Mâles stériles porteurs de biocide :

Dengue : des opérations de démoustication... faites par les moustiques eux-mêmes


Publié / Actualisé
A partir du 15 mars et jusqu'en août 2021 des moustiques mâles stériles seront lâchés dans une zone non habitée à Saint-Joseph. Cette opération a lieu dans le cadre du projet Européen ERC Revolinc. Pour l'occasion, la technique de l'insecte stérile renforcée (TIS renforcée) sera utilisée pour la première fois à La Réunion. Il s'agit de faire porter un insecticide aux mâles pour tuer plus efficacement les larves de moustiques. Cette nouvelle méthode de lutte pourrait être 10 à 100 fois plus efficace que la technique classique (Photo rb/www.ipreunion.com)
A partir du 15 mars et jusqu'en août 2021 des moustiques mâles stériles seront lâchés dans une zone non habitée à Saint-Joseph. Cette opération a lieu dans le cadre du projet Européen ERC Revolinc. Pour l'occasion, la technique de l'insecte stérile renforcée (TIS renforcée) sera utilisée pour la première fois à La Réunion. Il s'agit de faire porter un insecticide aux mâles pour tuer plus efficacement les larves de moustiques. Cette nouvelle méthode de lutte pourrait être 10 à 100 fois plus efficace que la technique classique (Photo rb/www.ipreunion.com)

Saint-Joseph a été choisi pour être la zone d'expérimentation de cette TIS renforcée. Pour la première fois à La Réunion, des moustiques mâles stériles porteurs d'un biocide, le pyriproxifene, seront lâchés dans une ravine loin de toute habitation.

L'objectif de l'opération est double. Il s'agit d''une part de lutter contre ces insectes piqueurs, vecteurs du chikungunya et la dengue. D'autre part, le but est de "prouver que la TIS renforcée permet d'éradiquer complètement de petites populations de moustiques isolées et très localisées" explique Jérémy Bouyer, entomologiste au Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement) et coordonateur du projet. C'est là que se trouve la différence avec la TIS classique.

Car il s'agit de tuer les larves et pas seulement de faire s'accoupler des femelles - les seules qui piquent et transmettent donc les maladies -, avec des mâles stériles comme cela est le cas pour la TIS  classique. Le procédé est simple, le pyriproxifene est placé sur les moustiques mâles stériles près à être lâchés. Ils contamineront les femelles et ces dernières infecteront les gîtes larvaires, ne laissant aucune chance de survie aux larves.

Les moustiques participent donc en quelque sorte à la démoustication entreprise sur l'île dans la lutte anti-vectorielle mise en place par l'ARS.

- "Un lâcher par semaine" -

Alors que la TIS classique cible l'aedes albopictus, principal vecteur de la dengue et du chikungunya, la TIS renforcée cible son cousin : l'aedes aegypti, lui aussi vecteur historique de la dengue à la Réunion.

"Il y aura un lâcher par semaine" indique Jérémy Bouyer. Après une première phase test de six semaines "afin d'évaluer l’efficacité des insectes lâchés face aux moustiques déjà présents, 50.000 moustiques seront alors lâchés par semaine jusqu'au mois d'août grâce à l'utilisation d'un drone" explique le scientifique. Il souligne que ce largage par appareil téléguidé est "une première à La Réunion".

"Ce drone de 900 grammes pourra lâcher 35.000 moustiques en moins de 10 minutes, ce qui est beaucoup plus efficace et moins coûteux que les lâchers classiques faits au sol par du personnel" note le scientifique. La conjugaison du biocide et de l'utilisation du drone donnerait à "la TIS renforcée une efficacité de 10 à 100 fois supérieure à celle du procédé classique" estime Jérémy Bouyer. Si ces prévisions se vérifient, la technique serait à terme "utilisée à plus grande échelle sur l'île" informe le scientifique.

- Protection de l'environnement -

Pour éviter d'éventuelles répercussions environnementales, "un bureau d'étude indépendant a été sollicité. Il indique que les effets du biocide sur l’environnement sont infimes" souligne le coordinateur du projet. "Un suivi est tout de même réalisé avant et après l'opération pour déterminer son impact sur l'environnement". Des ruches seront entre autres installées dans la zone de lâcher car elle sont "un bon moyen d'évaluation de l’impact sur la faune non-cible" note Jérémy Bouyer.

En 2019, les opérations de démoustication de l'ARS pour tenter de neutraliser l'épidémie de dengue avaient suscité de vives inquiétudes à cause du produit utilisé : la deltaméthrine.

Le largage des insectes se fera hors de toute zone habitée, mais une campagne de sensibilisation est prévue de mi-février à mi-mars à Saint Joseph. Des affiches et une vidéo pédagogique seront diffusées sur les réseaux sociaux. Du porte à porte sera réalisé aussi chez les familles vivant proche de la zone de lâchers. "Nous solliciterons aussi les professionnels de santé qui feront part des retours qu'ils ont pu recueillir sur le sujet de la part de leurs patients" déclare Anne-Sophie Toutain, chargée de communication du projet.

Les bilans seront présentés aux élus et à la population à la fin de l'opération prévue pour la fin août.

yb/www.ipreunion.com / [email protected]

   

1 Commentaire(s)

Bernard, Posté
Bonjour l'indépendance, bonjour la Science!"Pour éviter d'éventuelles répercussions environnementales, "un bureau d'étude indépendant a été sollicité. Il indique que les effets du biocide sur l'environnement sont infimes" souligne le coordinateur du projet."Un bureau d'études indépendant? Indépendant de quels financements et de quel marché?Infime, qui vaut bien une quête de savoir, de porte à porte! >>>https://fr.wikipedia.org/wiki/Pyriproxif%C3%A8nehttps://www.researchgate.net/publication/250020859_Environmental_fate_and_properties_of_pyriproxyfen