Premier tour de la présidentielle - Lettre ouverte :

Nassimah Dindar interpelle François Hollande et Nicolas Sarkozy


Publié / Actualisé
Suite au premier tour de l'élection présidentielle, Nassimah Dindar, présidente du conseil général, interpelle, dans une lettre ouverte, les deux "finalistes", François Hollande et Nicolas Sarkozy. "Les Réunionnais attendent de vous un message fort, un message d'espoir mais aussi de sincérité et de vérité", indique-t-elle. Nous publions ci-dessous sa lettre.
Suite au premier tour de l'élection présidentielle, Nassimah Dindar, présidente du conseil général, interpelle, dans une lettre ouverte, les deux "finalistes", François Hollande et Nicolas Sarkozy. "Les Réunionnais attendent de vous un message fort, un message d'espoir mais aussi de sincérité et de vérité", indique-t-elle. Nous publions ci-dessous sa lettre.
"Monsieur Hollande, Monsieur Sarkozy,

Tous les regards des Français sont braqués sur vous. La France oscille entre espoir et scepticisme. Espoir, car un nouvel élan peut redresser la situation. Scepticisme, car on leur oppose la fatalité de la crise et de la mondialisation et la constatation d'une certaine impuissance à infléchir le cours des choses parachève cette crainte.

Les Réunionnais sont plus que jamais dans cette posture d'espoir. Ils ont besoin, pour se déterminer, d'une message fort en leur direction. Car, à La Réunion, c'est la situation métropolitaine en trois fois pire ! Trois fois plus de chômage notamment... Les Réunionnais savent que la France est endettée et que le redressement de nos finances publiques est une priorité incontournable.

Mais s'ils peuvent comprendre que plus de transferts publics ce n'est pas possible, ils ne peuvent pas comprendre que, au nom d'une rigueur qui n'a que trop tardé à être appliquée et qui leur serait injustement imposée, il doivent recevoir moins et donc pâtir encore plus !

Ce serait le cas pour nos collectivités locales (Région, Département, Communes...), moteurs de la cohésion sociale, gros investisseurs, donc gros soutiens à l'économie et au maintien des emplois. Geler leurs dotations, prévoir de les diminuer, c'est condamner La Réunion à plus de misère, à plus d'exclusion et c'est, in fine, d'un coût social, économique et budgétaire beaucoup plus élevé.

Aussi, et bien que nous comprenions que vous deviez promouvoir cette grande vision d'ensemble, j'ai retenu avec satisfaction que vous savez que non seulement l'Outre-Mer est une chance pour la France mais aussi un motif de fierté : biodiversité remarquable, jeunesse dynamique et prête au travail, exemplarité en matière de tolérance et de respect, vitrine de la Francophonie et positionnement de l'Europe aux quatre coins de la planète, positionnement géostratégique mondial, second potentiel de ressources maritimes grâce aux zones exclusives maritimes, etc.

Si vos programmes pour l'Outre-Mer ont été pensés et publiés, je vous prie cependant de nous adresser à nouveau, clairement, vos engagements face aux terribles fléaux que nous affrontons depuis toujours et qui s'intensifient inexorablement.

De la parole aux actes, tel sera notre espoir ! Telle sera la reconnaissance d'un peuple réunionnais en souffrance.

Même si le logement social connaît un regain d'activités, le retard reste considérable et des situations humaines inadmissibles. Pourrons-nous espérer que la Ligne Budgétaire Unique soit maintenue à son plus haut niveau ? Que les décisions de défiscalisation soient plus simples et plus rapides ? Ne serait-il pas normal, pour respecter la légitime aspiration de tout individu à devenir propriétaire de son toit, que des instruments de facilitation pour l'acquisition des logements anciens par les locataires soit définis et imposés aux bailleurs sociaux ?

Le chômage atteint des taux insupportables, notamment le chômage des jeunes. A ce bon sens évident qui consisterait à affirmer qu'il vaut mieux subventionner l'emploi que financer l'inactivité, il convient de le traduire par des faits.
Oui, au maintien fort des emplois aidés pour permettre d'espérer, d'avoir un retour vers le travail. Oui, à l'exonération totale des charges pour tout emploi créé en faveur des jeunes. Oui à une politique de rattrapage, de sauvetage pour tous les jeunes sans qualification au travers d'une mobilisation sans précédent des dispositifs tel que le RSMA, l'apprentissage, les contrats de professionnalisation et autres services civiques.
Pour les jeunes ayant réussi un parcours scolaire et universitaire (encore faut-il qu'on ait réglé la question du logement des jeunes), oui à ce qu'ils bénéficient d'un accès privilégié aux emplois publics au travers de concours spécifiques. Tout comme il serait temps de permettre un retour des fonctionnaires réunionnais qui sont en Métropole et qui souhaitent légitimement revenir "au pays".

Les Réunionnais attendent des mesures fortes sur la réduction du coût de la vie. Manifestement il y a des abus. Comment éviter que ceux qui sont en situation de monopole n'abusent encore plus d'une population qui est pressurée de toute part ?
Comment aller encore plus loin dans la continuité territoriale ? Comment réduire le coût de l'internet et des télécommunications ?

En matière de développement, il faudrait soutenir les secteurs porteurs, les encourager (tourisme, agriculture, services à la personne, secteur des métiers...), conforter le BTP. Mais aussi faire preuve d'audace et de bon sens.

L'économie réunionnaise a besoin d'être protégée. L'économie réunionnaise a besoin qu'on soit plus souple avec les normes européennes parfois inadaptées. Est-il vrai que les pneus vendus dans l'île doivent être aux normes européennes plutôt qu'africaines ?
Comment peut-on être une plateforme logistique et de réexportation si l'on ne permet pas à ceux qui réexpédient de récupérer l'octroi de mer ?

Peut-on indéfiniment accepter que nos pères et mères, nos grands-pères et grands-mères aient des revenus aussi faibles, que leur couverture sociale soit tellement insuffisante au point que le Conseil Général de La Réunion a été obligé de déployer un dispositif dit de " Chèque Santé " permettant une prise en charge du coût des mutuelles?

Va-t-on enfin penser à l'Aidant Familial, cette personne dévouée, isolée, épuisée, qui jour après jour, 24 heures sur 24, accompagne bénévolement les personnes âgées ou handicapées les plus fragiles et qui subissent l'indifférence de la société.
Beaucoup resterait à vous demander ! Vous aurez compris, à travers mes propos, que les Réunionnais attendent de vous un message fort, un message d'espoir mais aussi de sincérité et de vérité. Ainsi ils se détermineront en leur âme et conscience et vous accorderont leur confiance".

Nassimah Dindar

   

Votre avis nous intéresse, soyez le premier à vous exprimer !