Tribune libre de Jean Hugues Ratenon :

Monsieur le Président, pourquoi tant de haine pour les plus pauvres ?


Publié / Actualisé
Monsieur le Président de la République, avec tout le respect que je vous dois, je voudrais ici vous exprimer toute la colère qui m'habite et à travers moi la colère qui habite de nombreux Français de l'Hexagone et de l'Outre-Mer. Si la démocratie vous permet de mener votre politique ultra libérale contre les plus pauvres elle ne vous autorise pas à être méprisant, insultant et arrogant.
Monsieur le Président de la République, avec tout le respect que je vous dois, je voudrais ici vous exprimer toute la colère qui m'habite et à travers moi la colère qui habite de nombreux Français de l'Hexagone et de l'Outre-Mer. Si la démocratie vous permet de mener votre politique ultra libérale contre les plus pauvres elle ne vous autorise pas à être méprisant, insultant et arrogant.

Je souligne que si vous occupez aujourd’hui cette Haute Fonction, c’est grâce à l’esprit républicain qui anime chaque Français qui avait le choix entre votre candidature et celle de l’extrême droite. Dois-je vous rappeler que lors du 2ème tour de la présidentielle, le taux d’abstention a été historiquement élevé, il faut remonter à 1969 pour retrouver un tel chiffre… Vous êtes sortis vainqueur des urnes avec 66,10% des voix mais si on comptabilise les votes blancs, nuls et les abstentions, qui représente tout de même 16 millions d’électeurs, votre score est réduit à 43,63% ; c’est-à-dire que vous n’êtes pas majoritaire dans le pays. Le vote du 08 mai était un vote de raison et non d’adhésion.

Face à ce constat, la sagesse aurait voulu que vous proposiez aux Français une nouvelle politique, que vous profitiez de cette virginité pour rétablir la justice sociale dans cette belle France, de soulager la souffrance des plus modestes, de prendre en considération les attentes de la France d’en bas. Malheureusement, très vite vous avez affiché le mépris, l’arrogance, l’insulte pour les " gens qui sont rien " " les fainéants " " ceux qui foutent le bordel ". Ce sont vos propres mots.

A cette France-là, vous installez la précarité dans le travail avec la réforme du code ; vous avez diminuez de 5 euros l’APL, de 15 euros la PAJE, vous avez appliquez 1.7 de CSG sur les petites retraites, vous supprimez l’allocation logement pour l’accession à la propriété, vous portez des coups durs aux logements, vous diminuez et vous allez supprimer les contrats aidés.

Un sujet qui vous irrite, qui vous excède, à tel point qu’au lieu d’apaiser, vous jetez de l’huile sur le feu en vous faisant colère à Tourcoing en déclarant : " qui veut un contrat aidé ? Que ceux qui les défendent les prennent ! ils n’en voudraient pas pour eux-mêmes ". Mais Monsieur le Président c’est pourtant vous qui décidez du montant du SMIC, c’est pourtant vous qui décidez du montant de l’AAH, c’est pourtant vous qui décidez du montant du minimum vieillesse ; accepteriez-vous ces montants ? Avec quel seuil, d’ailleurs, accepteriez-vous de vivre et êtes vous en mesure de l'appliquer à tous les Français, car vous n'en voulez pas.

Monsieur le Président, pourquoi tant de provocation ? Pourquoi tant de haine pour les plus pauvres ? Votre déclaration s’assimile comme une fuite devant vos responsabilités. L’emploi est de votre totale compétence. Vous ne pouvez pas vous défausser. Si vous estimez que lescontrats aidés ne servent à rien, personne ne vous empêche de les transformer en emploi acceptable par tous à défaut de les prendre par nécessité aujourd’hui. Voyez le " bordel " que vous avez créé dans les écoles, les administrations, les hôpitaux, les associations d’aide aux personnes âgées ou handicapées, les associations qui oeuvrent pour notre environnement, qui assurent notre sécurité sanitaire, qui animent les quartiers.

Les maires de l’Hexagone et de l’Outremer ne sont pas des " pleureuses " ; ils savent que ces emplois sont une soupape de sécurité pour la cohésion sociale. Le plus incompréhensible c’est que vous supprimez mais vous ne proposez rien dans l’immédiat.

Je vous informe Monsieur le Président, que, avant de devenir Député, dans le cadre de mes fonctions d’emploi aidé, j’ai pu à mon tour soulager beaucoup de gens et cela m’a permis aussi de vivre dans la dignité avec ma petite famille. Oui, je l’ai dit et je le redis : mieux vaut avoir un morceau de pain rassis à manger que n’avoir rien du tout. A ce public précaire, vous enlevez aussi la dignité qu’il avait acquis avec ces contrats.

Etes-vous conscient que du haut d’une tribune ou dans votre Palais vous êtes en train de rabaisser ceux qui sont en bas ? Vous donnez le sentiment de ne rien savoir de la vie
difficile de ces gens là. Par exemple, à La Réunion, mon département, là où je vis : 330 000 personnes vivent en dessous du seuil de pauvreté ; plus de 160 000 sont sans emploi ; 20 000 attendent chaque année un toit ; plus de 100 000 sont illettrés ; plus de 620 000 vivent des prestations sociales.

A cette pauvreté, vous ajoutez l’humiliation en montrant du doigt ceux qui n’ont rien. Mais un homme de votre rang social qui n’a aucun souci avec les banques, qui ne vous posez pas de questions comment payer à manger, ses factures, son loyer, l’éducation des enfants, vous ne mesurez pas qu’un seul petit euro que vous retirez à la France d’en bas peut faire basculer la vie de millions de personnes.

C’est pourquoi Monsieur le Président de la République, je me propose, si vous l’acceptez, de vous rencontrer afin de vous expliquer comment vivent ces personnes. J’ose
espérer que vos propos ne sont pas une tentative de manipulation de masse de l’opinion publique. Lors de notre rencontre, vous aurez l’occasion de me dire le fond de votre pensée et j’aimerais, de mon côté, vous donner des conseils pour ré-aimer les personnes. Je vous proposerai, comme vous aimez faire des démonstrations de footballeur, de chanteur, une immersion dans une famille lambda en outre mer ou dans les banlieues de l'Hexagone pour que vous vous rendiez compte de leurs conditions de vie.

Je souhaite très sincèrement que vous m’accordiez cette audience et vous verrez que nous, les gens qui " sont rien, qui sont fainéants et qui foutent le bordel ", nous vous
respectons, nous vous aimons en tant qu’humain et que nous avons aussi des idées pour nous sortir de la souffrance de la vie quotidienne. Comme vous, tous souhaitent avoir un travail et un salaire afin de bâtir un avenir meilleur.

N’opposez plus votre France d’en haut, celle des riches, à la France d’en bas dont je fais partie, celle des pauvres mais dignes. Nous pouvons construire un avenir en commun en partageant les richesses.

Dans l’attente d’une réponse positive, je vous prie d’agréer Monsieur le Président de la République l’expression de mes plus hautes considérations.

Jean Hugues Ratenon

   

1 Commentaire(s)

Lol, Posté
J'étais en train de discuter avec un homme politique important à la Réunion il y a 3 semaine de ça et il me disait : Si MACRON supprime les contrats aidés en 2019 comment on va faire pour 2020 lors des Municipales et Cantonnales, on aura plus personnes pour faire du porte à porte pour nous, plus personne pour nos meetings. Voilà M. RATENON a quoi pense les hommes politiques à la Réunion, à leur réélection et non au contrat de l'individu elle même. Je dis que le Président a raison de les supprimer et de créer des emplois durables