[PHOTOS-VIDÉOS] La pression humaine dangereuse :

Tortues marines du lagon : pas touche !


Publié / Actualisé
Depuis trois ans environ, les tortues marines de La Réunion peuvent aussi s'observer dans le lagon, au large de La Saline les bains. De l'espèce des imbriquées, elles sont 19 à avoir été observées par Kélonia. Mais depuis quelques temps, le centre de soins remarque une pression humaine qui s'accroît sur ces tortues. Objectif : sensibiliser la population aux bons gestes à adopter (Photos : Thierry Peres)
Depuis trois ans environ, les tortues marines de La Réunion peuvent aussi s'observer dans le lagon, au large de La Saline les bains. De l'espèce des imbriquées, elles sont 19 à avoir été observées par Kélonia. Mais depuis quelques temps, le centre de soins remarque une pression humaine qui s'accroît sur ces tortues. Objectif : sensibiliser la population aux bons gestes à adopter (Photos : Thierry Peres)

Gracieuse, une tortue imbriquée se laisse tranquillement balancer par la houle avant de retourner picorer des anémones. Elle n'est pas encore baptisée mais elle fait partie des tortues que l'on peut observer au large de La Saline les bains.

Quelques baigneurs intrigués, équipés de masques et tubas, s'approchent. Ce jour-là, les choses se passent globalement bien, remarque Emma Hermann, étudiante en biodiversité, écologie et évolution et en stage de master 2 à Kélonia, qui se tient à distance pour observer le comportement de la tortue. Les "snorkelers" (adeptes du snorkeling, à savoir la nage en palmes, masque et tuba, ndlr) qui s'approchent ne s'amusent pas à toucher la tortue.

- "Jusqu'à 30 personnes autour de la tortue" -

Un spectacle qui tranche avec ce qu'a pu observer le plongeur Thierry Peres, qui travaille régulièrement avec Kélonia, notamment sur l'identification des tortues rencontrées sous l'eau. "Aujourd'hui je me rends d'une réalité à la fois magnifique et problématique. Certains nageurs ont l'impression que les tortues aiment bien être entourées, parce que certaines s'habituent à la présence de l'homme, et ne sont pas farouches. Mais elles risquent d'être dérangées, et à terme, ça peut impacter leur alimentation" remarque-t-il.

Caméra au poing, il a filmé et photographié des scènes d'euphorie, où la foule se presse autour de la tortue, l'encerclant, la poursuivant parfois pour avoir une photo ou essayer de la toucher.

Images : Thierry Peres

"Les tortues imbriquées, celles qu'on peut rencontrer dans le lagon, sont peu craintives", explique Stéphane Ciccione, directeur de Kélonia. "Ça commence à se savoir qu'il y a régulièrement des tortues à La Saline, et on assiste parfois à des scènes avec jusqu'à 30 personnes autour de la tortue", se désole-t-il. "Les tortues sont ce qu'on appelle des animaux 'parapluies' : quand on en parle, comme les baleines ou les dauphins, y a de l'émotion" note Thierry, qui, quelque part, comprend l'euphorie ressentie en tombant nez à nez avec une tortue.

- Une sensibilisation nécessaire -

Pour éviter les comportements trop intrusifs, Kélonia a lancé une nouvelle action de sensibilisation à même la plage depuis quatre semaines maintenant. Ombeline Gauvin, en stage à Kélonia, est étudiante en master 1 culture, civilisation et société, valorisation du patrimoine. Sur place, elle étudie la relation entre les tortues et les usagers et propose des questionnaires aux plagistes.

Les questions vont des simples connaissances de la tortue, à des questions plus comportementales : "Savez-vous quel comportement adopter si vous voyez une tortue dans le lagon ? Si la tortue fuit, qu'est-ce que cela signifie selon vous ? Que pensez-vous de la mise en place d'une réglementation pour les tortues marines du lagon ?"

Face à elle, Eve et Thomy. "C'est une super idée cette sensibilisation, je trouve qu'il n'y a pas assez de prévenion sur le sujet", estime la première, qui avoue avoir appris "pas mal de choses" via les questions posées par Ombeline.

Dans le cas présent, les plagistes sont compréhensifs, mais ce n'est pas toujours le cas, admet l'étudiante. "Certaines attitudes ne sont pas forcément liées à un mauvais esprit, mais surtout à de l'ignorance. Mais il arrive en effet que des gens nous répondent : moi j'aime toucher la tortue, je ne vois pas en quoi ça la gêne. Dans ce cas, je ne suis pas là pour les juger, je suis là pour les écouter, j'essaie avant tout de les sensibiliser et ça se passe bien". La pédagogie avant tout. 

- Un impact irréversible -

Crier, s'agiter, vouloir attraper la tortue… tous ces comportements peuvent avoir un impact néfaste sur le reptile. "C'est une chance qu'elles soient aussi facilement accessibles, mais ce qu'il faut comprendre, c'est qu'à force de les harceler, elles partiront", estime Stéphane Ciccione. Dans le lagon, l'alimentation est riche, de quoi les faire grandir plus vite. "Elles gagnent 5 à 6 cm par an contre moins de 1 cm en restant au Cap Lahoussaye" indique le directeur de Kélonia.

Leur plat préféré : les "anémones coloniales", appelées plus scientifiquement "rhodactis rhodostona". "C'est une sorte de mousse, comme de la moquette", image Stéphane Ciccione. L'occasion de rappeler l'impact des baigneurs dans le lagon : n'écrasez pas les coraux. "Les gens sont parfois debout dans le lagon, mais ils piétinent tout. Il y a un équilibre fragile à préserver".

Rechercher de la nourriture demande "énormément d'énergie à la tortue", et abîmer cet environnement ou poursuivre la tortue peut la fatiguer, note l'étudiante Emma Hermann. Parmi les reptiles observés, Maethys, une imbriquée un peu maigre qui doit passer beaucoup plus de temps que les autres à s'alimenter. Une bonne amie de Thierry Peres. "Si on la dérange sans arrêt, elle ne pourra pas manger correctement" s'inquiète le plongeur.

A terme, les équipes de Kélonia espèrent que cette opération de sensibilisation aura un impact positif sur les habitudes des baigneurs dans le lagon. Emma Hermman y croit : "notre objectif c'est vraiment d'allier les forces du social et du scientifique pour envisager une bonne cohabitation des usagers et des tortues".

mm/www.ipreunion.com / [email protected]

   

5 Commentaire(s)

Isa, Posté
Et si ont interdisait les grosses baskets (visibles sur les photos) ou toutes chaussures dans le lagon, le corail s'en porterait bcp mieux. Respecter les lieux et ne rien toucher, ni la faune ni la flore.
Serieux, Posté
"Une bonne amie de"Un peu de séreux, certainement il faut informer mais il faut aussi cesser de se prendre supérieur aux autres.Ce qui provoque l'effet contraire à la préservation.La tortue est un animal libre qui n'est l'amie de personne, ni de kelonia (qui se souvient de corail ex ferme immonde d'élevage concentrationnaire de tortues) qui vit de subventions grâce à ces animaux.Un peu d'humilité serait bienvenue.
Education., Posté
Pas de surpopulation c'est juste une question d'éducation.
Jeanbon, Posté
On en reviens toujours à ce fléau terrestre, la surpopulation humaine.
Bernard Bonnet, Posté
Encore Bravo à Kelonia et à toutes ces jeunes personnes, jeunes femmes en l'occurrence, qui parlent si bien de ce qui les motive, de ce quelles font auprès des personnes de tous âges sur les plages et dans les lagons et qui donnent l'exemple de comportements respectueux des usagers des plages et des lagons, des animaux dits "sauvages" et de la nature en général. Merci aussi Thierry, témoin et acteur fidèle de la vie sous-marine et pas seulement... Dans ce sillon, La Réunion se fertilise de pratiques saines et bien veillantes! Quelle évolution en 50 ans!