Serions-nous makot ? :

La (très) lente marche vers le tri sélectif


Publié / Actualisé
Département d'Outre-mer recyclant le plus en 2015, La Réunion a commencé le tri des déchets dix ans avant les autres. Pourtant, sur l'île l'heure est à la remise en question. À l'occasion de la semaine européenne de réductions des déchets (SERD), Imaz Press fait le point sur le tri sélectif à La Réunion.
Département d'Outre-mer recyclant le plus en 2015, La Réunion a commencé le tri des déchets dix ans avant les autres. Pourtant, sur l'île l'heure est à la remise en question. À l'occasion de la semaine européenne de réductions des déchets (SERD), Imaz Press fait le point sur le tri sélectif à La Réunion.

Malgré les nombreux projets mis en place pour sensibiliser la population, le tri sélectif ne semble pas encore entrer complètement dans les mœurs péi. Daniel David, responsable du pôle environnement à l'agence d'urbanisme de l'île (AGORAH) a mis en place depuis 2014 l'observatoire réunionnais des déchets (ORD) : pour lui, "La Réunion a toujours été dans la réaction plutôt que l'action". Selon la dernière étude de l'ODH, chaque habitant de l'île produit 600 kilos de déchets ménagers par an : "c'est l'ordre de grandeur qui ressort sur les cinq dernières années. Soit 30 à 50 kilos de plus qu'en métropole, une nette différence".

Pour Daniel David, le problème de l'île réside dans le fait qu'il "est délicat d'arriver à mettre en place à posteriori des choses qui n'ont pas été pensées en amont". Le responsable fait notamment référence "aux immeubles, structures collectives", où les emplacements de tris "n'étaient pas du tout pensés lors de leur construction il y a 10, 20, 30 ans". Mis en place au début des années 2000, le tri sélectif a "atteint sur l'île une certaine limite ces dernières années" explique Nicolas Guérin, directeur au pôle environnement et transition énergétique du TCO. Il affirme que sur le territoire de la côte ouest, il y a "beaucoup plus d'indésirables dans les poubelles sur les tournées où il y a plus de logements collectifs". Le tri serait ainsi "d'une bien meilleure qualité dans les habitats individuels que dans les logements collectifs".

Selon lui, plusieurs phénomènes sont liés aux différences "notables" entre les deux maisons et les immeubles. "Dans les logements collectifs, il peut y avoir l'absence ou la saturation de poubelles au moment où les personnes sortent leurs déchets" explique-t-il. "Si les poubelles sont sorties, les gens ne vont pas réfléchir et ne pas trier" affirme le responsable environnement du TCO. Des faits qui "se ressentiront nettement moins dans des maisons individuelles".

- La sensibilisation au cœur du débat -

Dans toutes les bouches depuis plusieurs années, la sensibilisation au tri des déchets occupe une place prédominante dans son assimilation par les habitants de l'île. Du côté du TCO, "55 médiateurs sillonnent le territoire pour informer, sensibiliser en faisant du porte-à-porte ou même proposer des moments ludiques avec familles et enfants pour montrer l'intérêt du tri sélectif" explique Nicolas Guérin. Des actions qui "impactent directement les chiffres" puisque le responsable déclare "observer une nette amélioration de la qualité du tri les semaines suivants les initiatives mises en place".

À l'Agorah, le constat est tout autre : "on se demande si ça vaut encore le coup" lance Daniel David. "On s'interroge actuellement sur cette question. Je reste persuadé qu'il faut tabler sur les jeunes générations en essayant de modeler les esprits qu'à changer les habitudes des personnes formatées depuis longtemps". Le responsable environnement pense qu'il "faudra attendre encore de nombreuses années avant de voir une évolution des mentalités, même s'il voit du mieux". Les générations futures sont aussi une préoccupation majeure au TCO. Shantala Etheocle, chargée de communication au TCO, met l'accent sur "l'implication des enfants et des familles" lors des événements liés à la thématique déchets. "Il suffit de voir les opérations de collectes de piles ou de bouchons pour se rendre compte de l'intérêt" avance-t-elle.

Dans le même état d'esprit, un pique-nique organisé par l'association Zéro Déchets était organisé samedi 17 novembre Saint-Leu. Mehmet Pekkip, président de l'association, affirmait à Imaz Press avoir reçu "plus de 200 demandes de familles intéressés". Selon lui, "les familles se sentent concernées par le tri à partir du moment où on les intéresse". Un pique-nique sans générer de déchets semble donc être une initiative qui a fait ses preuves.

- Le devoir d'exemplarité des entreprises -

Si les initiatives à l'attention des particuliers se font toujours plus nombreuses sur l'île, le cas des entreprises pose problème. Daniel David fait état d'un "manque de cohérence si on demande aux particuliers de trier chez eux, mais que dans leur entreprise il n'y a aucune solution de tri". Pour lui, "cela ne montre pas l'exemple, et les gens vont se dire que ce qu'ils font chez eux est anéanti par le fourre-tout de l'entreprise".

Depuis septembre 2015, Grégory Lemée aide les entreprises réunionnais –cinquante actuellement- à mieux valoriser les déchets bureautiques à travers sa société Bureau Recyclage. L'idée, "permettre à chaque salarié d'avoir sous son bureau une corbeille pour recycler son papier et une borne pour l'entreprise pour trier tous les papiers des salariés". Il raconte "encore batailler avec la majorité des administrations" sur le sujet, mais que de plus en plus d'entreprises "de toutes tailles" trouvent "légitime son action".

Malgré ce constat, toutes les parties s'accordent pour dire qu'il y a "une vraie tendance à l'amélioration et que les Réunionnais se sentent de plus en plus concernés", comme l'assure Daniel David. Pour les différents acteurs concernés, la solution vient des "générations futures" : "éduquer et changer ses habitudes chacun à son niveau" lance Grégory Lemée, "c'est la seule solution sur laquelle tout le monde doit se pencher".

hf/www.ipreunion.com
 

   

6 Commentaire(s)

Facebook: Saint-Gillois-es en action, Posté
Je suis enseignante à la Retraite et pendant toutes mes années de travail, d'abord en Maternelle, puis en Primaire, mes collègues et moi avons fait tous les ans une vraie sensibilisation en profondeur sur les déchets, le tri, le recyclage. Nous travaillions même en commun avec la TCO.
Si je pense au début de ma carrière, cette 1ère génération a maintenant la quarantaine. Ils ont donc pour la plupart enfants et petits enfants.
Donc quand vous parlez de sensibiliser les jeunes, c'est sûr, c'est ce qu'il faut faire. N'oubliez pas quand même que leurs parents et grands-parents l'ont été également. Alors pourquoi n'ont-ils pas mis en pratique ?
LouisP, Posté
Oussa i lé l'observatoire des déchets ? Un site web ? Tous ces blablas qu'on nous sert depuis des années.... il faut faire des actions blablabla l'éducation...blablabla tout ça coûte un bras et ne sert à rien suffit de voir le site des bandcochon Ce blabla finalement ne sert qu'à UNE seule cause : ne pas verbaliser car c'est électoralement antipathique.Et c'est là le drame. Car une verbalisation très sévère comme cela se pratique dans certains pays ça fonctionne.Mais voilà ici on veut continuer à perfuser de subventions tout ce petit monde qui gravite autour des élus qui ainsi se donnent bonne conscience en prétendant qu'ils agissent. Et les cochons ? Eh bien ils continueront à cochonner tant qu'ils seront impunis et tant que d'autres ramasseront...
Gramounfm, Posté
Nous nous sentirons vraiment concernés lorsque l'on arrêtera la démagogie et que les comportements condamnables seront sanctionnés. Qui ne comprend pas encore qu'il s'agit de protéger une terre qui ne nous appartient pas mais que nous empruntons à nos enfants.
Oui. trop de réunionnais ont un comportement plus que condamnable. Dans certains pays, jeter un mégot ou un papier dans la rue est passible d'une forte amende. La mise en place de telles règles est plus efficace que toutes les "actions de sensibilisation" prônées par les démagos et autres beaux penseurs.
Aterla, Posté
Il est intéressant de voir que dans les endroits sales et délaissés par les mairies, les tas d'ordures sauvages prolifèrent. Jamais dans les quartiers bien entretenus (pelouses tondues et buissons élagués).
Spartacus, Posté
Arretez de nous prendre pour des couillons.La sensibilisation est l'excuse pour ne rien faire.Il n'y a pas d'autre solution que la répression et donc taper dans le portefeuille de tous ces porcs qui salissent notre ile.Ils veulent vivre dans une porcherie ,libres à eux mais pour ma part,je n'ai jamais vu quelqu'un verbalisé pour avoir dégrader l'environnement.On a l'arsenal répressif mais aucune volonté d'agir......
Jose, Posté
Regardez la gueule de ceux qui jettent leurs saloperies n'importe où, même quand ils habitent à 2 pas d'une déchetterie, et vous comprendrez que ce n'est qu'un manque d'éducation.
Pareil pour ceux qui caillassent les pompiers, font des runs sauvages dans les quartiers, bref le manque d'éducation est la base de tous nos maux.