Après le score historique de Marine Le Pen à La Réunion :

L'île de la tentation lepéniste


Publié / Actualisé
Depuis dimanche soir, La Réunion cherche des explications au score réalisé localement par Marine Le Pen (23,46%) au premier tour de la présidentielle. Ce vote de défiance totale vis-à-vis des partis qui se succèdent au pouvoir depuis des décennies peut-il se reproduire aux législatives de juin, avec quelles conséquences ?
Depuis dimanche soir, La Réunion cherche des explications au score réalisé localement par Marine Le Pen (23,46%) au premier tour de la présidentielle. Ce vote de défiance totale vis-à-vis des partis qui se succèdent au pouvoir depuis des décennies peut-il se reproduire aux législatives de juin, avec quelles conséquences ?

De toute évidence, plus de 80 000 électeurs réunionnais veulent essayer "autre chose". Ils l’ont dit clairement dimanche en coulant un bulletin Le Pen dans les urnes. Les premières justifications de ce vote, collectées lundi, témoignent indéniablement d’une attitude de rejet de la classe politique traditionnelle plutôt que d’une adhésion au programme et aux "valeurs" du Front National.

Dans quelle mesure la xénophobie, la haine de l’immigré, le racisme ont-ils motivé plus de 23% des votants, soit 12% du corps électoral réunionnais ? Sans doute à l’ultra marge. La sortie de l’euro et de l’Europe a-t-elle drainé vers les isoloirs plus de 80 000 électeurs nostalgiques de la mythique baguette à un franc ? C’est tout aussi improbable.

De toute façon, qui a lu le programme du FN ?

L’explication est devant notre nez. Ce ne sont pas les beaux quartiers qui ont voté Marine. A force de précarité endémique et de chômage héréditaire, nombre de Réunionnais "d’en bas" ont fait le pari de confier leur suffrage à la seule mouvance politique française qui n’a pas encore exercé le pouvoir.

- Le FN a réussi sa manœuvre de dédiabolisation -

Ce que les socialistes, ce que la droite n’ont pas su faire, peut-être le FN, qui a réussi sa manœuvre de dédiabolisation, y parviendra-t-il ? Conjurer la fatalité du chômage, augmenter les retraites, les minima sociaux… "Ça ne coûte rien d’essayer pour cinq ans", entendait-on dimanche.
Apaisée la brûlure de la claque, il faut maintenant imaginer les conséquences de cette onde de choc. D’abord sur le second tour.

Marine Le Pen a-t-elle fait le plein de ses voix dimanche ou va-t-elle encore accroître son audience le 7 mai ? La seconde hypothèse est vraisemblable et il sera intéressant d’analyser dans quelle mesure l’électorat de Jean-Luc Mélenchon, qui est arrivé en tête du premier tour avec près de 86 000 voix, acceptera l’effort du front républicain et du vote pour Macron.

Viendront ensuite les législatives. Autant la présidentielle est propice à l’expression d’un ras-le-bol, autant l’élection des députés exige, pour emporter une majorité, des candidats bien implantés et capables de séduction de proximité. Le moins que l’on puisse dire, c’est que le groupuscule qui représente aujourd’hui le Front National à La Réunion manque non seulement de glamour, mais surtout de structuration pour rivaliser avec les partis traditionnels et les vieux routiers de la politique locale.

Notamment les Républicains : ici comme ailleurs, ils ont été plombés par l’image désastreuse du candidat Fillon, mais préparent leur revanche pour reconquérir les sièges gagnés par la gauche en 2012. Quant à ceux qui ont misé sur Macron, ils vont évidemment tout mettre en œuvre pour en percevoir les dividendes.

- Il faudra bien parler programmes et projets -

Aux législatives, il faudra bien parler, un peu, de programme et de projets. Pour la présidentielle, la démagogie lepéniste a suffi à rallier ceux qui ne croyaient plus en rien. Le FN n’a quasiment pas mené campagne sur l’île et ses adversaires ont eu peu d’occasion de détailler l’inanité de son programme pour l’Outre-Mer. Ils n’auront aucun mal à la faire en juin face à des candidats inexpérimentés.

Quels que soient les résultats réunionnais des prochains rendez-vous électoraux, la tendance nationale est de toute façon défavorable à Marine Le Pen, tant au deuxième tour de la présidentielle qu’aux législatives, même si elle sort encore renforcée de ces nouvelles batailles.

La frustration des Réunionnais qui ont cru trouver chez elle les (mauvaises) réponses à leur légitime colère en sortira également accrue.

Comment nos élus s’adapteront-ils à la nouvelle donne lepéniste? Si Emmanuel Macron accède à l’Elysée, ses soutiens locaux, de Gilbert Annette à Thierry Robert, devront mouiller la chemise pour expliquer et faire accepter les décisions de la nouvelle majorité.

Les Républicains devront choisir leur posture, entre opposition frontale et souci de composition avec un successeur de François Hollande au moins aussi libéral que l’a été ce dernier. Le PCR, le PLR et les socialistes qui ont soutenu Mélenchon et/ou Hamon se trouvent finalement les mieux placés pour canaliser l’exaspération de la Réunion précaire. Mais savent-il encore le faire ?

Le scénario le moins enviable reste évidemment celui de l’émergence d’un leader FN péi, capable d’articuler en créole la mortifère démagogie frontiste.

Ne doutons pas que certains font plus qu’effleurer ce projet depuis dimanche.

www.ipreunion.com
 

   

3 Commentaire(s)

CHABAN, Posté
Bravo pour le titre !

Tout est un programme !
Roro61, Posté
Aterla, posté il y a 5 heures : vous avez tout et bien dit, l'ile multiraciale et multiculturelle ( comparé à son volcan avec son réservoir de magma caché dans son antre) c'est ça la Réunion aussi , avec son réservoir débordant de racistes..
Aterla, Posté
C'est bien facile que de croire que nous les réunionnais ne serions pas du tout racistes. C'est vite oublier la vilaine période où "Zoreils dehors" ou "Comores dehors" fleurissaient sur nos murs. Et c'est vite oublier ceuw qui poussaient à la roue à l'époque.

Si on refuse de reconnaitre qu'on est sale, on ira pas se laver...