[PHOTOS/VIDEO] Même sur les plages surveillées :

A Mayotte, le braconnage des tortues marines se porte bien


Publié / Actualisé
Sur la soixantaine de plages mahoraises où viennent pondre les tortues, seulement 4 sont surveillées jour et nuit par des gardiens du conseil départemental. Pourtant c'est sur l'une d'elle que l'association Sea Shepard a découvert jeudi 6 septembre les restes d'une tortue, éventrée par ses braconniers. Ce n'est pas la première, et sûrement pas la dernière fois. Sur place les autorités sont dépassées.
Sur la soixantaine de plages mahoraises où viennent pondre les tortues, seulement 4 sont surveillées jour et nuit par des gardiens du conseil départemental. Pourtant c'est sur l'une d'elle que l'association Sea Shepard a découvert jeudi 6 septembre les restes d'une tortue, éventrée par ses braconniers. Ce n'est pas la première, et sûrement pas la dernière fois. Sur place les autorités sont dépassées.

Tuées pour leur chair qui peut se vendre jusqu’à 40 euros le kilo au marché noir, les tortues venues pondre sur les plages mahoraises sont des cibles faciles pour les braconniers. Ils les attendent, machette en main puis leur coupent les nageoires et la tête pour ensuite ouvrir les carapaces et récupérer la précieuse viande. Cette scène se répète, et se répète encore… même sur les plages censées être protégées et gardées.

D’après le REMMAT (Réseau d’Echouage Mahorais de Mammifères marins et de Tortues marines), plus de 230 tortues ont été braconnées à Mayotte en 2016, et près de 300 en 2015. Pour Sea Shepard, ses chiffres ne révèlent que la partie cachée de l’iceberg : "le chiffre réel est plus proche du millier de tortues tuées," annonce l’ONG sur son site. Stéphane Ciccione, directeur de Kelonia l'observatoire des tortues marines rappelle que le contexte de Mayotte est très particulier. "Le braconnage est très ancien, presque traditionnel. Nous n’arriverons pas à le régler en quelques jours ou quelques semaines.

C’est un travail de longue haleine qui passe d’abord par la sensibilisation de la population." D’autant plus que la consommation de viande de tortue peut être dangereuse. Avec le réchauffement climatique, des espèces toxiques d’algues prolifèrent et tapissent les fonds marins. Les tortues s’en nourrissent et des toxines se retrouvent dans leur chair. Ainsi à Madagascar en janvier dernier, huit enfants sont décédés d’une intoxication alimentaire.

Une réserve naturelle en péril

Mayotte accueille une réserve naturelle protégée de 68,381 km2 "en péril, faute de moyens et de volonté de contrôle et de protection" dénonce Sea Shepard dans un communiqué après la récente découverte d’une énième carcasse sur la plage surveillée Moya 1. "Elle a été sauvagement tuée alors qu'elle s'apprêtait à pondre, au nez et à la barbe des gardiens censés la protéger, relate l’association dans une publication Facebook.

Ces derniers sont restés dans leur cabane toute la nuit et ne sont descendus sur la plage qu'au petit matin, comme ils le font très souvent sur Moya 1. Les gardiens ont ensuite reçu instruction de leur responsable d'enterrer la tortue sans faire de signalement au REMMAT comme le veut la procédure." Ni vu, ni connu et l’animal n’est pas répertorié. Cette pratique fait le jeu des braconniers entrainant une sous-estimation du nombre de tortues tuées à Mayotte.

D’après Samuel Boscher, journaliste à France-Mayotte, ce n’est étonnant, et c’est même très répandu. Quant aux quatre plages "gardées", elles ne le sont que sur le papier. "Les braconniers sont très agressifs, explique-t-il, les gardiens en mission ont peur et ne sortent pas. Dans le meilleur des cas, ils signalent leur présence, mais c’est tout."

Plage surveillée à l'abandon

La plage surveillée Moya 2 est ainsi cette année laissée à l’abandon par les gardiens du conseil départemental car jugée " rop dangereuse" par le nouveau responsable. Sea Shepard note que les équipes ne sont pas assez motivées. Les tortues qui viennent pondre de nuit peuvent être longues à repartir ce qui allonge la durée de la garde.  Nos équipes sont parfois contraintes de patrouiller les plages plus de 12 heures d'affilée, écrit l’association dans le communiqué.

Certains gardiens de Moya 1, qui dorment dans leur cabane les nuits de patrouille n'ont même pas la patience lorsqu'ils descendent enfin sur la plage au petit matin d'attendre que les dernières tortues aient pondu. Il a été très frustrant pour nos équipes d'assister au comportement inadmissible de certains gardiens qui, pressés de rentrer chez eux, poussent du pieds des mamans tortues n'ayant pas encore pondu, pour les contraindre à quitter la plage."

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Pour Stéphane Ciccione, la condamnation à de la prison ferme le 20 août dernier de cinq braconniers surpris en train de traquer et capturer des spécimens avec un matériel spécialisé (vision nocturne et thermique) va peut-être "changer la donne", sensibiliser le public et effrayer les chasseurs.

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A La Réunion, les menaces sont autres

A La Réunion, la situation est très différente. Les plages sont moins nombreuses et beaucoup plus urbanisées. Les tortues ont quasiment déserté. "Seulement deux femelles viennent pondre chaque année et sous haute surveillance, raconte Stéphane Ciccione. Leurs traces sont effacées pour protéger les œufs, les nids sont cachés voire déplacés s’ils sont menacés par la houle." Les tortues, sont protégées et choyées depuis les années 80 et le dernier cas connu de braconnage remonte à six ans. Les principales menaces qui pèsent sur elles sont dû à la pollution plastique, au filets, au hameçons. Le 20 août, une tortue nommée Ballavista avait été secourue par le centre de soin Kélonia. Elle avait un fil de pêche coincé dans sa bouche, ce qui l’empêchait de se nourrir.

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nt/www.ipreunion.com

   

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