairage de sécurité pour les usagers et pour la biodiversité," espère François-Xavier Couzi.

• Lutter contre la pollution lumineuse toute l’année

Les "Nuits sans lumières" peuvent ainsi être vues comme une manière de faire la promotion de la lutte contre la pollution lumineuse, et depuis quelques années, les communes s’engagent sur le long terme. Elles sont plusieurs à miser sur des lampes LED (lampe à diode électroluminescente) reconnues pour leur durabilité et leur faible consommation énergétique. Au Port par exemple, dès qu’un luminaire doit être remplacé, il l’est par une lampe LED.

A Saint-Denis la consommation électrique représente 3 millions d’euros à l’année, soit 20% de la consommation de l’île… "Au fur et à mesure, avec EDF nous aurons à Saint-Denis un parc lumineux innovant et plus performant. Nous travaillons dessus. Des rues sont déjà éclairées avec la technologie LED," indique Yvette Duchemann. La rue de la Victoire, la rue de Paris, le boulevard du Chaudron, le pont Vinh-San, une partie du boulevard Lancastel, le quartier Prima… Petit à petit le parc lumineux de la ville prend un coup de jeune, les lampes sodium sont mises au placard. Sur les 18.000 points lumineux recensés, plus d’un millier sont équipés de la technologie LED depuis 2017.

Au Tampon, la commune va encore plus loin… Durant cette première quinzaine d’avril, la ville testera des nouveaux éclairages sur la place du marché forain à la Plaine des Cafres à côté de la mairie annexe. Des lampes LED qui détectent les mouvements : dès qu’une personne passe, les lampadaires s’allument. Quand il n’y a personne, ils restent éteints. "Ils consomment beaucoup moins et permettent un éclairage d’ambiance qui permettent de ne pas allumer constamment trop fort et toute la nuit," précise la mairie.

Alors tous au LED ? Plus prudente, la commune de Saint-Paul se laisse du temps… "Nous attendons des études abouties avant d’effectuer un investissement total. Mais beaucoup d’efforts sont déjà faits : dans le centre-ville, les réverbères ont un cache qui empêche le reflet des lampes vers le ciel. On essaye aussi de respecter toutes les normes," signale Karine Elly-Hermet.

nt/www.ipreunion.com

   

1 Commentaire(s)

Romuald, Posté
Toute initative est bonne à prendre mais le problème, mal géré, des led c'est leur luminosité. À consommation électrique inférieure elle peuvent éclairer encore plus. D'autre part, changer des ampoules si on continue à éclairer le ciel ne sert à rien pour les animaux qui y sont sensibles.
Illustration : Kwa Films

Kwa Films

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