Islande :

Eyjafjalljökull, l'éruption qui commande le ciel


Publié / Actualisé
Au sud de l'Islande, la lave a jailli d'une fissure éruptive ouverte entre les volcans Katla et Eyjafjöll du 20 mars au 12 avril 2010. Le 14 avril 2010, c'est sous le glacier Eyjafjalljökull, au sommet du volcan Eyjafjöll, qu'une deuxième éruption a commencé. Imaz Press Réunion a demandé au volcanologue islandais Ármann Höskuldsson des précisions sur ce second événement qui tient toujours en haleine le trafic aérien.
Au sud de l'Islande, la lave a jailli d'une fissure éruptive ouverte entre les volcans Katla et Eyjafjöll du 20 mars au 12 avril 2010. Le 14 avril 2010, c'est sous le glacier Eyjafjalljökull, au sommet du volcan Eyjafjöll, qu'une deuxième éruption a commencé. Imaz Press Réunion a demandé au volcanologue islandais Ármann Höskuldsson des précisions sur ce second événement qui tient toujours en haleine le trafic aérien.
"Cette éruption est très spéciale", déclare Ármann Höskuldsson, volcanologue à l'institut de sciences de la terre de l'université d'Islande. "C'est une éruption explosive qui a lieu sous d'un glacier. L'explosivité est due à la fois à l'interaction entre le magma et le glacier, mais aussi parce que c'est un magma composé d'andésite et dacite". Il explique que "ces roches à forte teneur en gaz sont synonymes d'explosivité importante". De la lave s'écoule aussi en dessous du glacier, mais le volcanologue islandais précise que "cela reste un phénomène minime".

"Si un avion arrive dans un nuage de cendres, il pique directement vers le sol", affirme Ármann Höskuldsson. "Car en plus de la perte de visibilité, les cendres brûlent les composants des moteurs d'avions. Ces particules extrêmement fines rentrent dans les moteurs, et érodent les matériaux" dit-il encore. En effet, les cendres contiennent entre autres des minéraux très abrasifs, comme le quartz ou la silice, capables de rayer une vitre. "Quelques soient leur taille exacte, 1 ou 100 microns*, les particules de cendres sont tellement fines qu'elles restent dans l'atmosphère et ne sont pas visibles sur les radars météorologiques des avions", souligne Ármann Höskuldsson. D'après le volcanologue, le problème est que l'éruption est continue. "Depuis un mois ces particules sont perpétuellement émises dans l'atmosphère". Les vents et la météo contribuent ensuite à la dispersion ou la stagnation du nuage. Celui-ci n'est pas visible en dehors de l'Islande, les cendres minuscules étant à plus de 8 km d'altitude.

"La distribution du nuage est calculé à partir des échantillons que nous prélevons à terre", explique le spécialiste. À partir de ces données, l'institut météorologique islandais (IMO) surveille aussi avec un radar l'étendu du nuage de cendres et sa hauteur. L'IMO transmet les informations au centre de surveillance des cendres volcaniques de Londres (Volcanic ash advisory centre, VAAC), qui établie des périmètres en fonction des altitudes de vols. Ce sont les services nationaux qui prennent ensuite les décisions concernant le trafic aérien. Ármann Höskuldsson confie qu'"il s'agit de précaution". Mais pour le volcanologue islandais, "on ne peut pas prendre le risque, si un avion rencontre le nuage de cendre il n'a aucune chance".

Pour les humains et les animaux, "le danger vient des cendres inférieures à 10 microns, "car nous les respirons sans nous en rendre compte", explique Ármann Höskuldsson. "C'est la fluorine le composant le plus nocif". Il précise que "pour l'homme, le seuil de concentration maximale est de 50 mg/kg. Actuellement le taux mesuré est de 750 mg/kg". Malgré tout, "il n'y a pas de danger pour les habitants tant que les cendres ne tombent pas massivement par terre", indique le volcanologue. Le 12 mai 2010, l'institut de sciences de la Terre de Reykjavick reportait quelques retombées de cendres, autour du volcan, et dans le sud de l'Islande.

"Il n'y a aucun signe de fin d'éruption" indique le dernier rapport de l'institut des sciences de la terre islandais. D'après Ármann Höskuldsson, "il n'est pas possible de prédire la durée de l'éruption, peut être un an, car les dernières éruptions d'Eyjafjöll en 1612, 1821, 1823 ont duré plus d'un an". Les éruptions historiques d'Eyjafjöll avaient elles été suivies d'éruptions explosives du volcan voisin, Katla. Mais le volcanologue précise aussi qu'"il n'y a actuellement pas d'évidence que d'autres volcans soient sur le point d'entrer en éruption, ni même ceux situés aux alentours d'Eyjafjöll comme Katla ou Hekla".

* Plus d'information sur http://www.earthice.hi.is et http://www.en.vedur.is

* Un micron est égal à 0,000001 mètre

Marie Trouvé pour
   

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