Un syndicat de police dénonce la mauvaise gestion du dispositif :

Mayotte: les missions de lutte contre l'immigration clandestine pointées du doigt


Publié / Actualisé
Les missions de Lutte contre l'Immigration Clandestine à Mayotte, surnommées "LIC", prennent de plus en plus de place dans le quotidien des policiers de l'île. Aujourd'hui le syndicat Alternative Police tape du poing sur la table. Les agents dénoncent une hausse de ces missions, censées pourtant être secondaires, au détriment de la sécurité publique. Pour eux cela ne fait que renforcer le risque d'agressions envers les policiers. Ils réclament plus d'effectifs et des meilleurs conditions de travail. (Photos d'illustration: arrivée de réfugiés sri-lankais à Mayotte le 27 mai)
Les missions de Lutte contre l'Immigration Clandestine à Mayotte, surnommées "LIC", prennent de plus en plus de place dans le quotidien des policiers de l'île. Aujourd'hui le syndicat Alternative Police tape du poing sur la table. Les agents dénoncent une hausse de ces missions, censées pourtant être secondaires, au détriment de la sécurité publique. Pour eux cela ne fait que renforcer le risque d'agressions envers les policiers. Ils réclament plus d'effectifs et des meilleurs conditions de travail. (Photos d'illustration: arrivée de réfugiés sri-lankais à Mayotte le 27 mai)

C'est une information qui nous vient de France Mayotte Matin : début août, le syndicat Alternative Police a élevé sa voix contre la gestion des missions de Lutte contre l’Immigration Clandestine (LIC). Leur hausse, sans augmenter les effectifs pour autant, met en péril la sécurité publique et celle des agents selon le syndicat.

"Il y a un double impact sur la population et les agents de police", estime Sakhi Abdel Aziz, délégué départemental adjoint Mayotte à Alternative Police. "Le problème c'est le manque de renforts disponibles." C'était le cas il y a de cela deux semaines : une patrouille de police a été prise à parti, 3 agents ont été blessés. "Cela aurait pu être évité si l'équipe de renforts n'avait pas été occupée sur une mission LIC" ajoute le délégué départemental. Il demande à ce que "chacun reste à sa place" et que les interpellations de réfugiés soient gérées essentiellements par la PAF (police aux frontières).

"Ce qu'on dénombre en premier lieu c'est le manque de policiers", confirme Freddy Tayo, référent national Outre-mer du syndicat Alternative Police, et coordinateur zonal Réunion et Mayotte. "Les effectifs sont très réduits par rapport au nombre de missions effectuées. Il faut escorter les migrants, prévoir des gardes statiques... Pour tout ça il manque bien une trentaine de policiers."

Résultat : les missions quotidiennes de maintien de l'ordre passent à la trappe, selon le syndicat qui observe déjà une hausse des agressions sur les policiers. En-dehors des effectifs, c'est bien la gestion de ces missions LIC qui est dénoncée. "Sur le plan hiérarchique, on mène une vraie politique du chiffre : tout comme les contraventions, il y a des sortes de 'quotas' journaliers pour les interpellations de migrants."

France Mayotte Matin indique que les quotas sont de 5 le matin et 5 l'après-midi. Soit 10 par jour... un travail colossal pour ce qui était censé être des missions secondaires à la Compagnie Départementale d’Intervention de Mayotte (CDI).

"Officiellement les quotas n'existent pas. Mais il y a bien une volonté du gouvernement d'éloigner 30.000 personnes d'ici la fin de l'année" explique Sakhi Abdel Aziz. "Et l'ancien préfet a fait comprendre qu'il fallait mettre les bouchées doubles. Le problème c'est que ce sont des consignes verbales mais pas écrites. On nous fait comprendre qu'il faut faire de l'interpellation mais sans ordre officiel."

Selon Freddy Tayo, "cela impacte durement le moral des collègues. Ajoutez à cela le cycle des horaires qui va changer sans que le salaire ne bouge, ou encore le matériel défectueux avec des voitures en mauvais état... ça fait beaucoup." En effet le rythme des policiers passe à 2 jours de travail - 2 jours de repos - 3 jours de travail et ainsi de suite, mais avec des horaires journaliers étendus à 12 heures consécutives au lieu de 8. "On nous demande plus mais sans nous donner plus de repos pour autant" ajoute le coordinateur syndical.

Pour les policiers, la situation est critique : le flux migratoire ne cesse de gonfler et les effectifs ne sont pas suffisants pour répondre aux attentes de la hiérarchie. Selon France Mayotte Matin, le responsable de la CDI, le commandant Tor nie l'existence de quotas imposés et explique que la participation aux missions LIC n'est que "contributive". Il affirme d'ailleurs que la sécurité publique reste le coeur de métier des agents.

mm/www.ipreunion.com/redac@ipreunion.com

   

1 Commentaire(s)

Mové Lang, Posté
Oui, mais quand vous allez partir à la retraite à 50 ans, nous on devra travailler encore 14 ans. Il faudra dénoncer ça aussi.
Illustration : Kwa Films

Kwa Films

37 reportage(s)