Les statistiques ethniques sont interdites en France :

Et pourtant, si compter avait du bon...


Publié / Actualisé
"Nous sommes une Nation où chacun, quelles que soient ses origines, sa religion doit trouver sa place. Est-ce vrai partout et pour tout le monde ? Non." Ces mots ont été prononcés par Emmanuel Macron lors de son allocution du dimanche 14 juin 2020. Ils sonnent comme un un aveu, une reconnaissance, au plus haut sommet de l'État, des discriminations et inégalités existant en France. Et après ? Les disparités de traitement selon la confession religieuse, la couleur de peau ou la consonance du nom étant établies, peut-être serait-il temps de revoir notre modèle d'intégration. Peut-être serait-il temps de forcer la main au destin, d'instaurer des statistiques ethniques et imposer des quotas. Peut-être... (Photo rb/www.ipreunion.com)
"Nous sommes une Nation où chacun, quelles que soient ses origines, sa religion doit trouver sa place. Est-ce vrai partout et pour tout le monde ? Non." Ces mots ont été prononcés par Emmanuel Macron lors de son allocution du dimanche 14 juin 2020. Ils sonnent comme un un aveu, une reconnaissance, au plus haut sommet de l'État, des discriminations et inégalités existant en France. Et après ? Les disparités de traitement selon la confession religieuse, la couleur de peau ou la consonance du nom étant établies, peut-être serait-il temps de revoir notre modèle d'intégration. Peut-être serait-il temps de forcer la main au destin, d'instaurer des statistiques ethniques et imposer des quotas. Peut-être... (Photo rb/www.ipreunion.com)

Si confirmation il fallait, si doute il restait, le président de la République, en personne, a fini de les balayer. “Notre combat doit donc se poursuivre, s’intensifier pour permettre d’obtenir les diplômes et les emplois qui correspondent aux mérites et talents de chacun et lutter contre le fait que le nom, l’adresse, la couleur de peau réduisent encore trop souvent l’égalité des chances que chacun doit avoir.”

De cette phrase, Emmanuel Macron a fait postulat ce qu’une (trop grande) partie de la population peine encore à admettre : en France, l’égalité des chances, des droits et de traitement n’est point. Le chef de l’État a subséquemment promis la prise prochaine de “décisions fortes” pour y remédier.

Mais, quid de ces décisions ?

Dans diverses strates de la société, l’obligation de parité, lorsqu’elle est instituée, offre aux femmes des opportunités qu’elles n’auraient sûrement pas eues sans que les hommes au pouvoir y soient forcés.

Ne serait-il pas temps de faire de même pour les discriminations raciales, d’imposer des quotas, pour qu’enfin les personnes issues de "minorités visibles", comme disent certains dans la majorité bien pensante, aient accès aux mêmes possibilités de réussite que leurs homologues blancs de peau ? Une hypothèse qui inclurait l’instauration de statistiques ethniques - interdites par la loi actuellement -, et la refonte totale de notre façon de penser l’intégration.

La question mérite d’être posée.

- L'obsolète assimilation -

Le modèle d’intégration à la française, d’assimilation - de triste mémoire à La Réunion -, attend du minoritaire qu’il abandonne sa propre culture au profit des valeurs, des mœurs et de la langue de son pays d’accueil. L’abolition des spécificités comme moyen de promotion de l’égalité est un élément fondateur de la République, bien avant même les guerres et colonisations ayant amené l’immigration. L’étranger doit devenir le même pour que la Nation soit une et indivisible. Dans ce contexte, mettre en avant ses origines est perçu comme une forme de communautarisme.

Le Haut Conseil à l’intégration (HCI), fondé par le gouvernement Michel Rocard en décembre 1989, rappelait ces principes : le refus de toute logique de minorités, de déterminisme d’ethnie, de classe et de religion ; l'acceptation des différences sans les encourager. En France, on intègre des individus et pas des communautés.

Ce modèle a été justifié à l’époque de l’empire colonial, pour que les immigrés européens se retrouvent en une République (théoriquement) porteuse de valeurs universelles dans les territoires colonisés. Ce modèle a encore été justifié à l’époque post-coloniale pour renforcer le sentiment d’appartenance à la Nation des immigrés africains venus construire la France contemporaine.

À l’heure où le président élu choisit l’hymne européen pour aller prononcer son discours de victoire, où l’immigration est de plus en plus familiale et de plus en plus visible dans l'espace public, où le quartier remplace l’usine comme espace d’intégration, ce modèle est obsolète.

- La pratique bien loin de la théorie -

“Ce modèle français d’intégration serait sérieusement menacé s’il devait y avoir un jour une discordance entre l’égalité des droits proclamée et des inégalités de fait qui subsisteraient”. Ce constat du HCI date d’il y a trois décennies.

L’identité nationale est aujourd’hui moins pertinente. L’universalisme auquel adhère la majorité de la population lui sert de couverture pour pratiquer le contraire au quotidien, à s'accorder avec sa conscience sans vraiment agir sur les raisons des discriminations. Les discriminations directes, à l’embauche ou au logement, en plus des discriminations indirectes, dans les vies sociale et politique.

Aucun patron d’une entreprise du CAC 40 n’est un Français de minorité visible. Aucun ministre n’est un Français de minorité visible. Aucun Français de minorité visible n’a été Premier ministre ou président de la République. Aucun Français de minorité visible n’a même été candidat à l’élection présidentielle, outre Christiane Taubira en 2002. Elle avait recueilli 2,32% des suffrages…

Il existe bien une discordance entre égalité des droits proclamée et des inégalités de fait.

L’invitation des pouvoirs publics à la mixité sociale est un échec. Les fractures territoriales sont devenues ethniques, culturelles, religieuses. Les habitants de ces territoires se sentent condamnés à un destin social écrit d’avance et s’inscrivent dans des modes de vie de type communautaire.

Le séparatisme contre lequel veut lutter Emmanuel Macron s’impose en fait de lui-même, par les faillites du modèle d’intégration, plus encore que par les individus.

- Des statistiques pour mieux lutter ? -

Un autre modèle d’intégration existe. Aux Etats-Unis, on conçoit l’assimilation comme une combinaison des différentes cultures. Plutôt que d’éclipser les ethnies, on tente de préserver leur intégrité et d’encourager les groupes à coexister. Les communautés sont acceptées et banalisées.

La société américaine est ainsi caractérisée par un système de classification ethnique incorporé dans les méthodes de recensement, et surtout dans les dispositifs de discrimination dite positive envers les minorités. Sur le papier, du moins. Car, le modèle - dont la pire dérive est l'Apartheid longtemps imposé aux Noirs d'Afrique du Sud -, est bien loin d’être sans faille. Preuve en est les violences raciales, parfois mortelles, subies au quotidien par les Noirs aux Etats-Unis

Il montre toutefois qu'il n’y a pas d’incompatibilité de principe entre appartenance communautaire et appartenance nationale. 

À la différence des États-Unis, la France a trop longtemps refusé d’admettre qu’elle était un pays d’immigration. La discrimination positive, qui est déjà en vigueur au niveau territorial avec les réseaux d’éducation prioritaires et les zones franches, doit à minima être envisagée ailleurs.

La collecte et l’utilisation de statistiques portant sur la religion, le genre, l’orientation sexuelle, la couleur de peau ou l’origine des citoyens pourrait permettre de ne plus naviguer à vue en matière de lutte contre les discriminations.

Dans une tribune au Monde samedi dernier, Sibeth Ndiaye, la porte-parole du gouvernement, dont elle est l'une des deux membres issue de minorités visibles, appelait à une réouverture "apaisée" du débat sur les statistiques ethniques. 

Une proposition battue en brèche par Bruno Le Maire, ministre de l'Economie, homme blanc de son état. “Je reste défavorable aux statistiques ethniques qui ne correspondent pas à l'universalisme français, au fait qu'un Français est un Français et que je ne regarde pas quelle est sa race (sic), son origine, sa religion, et que je ne souhaite pas le regarder.”

Cela alors qu'un rapport de la Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) remis au Premier ministre Édouard Philippe, souoigne que les personnes noirs sont "en butte au quotidien à des préjugés offensants et des discriminations nombreuses".

Lire aussi : Les Noirs continuent d'être fortement discriminés en France

Nul doute que l'absorption de statistiques ethniques et de quotas dans notre manière de penser serait un virage sans retour. Refuser d’aborder la question de but en blanc est à l'opposé des “décisions fortes” promises par Emmanuel Macron.

aa / www.ipreunion.com / [email protected]

   

5 Commentaire(s)

Sociale, Posté
à partir de quelle nuance de crème est on considéré métisse?, noir? Que donneraient des statistiques ethniques à la Réunion? C'est ridicule.
Mayaqui, depuis son mobile, Posté
Ce sont les abus, de quels cotes qu ils soient, qui créent l inacceptable ...
Sapoties, Posté
Ce ne sont pas des lois ou des statistiques qui pourront abolir le racisme. Les humains entre eux doivent impérativement apprendre à considérer tous les autres comme leurs égaux (couleur de peau, religions, sexualités,...).
Mais il faut que ce soit dans les deux sens aussi, et que les différentes ethnies cessent de se victimiser (quand je demande à mon voisin de baisser sa musique, systématiquement il me répond "c'est parce que je suis noir c'est ça?". Ben non, c'est juste parce que je voudrais dormir !!!
7AC, Posté
Vous pouvez avoir tous les titres et diplômes qui existent, mais le respect, l'éducation, le savoir être, peuvent vous manquer, et bloquer ainsi toutes vos chances de réussite.
Sinon, il vous reste la politique.
La vérité si je mens !, Posté
Winston Churchill : Je ne crois aux statistiques que lorsque je les ai moi-même falsifiées.