Santé publique :

Les pharmaciens passent au plan B


Publié / Actualisé
Pour protester contre la menace d'un arrêté imposant une baisse de 3 % du prix des médicaments dans les Dom, les syndicats de pharmaciens, réunis en assemblée générale ce mardi 6 février 2008, ont décidé de travailler en " mode dégradé " avec la Caisse générale de la Sécurité sociale (CGSS) de la Réunion. Ce changement intervient à compter du 12 février prochain. Il est sans conséquence pour les assurés sociaux
Pour protester contre la menace d'un arrêté imposant une baisse de 3 % du prix des médicaments dans les Dom, les syndicats de pharmaciens, réunis en assemblée générale ce mardi 6 février 2008, ont décidé de travailler en " mode dégradé " avec la Caisse générale de la Sécurité sociale (CGSS) de la Réunion. Ce changement intervient à compter du 12 février prochain. Il est sans conséquence pour les assurés sociaux
" Réunionnais, Réunionnaises, on vous ment. La baisse des prix des médicaments ne vous fera rien gagner. Il n'y aura bientôt plus de pharmacie à côté de chez vous. Près de 700 emplois seront supprimés. À qui profite le crime ? ". Ce message vindicatif, en vitrine de la pharmacie de Jean-Pierre Gambini (à Piton Saint-Leu), porte-parole de l'union syndicale des pharmaciens d'officine (USPO), est actuellement placardé dans la plupart des officines de l'île. La grogne des professionnels de santé apparaît de plus en vive, à tel point qu'ils ont menacé de se déconventionner si l'arrêté ministériel de la baisse du prix des médicaments dans les Dom était effectivement pris. Aujourd'hui, 223 officines (sur 253) de l'île ont signé la procédure de déconventionnement et des pétitions de soutien, à l'attention de la population, circulent. Pour l'heure, parmi les professionnels, nul ne sait quand l'arrêté ministériel sera publié et ni ce qu'il contient exactement. Mais devant une menace qu'ils considèrent imminente, et un procédé jugé illégal (puisqu'ils n'ont pas été consultés et que les études nécessaires n'ont pas été réalisées selon eux), les pharmaciens ont décidé d'agir, espérant ainsi infléchir les pouvoirs publics.


Le retour de la paperasse et des vignettes


La première étape de leur action consiste à passer, dès lundi 12 février, en " mode dégradé ". En clair, la télétransmission électronique à la Sécurité sociale va disparaître au profit de l'ancien système papier. Les pharmaciens enverront à la Caisse d'assurance maladie des factures sur lesquelles auront été collées les vignettes des médicaments délivrés. Cette nouvelle charge de travail pour la CGSS devrait retarder les remboursements des pharmaciens (factures payées à 10 jours au lieu de 5), engendrant pour ces derniers des problèmes de trésorerie. Quant aux assurés sociaux, ils ne pâtiront pas de ce changement. Jusqu'à nouvel ordre, les officines accepteront toujours leur carte vitale et ils n'auront pas à avancer les frais. En revanche, si l'arrêté ministériel devait être publié, la situation serait tout autre pour l'ensemble de la population réunionnaise.

Des assurés sociaux pénalisés

En effet, dès la parution de l'arrêté, les pharmaciens envisagent de passer à l'étape supérieure en se " déconventionnant ", c'est-à-dire en rompant leurs relations avec la Sécurité Sociale. Cette fois, les cartes vitales seront boycottées et les patients devront payer les médicaments sans espérer de remboursement. En effet, l'Assurance Maladie a indiqué qu'elle ne serait pas en mesure de rembourser les assurés sociaux si le " déconventionnement " devenait réalité. "En application de la volonté du législateur, pour que les prestations qu'il dispense soient remboursables par l'Assurance-maladie, tout pharmacien d'officine adhère à la présente convention", précise en effet l'article 2 de la convention. Qu'adviendra-t-il alors des personnes atteintes de lourdes pathologies nécessitant des remèdes souvent très coûteux. La Réunion risque de se retrouver face à une santé à deux vitesses avec d'un côté les malades qui auront les moyens de se soigner et de l'autre ceux qui ne les auront pas.
   

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