Les intempéries ont révélé des lacunes dans la gestion des risques :

Tempête Haliba : on réfléchit sûrement... mais lentement


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Ce n'était qu'une tempête tropicale "modérée", mais le passage d'Haliba aura été douloureux pour La Réunion. Pour le réseau routier et la route du Littoral notamment, mais aussi pour les processus d'alerte et de gestion des risques qui ont révélé quelques lacunes, que ce soit en terme de timing, de cohérence ou de communication.
Ce n'était qu'une tempête tropicale "modérée", mais le passage d'Haliba aura été douloureux pour La Réunion. Pour le réseau routier et la route du Littoral notamment, mais aussi pour les processus d'alerte et de gestion des risques qui ont révélé quelques lacunes, que ce soit en terme de timing, de cohérence ou de communication.

Contrairement à 2013 avec Dumile et 2014 avec Bejisa, La Réunion n’a pas eu à subir les affres d’un cyclone en 2015. Mais la tempête modérée Haliba, passée à une soixantaine de kilomètres de l’île le lundi 9 mars en fin d’après-midi, aura malgré tout fait pas mal de dégâts.

Des dégâts matériels tout d’abord, du fait des très fortes pluies s’étant abattues sur une grande partie l’île pendant de longues heures, alimentant les rivières, remplissant les ravines, submergeant les radiers et inondant les rues et les chaussées. Mais les séquelles de la tempête ne se limitent pas à ces dommages. Haliba aura également durement frappé les instances décisionnaires, au niveau préfectoral comme au niveau des collectivités, mettant en lumière certaines incohérences, problèmes de communication et autres errements.

À commencer par la fermeture des établissements scolaires, décidée par le préfet Dominique Sorain le dimanche 8 mars uniquement pour les régions Nord et Est, avant une extension à l’ensemble de l’île... le lundi midi. Soit un décalage générateur de frustration, de pagaille, et surtout difficilement compréhensible. Car les prévisionnistes avaient bel et bien annoncé "des phénomènes dangereux d’intensité exceptionnelle" et un passage de la tempête au plus près des côtes dans la journée de lundi, par le sud-ouest de l’île.

Route du Littoral : une fermeture bien tardive...

Si les conséquences ne sont pas avérées dramatiques pour les élèves et leurs parents, elles auraient en revanche bien pu l’être pour les automobilistes s’étant risqués à emprunter la route du Littoral dans la journée de lundi.

Alors que le Nord de l’île était placé en "vigilance fortes pluies renforcée", que des trombes d’eau s’abattaient sur les voies, que des cascades déferlaient de la falaise de toutes parts, que la houle menaçait, que des très importantes flaques se formaient sur la chaussée, il aura fallu un éboulis survenu vers 17 heures pour entraîner la fermeture de la route. Par miracle sans doute, le drame a été évité. Mais le danger était lui bien réel, et surtout prévisible.

Ce manque d’anticipation a de plus été compliqué par une population sans doute trop habituée à ce que l’on décide pour elle, quitte à en oublier la notion de responsabilité, mais aussi par ce terme de "vigilance renforcée", utilisé pour la première fois et qui n’aura fait qu’entretenir le flou, y compris dans les explications de la directrice de cabinet du préfet Julie Bouaziz au micro d’Antenne Réunion : "Nous ne sommes pas dans un plan cyclonique. Le niveau vigilance renforcée, c’est équivalent. C’est au-delà de ce qui est habituel, on n’est pas dans un état d’alerte. Il y a un tas de mesures qui en découlent. C’est ce qu’on appelle vigilance renforcée." Difficile de faire plus confus...

La préfecture n’est toutefois pas la seule en cause dans la confusion ayant régné ces derniers jours. Les collectivités et certaines communes ne sont en effet pas exemptes de tout reproche, notamment dans la gestion des fermetures des établissements scolaires. Car si le préfet à tarder à trancher, les communes avaient la possibilité de le faire et de prendre les devants. Certaines l’ont fait, d’autres non, avant de le reprocher à l’État...

Pourquoi pas un centre de gestion des risques ?

Et que de dire de ce lundi soir, où chaque élève de l’île se demandait si son école, son collège, son lycée serait ouvert le lendemain... Certaines communes ont d’abord annoncé la fermeture ou l’ouverture des écoles avant de changer de décision quelques minutes plus tard ; d’autres ne se sont jamais prononcées, laissant les usagers en plein flou. Quant aux collèges et lycées, il fallait "supposer" qu’ils rouvriraient leurs portes sans que le Département ou la Région ne prenne le temps de confirmer la chose.

À Maurice également, les fortes pluies survenues ces jours derniers ont soulevé pas mal d’interrogations. Keshwar Beeharry-Panray, président de l’ONG Environment Protection and Conservation Organisation (EPCO), estime ainsi que les Mauriciens ne sont pas conditionnés à faire face aux catastrophes naturelles, comme il le confie au site lemauricien.com : "Il faut les préparer, les sensibiliser aux risques. Par exemple, voyez ce qui se passe actuellement dans le pays, personne ne sait ce qui arrive et pourquoi autant de pluies, et comment y faire face."

Il plaide notamment pour la mise en place d’un centre de réduction des risques (Centre for disaster and risk reduction) à Maurice, afin de "collecter des données, préconiser les mesures à prendre et mener des campagnes de sensibilisation auprès de toute la population". L’idée est peut-être également à creuser à La Réunion. Car, à plusieurs niveaux, Haliba a révélé une certaine impréparation et désorganisation des pouvoirs publics, quand elle n’a pas étalé un manque de réactivité qui aurait pu entraîner des conséquences bien plus sérieuses. Et ce n’était qu’une tempête "modérée"...

Guilhem George pour www.ipreunion.com

   

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    8 Commentaire(s)

    Honora, Posté
    On se demande s'il y a un capitaine à bord. J'aime bien l'expression chacun devra prendre ses responsabilités. Et les décideurs ont ils pensé un seul instant aux enfants qui sont à l'internat et qui se retrouvent coincés car dès que l'école ferme il en est de même pour l'internat. De plus les routes fermées et j'en passe et il faut que le gosse soit là car on n'arrête pas de vous envoyer des sms pour l'absence alors que les routes sont fermées. Je pense que nos politiciens et le préfet ont minimisé les conséquences des fortes pluies. On oublie vite ce qui est arrivé aux Mauriciens avec la montée des eaux. La mise en danger d'autrui est valable pour certaines personnes. Mon île se perd de plus en plus dans une incompréhension totale et je me demande si un jour une grosse catastrophe nous tombait dessus qui seraient les premiers à être évacués.
    Mathi , Posté
    Eh b île propre t'a craqué ou quoi?C'est qu'etre absent 1 fois dans l'année oh mon dieu c'est une catastrophe votre enfant risque de ne pas avoir son bac. Non mais sérieux c'est quoi ce truc.c le préfet le maire le ceci le cela qui décide à votre place de ce qui est bien ou pas pour vous et les vôtres. Mais où va t on?
    Blablabla , Posté
    Le rejet de responsabilité vous connaissez? Ben on est en plein dedans. A croire que beaucoup obéissent aux doigts et à l oeil de leur boss quitte à en perdre la vie. En tant qu humain on né tous avec un pe d'intelligence. ALORS si zot camarade y jete son corps zot y fai pareil zot!!!! Pou 50 euros la jrnee ou pe bien épargne out vie. Ça c comme bann moune y ve traverse radier ça BANDE D'INUTILS...
    Kalinouche, Posté
    Svp arrêtons de toujours vouloir rejeter la faute sur les autres ou sur en l’occurrence dans ce cas Mr le préfet . on reproche des prises de décision tardive, ok on se posait tous la question pour les écoles, moi la première, mais n'avons nous pas notre juge arbitre? Je prends ou pas le risque de prendre la route , je décide ou non d'emmener les enfants à l’école ... à chacun d'être responsable et de juger des risques encourus !
    île propre, Posté
    Le Département et la Région étaient aux abonnés absents... campagne électorale avant Tout !! Pitoyables !
    Les lycées, beaucoup ont été inondés, les terrains de sports, les cours intérieures des mares de boue... les toits qui fuient !
    Que font les proviseurs, les gestionnaires des ces lycées du sud ? Que fait la Région ??
    L'Education, ils s'en tapent tous !!!
    Bravo à M. Cuny, le Principal du collège de la Possession qui a pris son téléphone le lundi matin pour dire ; JE FERME, LES ENFANTS RENTRENT S'ABRITER ! Il en faudrait d'autres comme lui à la tête des établissements.

    Mon gamin, grâce au Prefet etc aura quant à lui une absence de notée (la seule de l'année je l'espère) sur son bulletin scolaire. Cela m'énerve énormément !!! Je l'ai gardé à la maison. Si le préfet avait pris sa décision le dimanche soir, et non à .............. 10h le lendemain pour......... MIDI ! Nous n'aurions pas eu ce problème d'absence.

    Je ne parle même pas du maire de Saint-Pierre qui annonce le lundi que TOUT VA BIEN DANS SA COMMUNE ALORS QUE NOUS SOMMES BLOQUÉS DEPUIS 1 HEURE DANS EMBOUTEILLAGE A CAUSE D'UN RADIER FERMÉ A BASSIN PLAT !!! 2 HEURES APRÈS SON PASSAGE RADIO IL ENVOIE BRAVEMENT UN SUBALTERNE ANNONCER QUE L'ON DOIT RÉCUPÉRER LES MARMAILLES A L'ÉCOLE POUR MIDI BRAVOOOOOOOOOOOO !!

    Sans compter les transports scolaires bordéliques sur toute l'île, les rues inondées en ville par manque d'entretien des caniveaux !!!!! etc etc etc etc

    La honte à tous les niveaux !! Merci pour votre article, en espérant que cela fasse réfléchir tout ces roîtelets d'opérettes !

    La sirene, Posté
    oui c'était bien pire qu'Un cyclone .et non la population n'a pas l'habitude que l'on pense pour elle mais comment allez vous justifier auprès de votre employeur que vous ne voulez pas prendre le Risque de franchir la route du littoral? Pas cyclone mais bien pire on n'aurait dû être en alerte rouge. L'eau est bien plus dangereuse que le vent le préfet devrait aller faire un tour sur Le terrain comme tous les usagers ils se rendraIt mieux compte de ce qu'il se passe en dehors de son bureau! Si seulement on pouvait enfin avoir des gens compétants Qui prennent des décisions fermes et responsables .Dabord pas d'essence maintenant plus de route et qui va indemniser tous les gens qui perdent De l'argent tous les jours?
    Popol, Posté
    ...... quitte à en oublier la notion de responsabilité ..... Vous plaisantez ? moi mon patron si je ne me pointe pas au taf même en période de sauvegarde, il me saque ou me traite de manque de professionnalisme devant ceux qui ont fait l'effort de venir comme il dit !! Rien à faire des risques que l'on prend même s'il sait pertinemment qu'il n'y aura pas de client dans son magasin et c'est la raison pour laquelle le préfet à fait n'importe quoi !! C'est pour satisfaire les patrons qui veulent qu'on aille au taf même si on doit risquer nos vies; la plupart d'entre eux ne vivent pas dans les hauts ou alors ils ne veulent même pas savoir, même si après ils disent le contraire devant nous pour faire bonne figure.
    JC MOUTIEN, Posté
    Bon, il fallait taper sur toutes les collectivités. Alors que dire sur le Département ? Tiens, on va lui reprocher de n'avoir rien dit sur l'ouverture ou la fermeture des collèges. Quitte à oublier ce qu'a rappelé le Tribunal administratif, relayé par ... IPReunion. Ce n'est pas aux maires ni, par déduction, au département de décider des jours ou non de fermeture des établissements. http://www.ipreunion.com/photo-du-jour/reportage/2014/11/06/pour-assurer-le-bon-fonctionnement-des-ecoles-mairies-fermees-le-10-novembre-le-prefet-saisit-le-tribunal-administratif,27957.html