Epreuve de Philosophie du Baccalauréat 2010 :

"Un homme libre est-il sans devoir ?"


Publié / Actualisé
C'est ce jeudi 17 juin à 8 heures qu'ont débuté les épreuves du Baccalauréat 2010 avec la traditionnelle épreuve de philosophie. Les terminales littéraire philosophent sur l'un de ces trois sujets : "Y a-t-il un progrès dans l'art ?", "Un homme libre est-il sans devoir ?" ou sur un extrait des "Pensées" de Pascal. Imaz Press Réunion s'est prêté au jeu de la dissertation, pour tenter de répondre à la question "Un homme libre est-il sans devoir ?"...
C'est ce jeudi 17 juin à 8 heures qu'ont débuté les épreuves du Baccalauréat 2010 avec la traditionnelle épreuve de philosophie. Les terminales littéraire philosophent sur l'un de ces trois sujets : "Y a-t-il un progrès dans l'art ?", "Un homme libre est-il sans devoir ?" ou sur un extrait des "Pensées" de Pascal. Imaz Press Réunion s'est prêté au jeu de la dissertation, pour tenter de répondre à la question "Un homme libre est-il sans devoir ?"...
Si l'on tente de définir la notion de liberté, elle peut être la faculté d'agir, pour un individu selon sa propre volonté, selon les moyens à sa disposition, mais sans être entravé par une autre volonté que la sienne. La liberté est ainsi de déterminer soi-même ses choix. Le concept de liberté humaine doit pouvoir ouvrir des possibles en produisant des actions non-déterminées, indépendantes de la causalité et notamment des inclinations de notre sensibilité.

La définition du sens commun serait donc de pouvoir faire ce qu'on désire sans rencontrer d'obstacle. Mais cette simple absence de limites, n'est-elle pas une illusion? La liberté de l'homme n'implique-t-elle pas des devoirs? Ne dit-on pas que ma liberté commence là où s'arrête celle des autres? Cette phrase est devenue une évidence, presque un proverbe. La liberté n'est-elle pas plus exactement le pouvoir de faire tout ce que les lois permettent ? Spinoza, dans la "Lettre à Schuller" écrivait en ce sens : "Telle est cette liberté humaine que tous se vantent de posséder et qui consiste en cela seul que les hommes ont conscience de leurs appétits et ignorent les causes qui les déterminent".

Kant dans la "Critique de la raison pratique" développe sa thèse selon laquelle l'exigence de la loi morale prouve l'existence de la liberté. "C'est la loi morale, dont nous avons immédiatement conscience (...), qui s'offre d'abord à nous et nous mène directement au concept de la liberté, en tant qu'elle est représentée par la raison comme un principe de détermination, que ne peut dominer aucune condition sensible et qui, bien plus, en est totalement indépendant". Kant en conclut qu'on juge qu'on "peut" faire une chose, parce qu'on a "conscience qu'on doit la faire" et on "reconnaît ainsi la liberté" qui, sans la loi morale, nous "serait restée inconnue".


Le sujet proposé nous invite à réfléchir à cette pensée "allant de soi" que ma liberté commence là où s'arrête celle des autres. Cette phrase devenue proverbe évoque le problème suivant : comment les libertés des uns et des autres peuvent-elles coexister au sein d'un même groupe, sans quelles s'annulent les unes les autres ? Ou encore, la liberté des uns n'est-elle pas inconciliable avec celle des autres puisque elle est inhérente à chacun ?

"La liberté est le pouvoir qui appartient à l'homme de faire tout ce qui ne nuit pas aux droits d'autrui : elle a pour principe la nature ; pour règle la justice ; pour sauvegarde la loi ; sa limite morale est dans cette maxime : Ne fais pas à un autre ce que tu ne veux pas qu'il te soit fait" est-il écrit dans la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1789. Ce ne serait qu'au nom de la liberté qu'il est admissible, légitime et nécessaire de poser des limites à la liberté. Cette limitation mutuelle des libertés se base sur un principe de tolérance réciproque.

Il nous faut par ailleurs souligner le rôle de l'autonomie, au sens de l'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite, qui est une forme de liberté. La liberté existe pour tous, en ce sens respecter la liberté des uns, mais aussi la sienne, c'est vouloir atteindre le bien commun et échapper à l'esclavage des appétits particuliers, de ses désirs personnels. Si l'on se croit libre en cédant à ses tendances naturelles, on ignore peut-être que l'on ne fait que se rendre esclave de soi-même.

Comme le développait Kant, l'obligation morale, le sens du devoir qu'éprouve l'homme à respecter autrui et sa liberté, sollicite sa volonté tout en la laissant libre. Le devoir moral que nous avons de respecter le bien des autres ne peut pas nous empêcher de nous en emparer. Le devoir moral nous demande de ne pas le faire, sans contrainte psychologique ou physique. Le devoir apparaît ainsi comme une façon d'agir. D'après Kant, l'existence du devoir témoigne d'un ordre à instaurer, autre que celui de la nature déterminé par notre sensibilité, nos penchants, nos inclinaisons. Mais il n'est en aucun cas question de renoncer à sa liberté, auquel cas ce serait "renoncer à sa qualité d'homme, aux droits de l'humanité, même à ses devoirs. Il n'y a nul dédommagement possible pour quiconque renonce à tout. Une telle renonciation est incompatible avec la nature de l'homme; et c'est ôter toute moralité à ses actions que d'ôter toute liberté à sa volonté" écrivait Rousseau dans Le Contrat Social.

   

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