Le tribunal administratif examine l'affaire sur le fond :

Carrière de Bois Blanc : "le combat n'est pas terminé"


Publié / Actualisé
C'est ce lundi 9 novembre 2020 à 14h que le tribunal administratif (TA) examine le dossier de la carrière de Bois Blanc sur le fond. Quatorze recours sont sur la table et vont être examinés dans la journée. Si les associations anti-carrières s'attendent à un avis allant dans leur sens, la modification du schéma d'aménagement régional incluant un espace carrière et celle du plan local d'urbanisme à Saint-Leu montrent bien que tout n'est pas terminé, loin de là. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)
C'est ce lundi 9 novembre 2020 à 14h que le tribunal administratif (TA) examine le dossier de la carrière de Bois Blanc sur le fond. Quatorze recours sont sur la table et vont être examinés dans la journée. Si les associations anti-carrières s'attendent à un avis allant dans leur sens, la modification du schéma d'aménagement régional incluant un espace carrière et celle du plan local d'urbanisme à Saint-Leu montrent bien que tout n'est pas terminé, loin de là. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)

Quand Stéphanie Gigan, du Collectif contre la digue, entend que Bois Blanc est "abandonnée", elle fulmine : "non les carrières ne sont pas abandonnées loin de là, des procédures sont toujours en cours".

Ce lundi 9 novembre, le tribunal administratif (TA) examine 14 recours déposés contre l'ouverture de Bois Blanc, recours concentrés en une journée. Parmi eux, ceux de Touch pa nout roch, du Collectif contre la digue, de la SREPEN, ou encore de la mairie de Saint-Leu. Un examen qui devait se tenir dès septembre, mais qui a été décalé en raison de la crise sanitaire.

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Si les recours contre la carrière avait déjà été examinés sur la forme, c'est cette fois sur le fond de l'affaire que le TA va statuer.

- Nombreux essais pour ouvrir les carrières -

Les associations anti-carrères sont plutôt optimistes sur l'issue de cette journée, pour autant cela ne signifie pas que l'affaire est terminée. "Oui la décision du TA va sans doute nous être favorable ce lundi. Mais l'Etat et la Région n'ont pas abandonné le projet." Une preuve : la modification du schéma d'aménagement régional, incluant les espaces carrières.

En juin dernier, Bois Blanc avait été officiellement intégrée au schéma régional d'aménagement (SAR) par arrêté préfectoral. Un "passage en force" pour les associations, alors que les autorités environnementales sont sceptiques face à l'ouverture des carrières. Le schéma départemental des carrières (SDC) tente aussi d'y intégrer Bois Blanc mais fait face à une résistance de la part de l'Autorité environnementale.

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En effet, celle-ci publiait le 23 octobre dernier de nouvelles recommandations, à commencer par une expertise environnementale.

Depuis l'annulation du SDC de 2014, la carrière de Bois Blanc ne faisait officiellement plus partie du projet d'extraction de roches pour le chantier de la Nouvelle Route du Littoral. La modification du SDC de 2010 devrait permettre d'y intégrer la carrière, mais il faut d'abord passer par le filtre de l'Autorité environnementale.

"Certes l'Autorité environnementale s'y oppose, mais ça ne reste qu'un avis. Honnêtement on n'y croit plus, malgré les évaluations et les recommandations, rien n'est fait en ce sens. Les autorités s'assoient dessus à chaque fois" dénonce Stéphanie Gigan.

S'ajoute à ça la modification en cours du PLU (plan local d'urbanisme) de Saint-Leu pour y intégrer un espace carrière, la ville étant contrainte malgré son recours de s'aligner sur le SAR désormais modifié. Une consultation publique est en cours : "ce sera au commissaire enquêteur de rendre sa décision en fonction des avis reçus". Mais les remarques des habitants pourraient ne pas être si nombreuses. "Ça fait déjà cinq ans et demi que nous combattons ces projets de carrières" calcule pour sa part Elodie Marais, de Touch pa nout roche. "Les gens commencent à s'essouffler, ça se comprend."

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L'avis en question devrait être rendu le 16 novembre. Les associations, elles, attendant le retour du TA ce lundi avant de donner leur avis, qui sera sans nul doute enrichi par les observations du tribunal, si celles-ci jouent en leur faveur.

Autant de "passages par la petite porte" qui font pour Elodie Marais que c'est toujours "un pas en avant, deux pas en arrière, un pas sur le côté" : des allers-retours qui laissent penser que l'Etat essaiera d'ouvrir les carrières coûte que coûte. "Ils essaient de jouer sur tous les tabeaux" ajoute-t-elle.

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- "Coups de com" autour de la NRL -

Même si les discours ont changé à l'approche des régionales… "On entend le président de Région dire : 'moi je fais tout ce que je peux pour éviter les carrières, partons plutôt sur les andains', je n'y crois pas. On est dans une campagne électorale" estime la militante du Collectif contre la digue. Elodie Marais non plus n'est pas dupe : "c'est de la communication ! Si vraiment les roches des carrières n'étaient plus utiles, pourquoi avoir modifié le SAR ? Il y a encore 2,7 km de digue à construire, les andains ne suffiront pas."

Et la digue est encore loin d'être terminée. "Il n'y a même pas encore de nouveau marché de digue : en 2021 entre les régionales et ce marché, tout peut encore se jouer" estime Stéphanie Gigan.

Candidat aux régionales, Olivier Hoarau s'était dit prêt, dans une interview accordée à Imaz Press, à trouver une autre alternative s'il le fallait pour finir cette route. "Ça montre peut-être que la position des Réunionnais est davantage prise en compte, et que les aspects environnementaux prennent plus d'importance dans les discours des politiques" note Elodie Marais.

Du côté du Touch pa nout roche, on s'inquiète également des propos tenus par le ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu, lors de sa visite à La Réunion. "Il avait indiqué qu'il fallait des carrières selon lui, pour les biens du BTP" rappelle la militante, peu rassurée.

La décision du TA ce lundi, même si elle donne raison aux 14 recours examinés, ne sera donc "qu'une petite bataille de gagnée, mais pas la guerre" estime Stéphanie Gigan. Et Elodie Marais d'ajouter : "on sait très bien que Bois Blanc ne sera pas sauvée pour autant : le combat n'est pas terminé, et on va continuer à se battre".

mm/www.ipreunion.com / [email protected]

   

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