Epidémie (actualisé) :

Dengue : le vaccin existe mais il n'est pas autorisé à La Réunion


Publié / Actualisé
Nous vivons dans un contexte doublement épidémique depuis un an. La dengue n'est pas moins dangereuse que le Covid-19, un vaccin existe mais la Haute autorité de Santé n'a pas révisé depuis 2019 son regard sur la situation réunionnaise et interdit la mise sur le marché du vaccin Dengvaxia. Pourtant les cas graves se multiplient, hospitalisations à la clé. Mais si ce vaccin est bien disponible, aux Philippines, il a été interdit. Le gouvernement accuse Sanofi d'être responsable de la mort d'au moins 14 enfants, ce que le groupe pharmaceutique dément fermement. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com).
Nous vivons dans un contexte doublement épidémique depuis un an. La dengue n'est pas moins dangereuse que le Covid-19, un vaccin existe mais la Haute autorité de Santé n'a pas révisé depuis 2019 son regard sur la situation réunionnaise et interdit la mise sur le marché du vaccin Dengvaxia. Pourtant les cas graves se multiplient, hospitalisations à la clé. Mais si ce vaccin est bien disponible, aux Philippines, il a été interdit. Le gouvernement accuse Sanofi d'être responsable de la mort d'au moins 14 enfants, ce que le groupe pharmaceutique dément fermement. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com).

La dengue s’est endémisée à La Réunion depuis 2017, tant et si bien qu’aujourd’hui, l’île vit dans un contexte doublement épidémique, dengue d’une part, Covid-19 de l’autre. Aucun rapport entre ces deux épidémies, si ce n’est que les personnes touchées par l’une ou l’autre ne se voient proposer aucun remède, et que les deux peuvent s’avérer mortelles du fait de "cas graves". Pour le Covid-19, des vaccins ont été autorisés. 

Un vaccin existe pour la dengue, le Dengvaxia de Sanofi-Pasteur, indiqué dans la prévention d’infections aux sérotypes 1, 2, 3 et 4 du virus chez les sujets âgés de 9 à 45 ans ayant un antécédent d’infection par ce même virus et vivant dans des zones d’endémie. 

Par ailleurs, il apparaît que l’infection par le virus de la dengue est une cause d’immunosuppression. Avec pour conséquence un risque d’aggravation en cas d’infection par le Covid-19 voire d’augmentation des formes sévères liées à des co-infections. La fréquence des formes asymptomatiques liées à une infection primaire, évaluée de 50 à 90% des cas, élargit encore le spectre de probabilité des formes sévères ; lequel augmente avec le temps qui sépare deux infections.

L’observation de précédentes épidémies a montré que les patients qui ont fait une forme sévère en infection primaire, voire ceux qui présentent des comorbidités liées à des polypathologies, telles que celles induites par le diabète, par exemple, présentent un risque élevé en cas d’infection secondaire.

Quid de la surveillance de ces cas, alors que l’épidémie due au Coronavirus monopolise les attentions et que les personnes "fragiles" ne sont plus prioritaires en cas de nécessité de réanimation ?  

D’où l’intérêt du Dengvaxia de Sanofi-Pasteur. Mais la Haute autorité de Santé, depuis le 6 février 2019, estime "que La Réunion ne peut être considérée en l’état actuel des données épidémiologiques comme une zone d’endémie élevée de dengue (…) Dengvaxia ne peut être utilisé actuellement à La Réunion, quel que soit le statut sérologique ou la preuve documentée d'une infection antérieure à la dengue…" La HAS ne recommande pas non plus "l’utilisation du vaccin Dengvaxia pour les personnes qui vivent ou se rendent à La Réunion… "  
 
"114 patients ont été hospitalisés"

 
Si l’on se fie au passif réunionnais en matière de dengue, il paraît évident que depuis 2017, le nombre de personnes ayant été infectées par l’un ou l’autre des sérotypes du virus s’est considérablement accru.

Il est difficile d’établir un décompte précis du nombre de cas, car pendant des années, on ne procédait pas systématiquement aux analyses PCR ou sérologiques, laissant au réseau des médecins Sentinelles le soin de détecter les cas aux symptômes probants, sans qu'ils soient suivis de tests de confirmation, RT-PCR ou sérologie ; seuls les cas dits sévères étant soumis à confirmation en laboratoire ou à l’hôpital.

Ainsi, l’ampleur de l’épidémie qui a débuté entre 2016 et 2017 est minorée, car les chiffres de l’ARS sont repris par Santé Publique France et plus tard l’OMS (organisation mondiale de la santé) . Dans les faits, en août 2018 l’ARS annonçait "6 382 cas de dengue biologiquement confirmés ou probables" enregistrés depuis le début de l’année, quand il fallait ajouter 20 280 patients présentant des syndromes dengue-like enregistrés sur la même période… avec pour résultante 130 cas sévères et 5 décès…  

Donc, quand l’OMS qualifie d’épidémie modérée l’année 2018 avec (6 770 cas confirmés), puis "d’épidémie importante" celle de 2019 avec  "24 951 cas confirmés, dont 733 hospitalisations et 20 décès", il faut intégrer une réalité largement supérieure… Ce qui n’empêche pas alors le ministère de la Santé de limiter le classement de La Réunion au niveau "Epidémie de moyenne intensité ", au niveau 4 du Plan Orsec, depuis le 10 juillet 2018…  

Début 2019, on pouvait raisonnablement considérer le fait que depuis le début de l’épidémie, 40 000 Réunionnais avaient contracté la maladie. Pourtant en décembre 2020, les chiffres communiqués aux médias faisaient état de 40 000 cas confirmés en trois ans, dont 16 020 cas autochtones pour cette seule année. 

Actuellement, depuis le début de l’année, plus de 300 personnes ont été prises en charge aux Urgences et 114 patients affectés par la dengue ont été hospitalisés dont 19% pour une forme sévère. 

Dès 2020, de nombreux cas de dengue secondaires (réinfection par le DENV-1 après infection primaire par le DENV-2 avec risque accrue de sévérité clinique) sont recensés sur l’île où circulent, désormais majoritairement le sérotype DENV1, suivi du DENV-2, et du DENV-3 introduit depuis 2019. En 2020, 9% des cas de dengue détectés concernaient des patients en situation de réinfection.

A noter que le Dengvaxia est accusé, aux Philippines, d'avoir provoqué la mort de 14 personnes en 2019. "L’Etat philippin, qui soupçonne que ces décès soient liés à la prise du vaccin, a engagé des poursuites contre Sanofi, le 5 février 2018" précise Le Monde. Des accusations que le groupe pharmaceutiques réfutent fermement.  "Nous sommes en profond désaccord avec les conclusions formulées à l’encontre de Sanofi et de certains de ses employés et nous les défendrons vigoureusement", a réagi le groupe. "Sanofi a seulement reconnu que le vaccin pouvait augmenter le risque de développer une forme grave de la dengue dans certains cas sur des personnes vaccinées qui n’avaient pas été exposées auparavant à la maladie" souligne Le Monde.

pl/www.ipreunion.com / [email protected]

   

5 Commentaire(s)

Mayaqui , depuis son mobile , Posté
Merci pour ces précisions
Bibio , Posté
C est de la folie pure, seule la révolution nous permettra de nous en sortir...
https://www.facebook.com/cequelafrancevouscache/videos/895752664539847/

Et si on écoute cela, alors on flippe ou tj pas ?
Missouk, Posté
On continue donc à nous prendre pour des cruches... Merci l'ARS !
Ded, Posté
je croyais que le vaccin avait été abandonné après des essais infructueux en Indonésie il me semble ( des morts assez nombreux)
Stean, Posté
Merci pour cet article!
Enfin on évoque ce scandale!
Contaminé 2 fois par la dengue (type 1 et 2), mon médecin me dit de ne surtout pas attrapé une nouvelle dengue, qui pourrait s?avérer mortel
Nous avons tenté d?obtenir le vaccin, autorisé en Martinique, Guadeloupe, Guyane...refus car à la Réunion « ne circule que » 3 types de dengue sur 4!
C?est fou!!! Pour ne pas écrire complètement dengue!