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Ça s'est passé un 13 avril :

1977: La lave s'arrête aux portes de l'eglise de PIton Sainte-Rose


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Miracle, punition divine ou simple hasard. Le 13 avril 1977, en pleine semaine sainte, l'éruption du Piton de la Fournaise menace l'église de Piton Sainte Rose. Aujourd'hui, Notre Dame des Laves porte encore les stigmates de son flirt avec le volcan, qui l'a finalement épargnée : la coulée n'est entrée "que" sur trois mètres dans la nef, et n'a pas entièrement détruit le bâtiment. Ce jeudi 13 avril 2017, une série d'événements sont organisés à Sainte-Rose, dans le cadre du quarantième anniversaire de la coulée de 1977.
Miracle, punition divine ou simple hasard. Le 13 avril 1977, en pleine semaine sainte, l'éruption du Piton de la Fournaise menace l'église de Piton Sainte Rose. Aujourd'hui, Notre Dame des Laves porte encore les stigmates de son flirt avec le volcan, qui l'a finalement épargnée : la coulée n'est entrée "que" sur trois mètres dans la nef, et n'a pas entièrement détruit le bâtiment. Ce jeudi 13 avril 2017, une série d'événements sont organisés à Sainte-Rose, dans le cadre du quarantième anniversaire de la coulée de 1977.

L'éruption de 1977 débute le 24 mars par l'ouverture de faille sur le flanc sud du Dolomieu, avant que des fissures apparaissent à l'extérieur de l'enclos, sur les hauteurs de Sainte-Rose. Des coulées de laves se dirigent alors vers Bois Blanc et Piton Sainte-Rose. Ce sont ces événements qui rendent l'éruption de 1977 exceptionnelle : le volcan n'était pas "sorti" de l'enclos depuis près de deux siècles. Explications avec Nicolas Villeneuve, volcanologue à l'Observatoire volcanologique du Piton de la Fournaise.

Imaz Press : Comment la lave est-elle arrivée jusqu'à l'Eglise de Piton Sainte Rose ? Pourquoi le bâtiment a-t-il été épargné ?

Nicolas Villeneuve : Déjà, l'église n'a pas été complètement épargnée. Elle a même bien brûlé. Mais elle se trouve sur une partie externe de la coulée, à un endroit où elle est peu épaisse. Quelques dizaines de mètres plus loin, on peut également voir qu'il n'y a plus de coulée, car un petit ilot de vegétation a aussi été protégé. Et puis, l'église est un bâtiment assez haut. Au regard de l'épaisseur de la coulée à cet endroit-là, elle n'aurait pas été ennoyée. La gendarmerie, qui est beaucoup plus exposée, n'est pas ennoyée non plus, même si elle est détruite. Les éruptions de La Fournaise fournissent des coulées qui ne sont pas excessivement épaisses et qui ne détruisent que rarement les bâtiments imposants. L'église a eu de la chance ... mais je laisserai aux croyants la liberté de croire à une autre explication.

Imaz Press : Cette éruption hors enclos a surpris les Réunionnais. D'un point de vue scientifique, qu'avait-elle d'exceptionnel ?

Nicolas Villeneuve : L'éruption de 77 est très importante parce que cela fait 177 ans qu'il n'y a plus eu d'éruption hors enclos. Les Réunionnais avaient oublié que c'était possible. Pourtant, quand on se balade dans la plaine des cafres, tout ce qui est conique marque la présence d'un évent lié à une éruption passée.  On estime que, depuis l'arrivée des premiers habitants à La Réunion, seulement 3% des éruptions ont eu lieu hors enclos. Depuis cet événement, on parle d'éruption "type 77" pour évoquer les éruptions qui commencent dans l'enclos, puis se prolongent par une fissure à l'extérieur. En 1977, une vingtaine de maisons sont détruites, il y'en aura huit lors de l'éruption de 1986. Enfin, en 1998, un événement de ce type est passé un peu inaperçu parce qu'il a lieu pendant une période de mauvais temps et que la coulée s'arrête assez rapidement. Elle ne va pas inquiéter la population, mais elle se dirigeait également vers Bois Blanc. Ces événements rappellent qu'une éruption hors enclos est toujours possible. C'est d'ailleurs la raison d'être de l'observatoire. L'arrivée de la coulée jusqu'à Piton Sainte Rose a rappellé la dangerosité de ce volcan. C'est un événement marquant pour nous, scientifiques, puisqu'elle a déclenché  une prise de conscience de la population et des pouvoirs publics, qui a permis d'aboutir à la création d'un observatoire, qui sera pleinement opérationnel le 18 décembre 1979.

Imaz Press : Aujourd'hui, les Réunionnais ont-ils conscience de la dangerosité du piton de La Fournaise ?

Nicolas Villeneuve : J'entends souvent dire que la Fournaise est en "gentil" volcan. Certes, si on le compare à la Souffrière ou à la Montagne Pelée, on n'est pas sur les mêmes échelles - au début du XXe siècle, plus de 30 000 personnes sont mortes lors de l'éruption du volcan martiniquais, ndlr. Néanmoins, je ne suis pas sûr que les propriétaires des maisons détruites lors des coulées de 1977 et 1986 considèrent que la Fournaise est un gentil volcan. Dans une autre mesure, en 2007, les habitants de Saint-Philippe ou Sainte-Rose qui doivent passer par les plaines au lieu d'emprunter la route des laves quand elle est coupée, ne doivent pas non plus penser que la Fournaise est un gentil volcan. Même si la majorité des éruptions se déroulent dans l'enclos, les risques liés au piton de la Fournaise ne sont pas nuls.

ch/www.ipreunion.com

   

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