VIDEO - AUDIO : Les randonnées avec des guides spécialisés, c'est pour bientôt :

S'approcher du volcan en éruption: ils l'ont fait !


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L'éruption du Piton de la Fournaise, débutée le 31 janvier 2017 à 19h40 heure locale, se poursuit, avec un regain d'intensité au cours des dernières vingt-quatre heures. L'accès à l'enclos reste interdit au public, mais les professionnels autorisés par la préfecture peuvent actuellement s'aventurer dans ce paysage lunaire. Bientôt, ils ne seront plus les seuls. Des guides spécialisés sont actuellement formés, pour pouvoir prochainement accompagner des groupes au plus près du volcan en éruption.
L'éruption du Piton de la Fournaise, débutée le 31 janvier 2017 à 19h40 heure locale, se poursuit, avec un regain d'intensité au cours des dernières vingt-quatre heures. L'accès à l'enclos reste interdit au public, mais les professionnels autorisés par la préfecture peuvent actuellement s'aventurer dans ce paysage lunaire. Bientôt, ils ne seront plus les seuls. Des guides spécialisés sont actuellement formés, pour pouvoir prochainement accompagner des groupes au plus près du volcan en éruption.

Actuellement, seuls quelques corps de métier se voient délivrer des autorisations d'accès à l'enclos, dont les équipes de l'Observatoire volcanologique du piton de La Fournaise (OVPF)

 "Nous y allons une à deux fois par semaine maximum, et le reste du temps, l'éruption est suivie grâce aux instruments", détaille Philippe Kowalski, directeur adjoint de l'OVPF. Et pour cause, pour s'approcher du site, il faut marcher près de trois heures à l'aller, et quatre heures au retour, hors des sentiers balisés.  "La progression est extrêmement difficile, puisque l'on marche sur des gratons qui roulent sous les pieds, ou des tunnels de lave qui peuvent s'effrondrer. C'est pour cela que pour le grand public, ça serait extrêmement hasardeux de s'aventurer jusque là-bas", prévient Philippe Kowalski.

 

Une analyse que partage Franck Olivier Grondin, surnommé Frog. Cet enseignant en maternelle mène en parallèle une activité de photographe professionnel qui lui a permis d'obtenir sa première autorisation d'accès en février 2015. Ce sésame est délivré au cas par cas par la préfecture, aux journalistes et aux photographes professionnels : 

Depuis le début de l'éruption, fin janvier, Frog s'est déjà rendu plusieurs fois sur place, souvent accompagné d'autres photographes, à qui il sert de guide. C'est le cas de Bruno Tandrya, qui salue sa connaissance du terrain. "Je me suis déjà perdu dans l'enclos par le passé. La météo était mauvaise, j'ai erré pendant 4h30 avant de retrouver le balisage. Alors maintenant, je préfère partir en groupe, pour l'ambiance et pour la sécurité", explique le jeune photographe.

Comme souvent, leur dernière expédition s'est faite de nuit, pour pouvoir admirer le volcan au lever du jour. Départ une heure du matin, à la frontale, pour une arrivée à quatre heures au plus près du cône, et un retour juste après les premiers rayons de soleil. Une expédition dont ils ont ramené des images partagées sur les réseaux sociaux. "De nuit, on a le sentiment d'avoir la tête dans les étoiles et les pieds sur la lune, c'est un spectacle fascinant", décrit Bruno Tandrya.  

 

En plus d'en prendre plein les yeux, on en prend aussi plein les narines... et les oreilles. "D'abord, il y a l'odeur, due aux émissions de gaz, qui ne sont d'ailleurs pas très bonnes pour la santé et qui peuvent faire tousser, raconte Philippe Kowalski. On ressent aussi la chaleur et puis, il y a le bruit, qui est comparable à celui d'un réacteur d'avion". 

"Les coulées volcaniques, ça ne pardonne pas, c'est coupant comme les lames de rasoir"

Frog a beau connaître le volcan comme sa poche, il n'en oublie pas les dangers. "On a toujours envie de faire le pas de plus pour prendre la bonne photo, alors on progresse lentement, on observe les projections, pour voir jusqu'où elles vont, raconte-t-il. Parfois on va sur un spot, et quand on sent que les chaussures ou le matériel commencent à bien chauffer, on fait demi tour ! 

Et dans ce milieu hostile, la chute n'est jamais loin. "On ne compte plus le nombre d'entorses ou de coupures, alors même que nous sommes habitués au terrain et équipés de protections", remarque Philippe Kowalski. "Les coulées volcaniques, ça ne pardonne pas, c'est coupant comme les lames de rasoir", confirme Franck Olivier Grondin.

C'est pour cela que dans son sac de 20 kilos, Frog n'a pas que du matériel de photo. Masque, couverture de survie, eau, nourriture et trousse de secours font partie des indispensables, rappelle le photographe. "Il m'est arrivé de porter secours à des gens qui n'avaient même pas de frontale ou de quoi manger, déplore-t-il. C'est pour ça que je trouve normal que l'accès soit limité pour le grand public."

Des visites guidées et payantes à l'étude

Pour que davantage de personnes puissent accéder à l'enclos en toute sécurité, un dispositif a été validé par les différents acteurs du volcan. Il fixe "l'organisation mise en place par les accompagnateurs et guides de haute montagne, réunis au sein de l'Association sécurité volcan (ASV), ainsi que la chaîne d'alerte déployée en cas d'accident lors d'un accompagnement ou en cas de modification brutale de l'éruption", détaille la préfecture.

La toute première formation des accompagnateurs et guides a d'ailleurs débuté ce jeudi 23 février. Dispensée par le CREPS, elle alterne des séquences en salle et des sorties terrains. Actuellement, 47 professionnels, déjà titulaire d'un diplôme d'accompagnateur ou de guide de haute montagne, suivent cette session de deux semaines, explique Jérôme Daval, directeur du Creps :

Cette formation “est un prérequis à la délivrance par les services de la préfecture des autorisations d'accompagnement de public dans l'enclos en période éruptive, rappelle la préfecture. Plusieurs acteurs du volcan sont mobilisés sur cette formation pour permettre aux stagiaires d'appréhender les risques inhérents aux sorties sur site éruptif, de comprendre l'organisation des secours et d'évaluer les enjeux environnementaux pour éviter toute dégradation ou pollution du site du volcan, classé au patrimoine mondial de l'UNESCO", insiste la préfecture.

Pour l'heure, aucune date officielle n'est prévue pour le début des sorties accompagnées et payantes, au plus près du piton en éruption. En revanche, dès que le volcan se sera rendormi, "l'accès à l'enclos restera ouvert et gratuit. ", rappelle la préfecture.

ch/www.ipreunion.com, dimanche 26 février 2017, 3:00 (dernière mise à jour à 6h07)

 

 

   

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