Réforme de la première année de médecine :

Des étudiants et des parents dénoncent une "génération sacrifiée"


Publié / Actualisé
Environ 70 places admissibles en seconde année pour environ 1.200 candidats inscrits, pour la première année de médecine sous le régime "réformé" des études de santé. La Faculté de médecine et l'ARS font peu de cas des espoirs des étudiants réunionnais, inquiets face à leur chance d'accès au deuxième cycle de médecine. Une année d'étudiants "sacrifiés" pour certains (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)
Environ 70 places admissibles en seconde année pour environ 1.200 candidats inscrits, pour la première année de médecine sous le régime "réformé" des études de santé. La Faculté de médecine et l'ARS font peu de cas des espoirs des étudiants réunionnais, inquiets face à leur chance d'accès au deuxième cycle de médecine. Une année d'étudiants "sacrifiés" pour certains (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)

La colère gronde à La Réunion dans les familles dont les enfants se destinent à une carrière médicale. La réforme des études de Santé, lancée progressivement en septembre 2020, s'annonce catastrophique à La Réunion cette année. En effet, le dernier numerus clausus était de 124 places pour les étudiants en Médecine-Pharmacie-Dentaire. On en est revenu à 70 places environ.  La réforme, conçue pour compenser les dégâts provoqués par la pratique du numerus clausus qui limitait drastiquement le nombre d'admis en cursus de médecine, provoquant à long terme une carence en docteurs en médecine, s'est avérée un remède pire que le mal qu'elle était supposée traiter.

Deux voies parallèles existent aujourd'hui en guise de première année : les Parcours d’Accès Spécifique Santé (PASS), ouverts à ceux des étudiants qui se destinent spécifiquement à la médecine, après le bac comme précédemment la Première Année Commune aux Etudes de Santé (Paces) et une catégorie formée d'étudiants issus de Licences (SVT, Chimie, Anglais, Gestion et comptabilité, Droit ou STAPS…), avec une option Accès Santé, d'où l'intitulé "L.AS". Du fait du statut d'autonomie des universités, c'est à leur niveau qu'est désormais fixé le nombre de places admissibles en deuxième année, le fameux numerus clausus d'État étant abandonné. La faculté de médecine de La Réunion et l'ARS disposent donc de l'admissibilité des étudiants.

La situation des étudiants cette année s'explique par la transition nécessaire entre l'ancien et le nouveau système, d'après le président de l'Université de La Réunion Frédéric Miranville. "Nous accueillons cette année les redoublants du PACES, ce qui nécessite une prise en considération de ces étudiants pour les examens de cette année" détaille-t-il. 60 places sont d'ores et déjà prévu pour ces étudiants. A ces 60 places s'ajouteront 70 autres, destinées aux étudiants de PASS et de LAS. "C'est un chiffre qui n'est pas encore arrêté, mais à termes, nous visons environ 130 places pour le deuxième cycle de médecine, qui se déroule à Bordeaux" souligne Frédéric Miranville.

- 25 places pour les 780 étudiants en Médecine déclarés, soit 3% de réussite -

Pour mémoire, La Réunion a été longtemps mal lotie en ce domaine. En 2008 par exemple, 32 places étaient ouvertes seulement. Pour 2021 les postulants aux études de Santé n'ont découvert que tardivement quelle était la règle du jeu. Et quand ceux qui se destinaient de longue date à "Médecine" et avaient suivi les conseils de leurs professeurs, s'inscrivant dans la filière PASS - dite majeure Santé - ont réalisé en septembre 2020, qu'à La Réunion la majorité des places admissibles, 65%, serait accessible depuis la catégorie "L.AS" - dite mineure Santé - 35% des places étant attribués à la filière PASS, la déconvenue fut sévère.

En métropole, Bordeaux par exemple, la donne est inversée avec 80% des places admissibles attribuées aux Parcours d’Accès Spécifique Santé. Ce qui est logique en somme, s'agissant de "Médecine". Les élèves réunionnais inscrits dans en PASS et donc défavorisés quand les études médicales constituent l'essentiel de leur vocation, ont eu le sentiment d'être piégés, d'autant qu'ils n'ont pas été informés avant l'inscription sur "parcours sup". Le pire restant à venir, à La Réunion, ce que l'on nomme pudiquement "examen classant" de fin de première année, un concours en fait, est organisé sur la base du programme commun de la "mineure Santé", mais avec des classements différenciés.

Vendredi 13 mars, à l'issue du conseil d'administration de la faculté de Médecine, le couperet est tombé. La faculté ne demande que 20 places supplémentaires au ministère quand en métropole des suppléments allant de 30 à plus de 40% ont été accordés par le ministère en période de transition.

Conséquence d'une application mécaniste de la réforme par l'administration, on obtient au mieux 70 places pour environ 1180 étudiants PASS/LAS1/LAS2. Ce qui correspond à 25 places pour les 780 étudiants en Médecine déclarés, soit 3% de réussite. 25 places pour les 350 étudiants en LAS1, ou 7% de taux de réussite.  20 places pour les 50 étudiants LAS2, en seconde année de licence, soit 40% de taux de réussite. Un vrai jeu de massacre.

Frédéric Miranville justifie ce fonctionnement par "une égalité des chances d'accéder au deuxième cycle, pour les PASS et les LAS". "Il faut garder en tête que ce sont les meilleurs étudiants de ces filières qui accèderont à la deuxième année, cela reste une fillière d'excellence" rappelle-t-il.

Le président de l'Université se dit cependant à l'écoute des étudiants inquiets. Un collectif de parents s'est d'ailleurs mis en place pour interpeller l'Université sur les problématiques rencontrées cette année. "Une réunion sera bientôt organisée avec les étudiants et leur famille pour faire le point sur la situation. Nous sommes dans une année de transition, qui apporte son lot de difficulté, mais tout rentrera dans l'ordre l'année prochaine" affirme Frédéric Miranville.

A La Réunion comme en Métropole, étudiants et parents s'indignent de cette "année sacrifiée" : les personnes recalées en fin d'année devront obligatoirement se rediriger vers une nouvelle filière, sans avoir la possibilité de repasser l'examen.

pl/as/www.ipreunion.com / [email protected]

   

15 Commentaire(s)

PArbogast, Posté
Par égalité de chance, il semble logique pour nos enfants des % équivalents d'accès en 2ème année pour chaque région. Cette dissymétrie est bien incompréhensible et injuste pour cette égalité de chance.Prenez les bonnes décisions et vos responsabilités. Un père concerné pour son enfant, dont la colère gronde...
SansQueueNiTete, Posté
La soit disant seconde chance d'un étudiant inscrit en PASS : le redoublement n'est plus autorisé (pourquoi ?), si cet étudiant valide son année (10 de moyenne dans chaque matière, toutes relatives au domaine médical) mais non retenu pour médecine il peut intégrer directement une deuxième année de licence (LAS2), d'une discipline autre que médical (SVT, Chimie, Anglais, Gestion et comptabilité, Droit...), (enfin SI il y a de la place...) pour retenter le concours, une seconde et dernière fois à l'issue de cette deuxième année (LAS2) ou l'année suivante (LAS3) au choix. Au début de cette deuxième année cet étudiant de PASS qui n'aura pas suivi les cours de la première année de licence de SVT, Chimie, Anglais, Gestion et comptabilité, Droit... (il a eu des cours de médecine à la place et une initiation à ces matières) devra prendre le train en marche : comment va t'il pouvoir suivre ? Ah oui sur le papier des séances de rattrapage vont être prévues : combien de temps faut-il pour rattraper une année de cours de licence ? 1 semaine, 1 mois, plus ? Je suis titulaire d'une licence, les cours nous prenaient toute la semaine et le week-end il fallait aussi travailler : faire les 2 premières années de licence en 1 an et en parallèle c'est peut-être possible pour un génie mais nos enfants ne sortent pas de la lampe d'Aladin, ce sont des êtres humains pas des personnages de conte pour enfant. Enfin ces étudiants seront très minoritaires et chaque département de l'Université qui va les accueillir aura la charge supplémentaire de s'en occuper. Pour finir ces étudiants de PASS ne sont, pour la plupart, pas du tout intéressé par ces nouvelles matières ; ce n'est pas une orientation choisie mais une orientation forcée, ils n'ont pas d'autres choix. Cette seconde chance est un leurre. Nous demandons la possibilité du redoublement pour tenter leur seconde et dernière chance.
SansQueueNiTete, Posté
"...mais tout rentrera dans l'ordre l'année prochaine" affirme Frédéric Miranville : il admet donc qu'il y a bien un problème cette année.A la Réunion vous vous inscrivez en médecine (PASS), avec 3% de chance vous vous poursuivrez l'année prochaine en SVT, Chimie, Anglais, Gestion et comptabilité, Droit ou STAPS..., vous vous inscrivez en SVT, Chimie, Anglais, Gestion et comptabilité, Droit ou STAP (LAS) vous avez 7% de poursuivre en médecine : d'accord on est dans l'hémisphère sud mais on n'est pas obligé d'avoir la tête en bas...Avec ce système de % certains candidats ne seront pas retenus alors qu'ils auront une moyenne supérieure à ceux retenus dans l'autre filière, qu'ils auront suivis les mêmes cours au mêmes moments dans le courant de l'année, passer les mêmes épreuves le même jour : c'est cela l'Égalité à l'Ile de la Réunion ? C'est comme çà que d'après M. MIRANVILE (dans cet article) qu' "Il faut garder en tête que ce sont les meilleurs étudiants de ces filières qui accèderont à la deuxième année..." ? Nous demandons la même chance pour tous, pas de ségrégation.
Pana, Posté
Cette répartition est vraiment scandaleuse ! La filière PASS qui est le principal vivier dans toutes les autres facultés en métropole est à La Réunion secondaire puisqu'un étudiant d'histoire a plus de chance de réussite au concours de médecine avec son option médecine qu'un étudiant médecine pour le même concours ! Non seulement on marche sur la tête mais c'est de la discrimination !!!!Puisque c'est une année de transition et une filière d'excellence comme le rappelle M. Miranville et bien pour cette année, 60 places pour les redoublants et le reste pour tous les autres dans le même classement. Voilà et si un élève issu du droit ou d'économie est mieux classé qu'un étudiant médecine, au moins le classement sera honnête et objectif. Il faut cesser cette répartition inique entre pass las1 las2.
Jean Pierre, Posté
Pour cette année de transition, n'est-il pas simplement envisageable de prévoir un accès aux meilleurs élèves de chaque filières PAS / LAS avec une mise en commun des places. Les élèves avec les meilleures notes sont pris. Une situation qui permettrait aux étudiants, aux parents d'être fixé sur un critère compréhensible de tous et de conserver le niveau d'accès à cette formation.
Etudiante, Posté
Je suis étudiante en PASS, je parle en connaissance de cause.Avant mon inscription, rien de cela n'était mentionné, ni même les places prises par les redoublants de PACES ni même les pourcentages d'admission entres filières.Auparavant dans ma vie j'ai eu la chance de ne pas avoir à faire a beaucoup d'injustices, mais là je suis servie.Apprendre ainsi que le métier de mes rêves va peut-être me passer sous le nez à cause d'un manque de places, alors que je suis persuadée d'avoir le niveau et les compétences pour devenir médecin ? Cela me pèse lourdement.Depuis septembre 2020, je travaille sans relâche une dizaine d'heures chaque jour, à chaque cours visio programmé je suis devant mon ordinateur de 7h à 18h, je met de cÃ'té ma famille et mes amis pour avoir toutes les chances possible, mais cela va t-il être suffisant ?Je travaille, mais dans des conditions psychologiques désastreuses, je suis perdue entre motivation et désespoir.J'y suis donc je reste, je vais donner corps et âme pour y arriver !Mais nous sommes 700 ainsi. S'il vous plaît, au moins pour notre santé mentale, accordez nous un nombre de places décent !
Anne, Posté
Monsieur Miranville,me La Doucette si votre enfant travaillait 15 h par jour, perdait 8kgs et ses cheveux en 3 mois d épuisement moral et physique, que lui répondriez vous?Tu es née la mauvaise année ma fille ou au mauvais Endroit puisque la Reunion fait partie des facs les plus mal loties!!!Ne t inquiètes pas, tu partiras faire tes etudes à l l'étranger...Mais non, peu de parents ont les moyens sur notre île.Alors quand allez vous être à la hauteur des efforts de ces 2002 qui de surcroît n ont aucun cours en présentiel !!!!
Franck, Posté
Si votre enfant Monsieur Miranville , très bon élève et ayant la vocation d'être médecin, sauriez vous faire un choix avec ce taux de réussite de 3% entre LAS ET PASS, le déracinerez vous vers la métropole ou l'étranger dans un contexte sanitaire catastrophique? Mettez vous donc à notre place et agissez pour vos étudiants réunionnais.
Mary au, Posté
C'est un véritable scandale de sacrifier ces jeunes qui bossent comme des dingues devant leur écran depuis plus de 6mois, en journée continue, du lundi au samedi, que de journées surchargées pour apprendre, peut-être que nos étudiants devront s'orienter vers un projet qui n'était pas le leur, à l'origine, cela fait 2ans que nos jeunes sont sacrifiés.
Tantine, Posté
Honte à l'université de la Réunion, comment peut-on donner 3% de réussite à ces étudiants motivés, d'un excellent niveau, alors que certaines fac de métropole leur donne 30% (comme mon neveu à Nantes)? Faillaient-ils qu'ils partent pour avoir plus de chance? C'est ça l'egalite envers les DOM? Et l'ARS ne dit rien? On a bien fait venir des médecins réanimateurs, des infirmiers et des urgentistes à la Réunion il y a quelques semaines, c'est bien parce que nous sommes en manque de personnel de santé... ne laissez pas notre jeunesse réunionnaise de coté !!!
Beber974, Posté
Voici une suggestion: Il me semble que pour ne pénaliser aucun étudiant, aussi bien en PASS- LAS ou Paces, cette année doit être une année exceptionnelle en augmentant les admis,pour cela le CHU,l'ARS, la Région et l'Université doivent faire un effort pour accueillir les Admis en 2ème année !Après la Covid pour leur année de Terminale, ne brisons pas la motivation, la détermination de ces jeunes qui ont voulu s'engager dans ce beau parcours malgré cette année de réforme que personne ne savait réellement où elle allait nous mener...
Raline, Posté
Tout simplement .. monsieur le président de l'université trouve tout à fait normal que nous soyons cette année dans Â" une année de transition avec son lot de difficultés Â" , à t il seulement pensé aux jeunes qui ont travaillé à l'école pour ça et qui parce qu'ils sont tombés sur une année de transition (+ Covid) risquent de se faire jeter ??! Filière d'excellence ok mais comment expliquer que si ces enfants avaient étudié dans une autre académie en métropole les critères d'accès soient moins exigeants ?!! Vous souhaitez que moins d'étudiants réunionnais accèdent aux études de médecine, en fait !!!
Yann payet, Posté
En quoi et où est l'égalité des chances d'accéder en deuxième année Monsieur le président de l'université avec des taux de réussite si différents, quelque soit la filière ce sont tous des étudiants motivés alors pas de discrimination au parcours. Un taux de réussite identique pour des primants et un taux de réussite identique pour les redoublants et un taux de réussite similaire à la moyenne métropolitaine..... on parlera alors d'égalité de chance
Pierre André Jean, Posté
A ajouter à l'iniquité que subissent les étudiants de la Réunion : le taux de réussite général (PASS, LAS, PACES) est de 9% alors qu'il se situe entre 17 et 25 % dans les facultés de métropole. Double peine pour nos étudiants réunionnais.
Kalva, Posté
L'ARS a une belle occasion de redorer son blason en accordant aux étudiants reunionnais le même pourcentage de places proposées que les ARS métropolitaines. Pas de passe-droit: Juste réparer une criante injustice.