L'île fait exception :

Mortalité fin 2020 : en hausse en Métropole, en baisse à La Réunion


Publié / Actualisé
L'Insee vient de publier son dernier bilan sur la mortalité en France pour la fin de l'année 2020. Si entre le 1er septembre et le 21 décembre 2020, la moyenne nationale affiche 16% de décès en plus qu'en 2019, il n'en est rien à La Réunion. Au contraire, la mortalité dans le département est en baisse de -3,4%. L'île, contrairement à l'Hexagone, a été globalement épargnée lors de la seconde vague de Covid-19 (Photo d'illustration AFP)
L'Insee vient de publier son dernier bilan sur la mortalité en France pour la fin de l'année 2020. Si entre le 1er septembre et le 21 décembre 2020, la moyenne nationale affiche 16% de décès en plus qu'en 2019, il n'en est rien à La Réunion. Au contraire, la mortalité dans le département est en baisse de -3,4%. L'île, contrairement à l'Hexagone, a été globalement épargnée lors de la seconde vague de Covid-19 (Photo d'illustration AFP)

Ce sont des données brutes, mais elles donnent cependant une tendance : l'Insee a publié les chiffres de la mortalité en France, pour la fin de l'année 2020. Ainsi, "186 578 décès, toutes causes confondues, sont enregistrés en France à la date du 18 décembre, soit 16% de plus qu’en 2019 et 19% de plus qu’en 2018" relate l'institut. Un nombre provisoire en attendant les dernières données du mois de décembre.

Mais difficile d'établir une moyenne nationale dans un pays où les données sont aussi variées d'un département à un autre. C'est particulièrement le cas dans les Outre-mer. Et si tous les DOM voient leur mortalité augmenter – de façon plus ou moins importante –, La Réunion fait figure d'exception. Du 1er septembre au 7 décembre, le nombre de décès sur l'île a baissé de -3,4%. C'est le seul territoire ultramarin à être en négatif, quand la Guadeloupe par exemple affiche une augmentation vertigineuse de +28,9% de décès sur la même période.

- Des fluctuations importantes -

C'est une "bonne nouvelle" pour Aurélien Daubaire, directeur régional de l'Insee Réunion-Mayotte. Bien que les données soient pour le moment insuffisantes pour définir avec précision et par secteurs à quoi cette baisse est dûe, le directeur rappelle que La Réunion "n'a pas vraiment connu de deuxième vague de Covid-19". Un facteur important à prendre en compte. La Métropole, elle, affiche un total de décès directement impacté par le virus.

Mais les -3,4% affichés pour le dernier trimestre à La Réunion ne doit pas occulter les autres évolutions de l'année, en dents de scie. En effet, entre le 1er mars et le 30 avril, alors que la Métropole et d'autres départements ultramarins ont été durement touchés par la première vague de Covid-19, La Réunion a été globalement épargnée. Pendant cette période, l'île affiche 0,9% de décès de moins qu'en 2019. A titre de comparaison, la Seine-Saint-Denis a connu une hausse de décès de 124,1%...

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Cependant ce taux augmente par la suite, entre le 1er mai et le 31 août 2020. "Alors que le nombre de décès était au même niveau qu'en 2019 en France métropolitaine, la mortalité à La Réunion a connu une hausse de 10,4% avec 1.826 décès pendant cette période" indique Aurélien Daubaire.

Si sur la fin de l'année, La Réunion fait partie des quatre départements français à connaître une diminution des décès, c'est l'effet inverse qui intervient entre mai et août. Ainsi l'île fait cette fois partie des quatre départements qui connaissent une augmentation de la mortalité quand le reste du pays est en baisse. Et ce sont les personnes âgées qui sont les plus impactées avec +29,8% chez les 75-84 ans et +31,3% chez les 85 ans et plus.

- Plusieurs décès Covid en octobre et novembre-

La circulation virale, bien qu'elle soit loin d'être la seule cause de mortalité à La Réunion, pourrait également avoir un impact sur la deuxième quinzaine d'octobre et la première de novembre. En effet si le chiffre global sur cette fin d'année est négatif, la mortalité a augmenté sur l'île entre la période du 16 au 31 octobre et la période du 1er au 15 novembre soit +16,5%. Pour la docteure Christine Kowalczyk, médecin généraliste et présidente de l'Union régionale des médecins libéraux, "cette période correspond à une hausse des décès liés au coronavirus sur l'île".

Fin août, des décès liés à la Covid-19 commencent à être enregistrés. Rapidement le bilan s'accélère avec des décès relevés plus régulièrement. Début novembre, neuf décès ont été enregistrés en deux semaines à La Réunion et le nombre de cas était à la hausse.

La période octobre-novembre a également été fatale sur l'île aux parfums. Mayotte fait alors partie des départements les plus frappés par cette hausse de la mortalité avec +47,7% de décès en plus, bien que la situation se soit calmée par la suite.

De façon plus générale, le bilan à Mayotte est nettement différent de celui de La Réunion. Les évacuations sanitaires vers La Réunion durant la première vague et l'appel à la réserve sanitaire en sont une preuve. Selon l'Insee, 719 décès sont enregistrés sur l'année 2020 sur l'île aux parfums, soit une hausse de 19% par rapport à 2019. Entre les mois de mai et août 2020, Mayotte est également frappée de plein fouet, le territoire est d'ailleurs le seul sur le plan national à afficher une hausse des décès de plus de 20% (+22,3%) comparé à 2019. Quant au début de l'année, l'île aux parfums est déjà touchée, au même titre que toute la moitié Est de la France.

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- Une baisse de fin d'année à relativiser -

L'effet yoyo de ces chiffres rend difficile la mise au point d'une tendance générale sur l'île. D'autant plus que la moyenne faite sur toute l'année 2020 montre malgré tout une hausse des décès. "Nous avons un bilan provisoire allant du 1er janvier au 11 décembre et nous dénombrons 4.076 décès, soit +2,8% par rapport à l'année 2019" note Aurélien Daubaire.

Un chiffre en hausse mais qui reste relativement bas. "C'est dû essentiellement à un effet démographique : d'année en année le nombre de décès augmente car la population elle aussi augmente et vieillit" explique le directeur régional de l'Insee.

D'autre part, la Covid-19 ne fait pas tout et difficile d'analyser ces chiffres sans catégoriser les décès recensés. "Ce sont des données brutes qui englobent à la fois les pathologies globales, les accidents de la route, la pandémie… il faut rester prudent", estime le docteur Reuben Veerapen, vice-président du Conseil de l'ordre des médecins de La Réunion.

D'autres facteurs sont à prendre en compte et si les périodes de répit à La Réunion correspondent à une circulation virale en baisse, elles peuvent aussi s'expliquer par une baisse de la grippe. "Il n'y a pas eu de décès cette année à La Réunion alors qu'il y en a chaque année", rappelle Christine Kowalczyk. Les mesures sanitaires mises en place contre le coronavirus se sont montrées efficaces face aux autres virus, et quasiment aucun cas de grippe n'a été recensé sur l'île depuis septembre.

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Les chiffres de l'Insee ne doivent pas non plus laisser penser qu'absence de décès veut dire absence de gravité. La pandémie de coronavirus et la déprogrammation de certaines opérations ont malheureusement entraîné un retard dans le suivi médical de nombreux patients. "Dans ma branche – chirurgie thoracique, cancer du poumon, AVC, ndlr – nous avons vu débarquer certaines personnes avec des ganglions énormes et des cancers déjà très développés", déplore Reuben Veerapen. Il redoute d'ailleurs une hausse significative de la mortalité début 2021.

mm / www.ipreunion.com / [email protected]

   

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