Forte hausse des cas sur l'île :

Dengue : l'autre épidémie qui frappe La Réunion


Publié / Actualisé
C'est bien connu, La Réunion connaît une double peine depuis maintenant plus d'un an. Deux épidémies sévissent actuellement sur l'île : le Covid-19 et la dengue. Et si depuis un an le Covid fait beaucoup parler de lui, la maladie des moustiques ne doit pas être oubliée pour autant. Alors que près de 1.000 nouveaux cas ont été détectés la semaine passée, la dengue bat son plein. Le virus persévère, via trois formes différentes détectées jusqu'ici sur notre territoire. La cellule Réunion de Santé publique France observe d'ailleurs une légère hausse des cas sévères. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)
C'est bien connu, La Réunion connaît une double peine depuis maintenant plus d'un an. Deux épidémies sévissent actuellement sur l'île : le Covid-19 et la dengue. Et si depuis un an le Covid fait beaucoup parler de lui, la maladie des moustiques ne doit pas être oubliée pour autant. Alors que près de 1.000 nouveaux cas ont été détectés la semaine passée, la dengue bat son plein. Le virus persévère, via trois formes différentes détectées jusqu'ici sur notre territoire. La cellule Réunion de Santé publique France observe d'ailleurs une légère hausse des cas sévères. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)

994 cas : c'est le total de nouveaux cas de dengue recensés du 29 mars au 4 avril. Un chiffre vertigineux qui vient à dépasser les nouveaux cas de Covid-19 (922 cas détectés il y a deux semaines, 917 la semaine passée). Toutes les communes sont touchées mais l'ouest regroupe 78% des cas, avec 57% des cas de l'île rien qu'au Port.

Rien de très rassurant alors que le Covid-19 circule lui aussi activement aussi à La Réunion. Deux épidémies avec lesquelles les médecins ont du mal à jongler parfois. "Ce qui est compliqué c'est la gestion de ces deux maladies quand les patients viennent nous voir" relate la docteure Christine Kowalczyk.

Lire aussi - Dengue et covid-19 : attention à la double peine

Plusieurs médecins de l'ouest font état de patients atteints de dengue en forte augmentation. L'un d'eux, installé au Port depuis 15 ans, nous indique qu'il remarque davantage de formes graves et souligne que la situation est "inquiétante" depuis une dizaine de jours environ. Plusieurs praticiens installés à proximité font le même constat et les files d'attente s'allongent devant les cabinets, alors que beaucoup de médecins essaient pourtant de privilégier la téléconsultation.

- Aucun décès mais une hausse des cas graves -

L'agence régionale de santé (ARS) veut temporiser. Les cas augmentent, comme lors de chaque été, mais cela ne s'accompagne pas nécessairement d'une hausse de la sévérité de ces cas, selon le professeur Xavier Deparis, responsable veille et sécurité sanitaire. "Il n'y a eu aucun décès depuis le début de l'année 2021 et les personnes hospitalisées sont principalement âgées" explique-t-il. Il rappelle cependant qu'"il ne faut pas oublier qu'on peut mourir de la dengue". Une quinzaine de personnes sont décédées des suites du virus les années précédentes.

Si les cas de dengue n'ont rien à voir avec les bilans Covid, la cellule Réunion de Santé publique France pour sa part remarque pourtant bien une hausse des cas sévères de la maladie des moustiques, contrairement aux observations de l'ARS. "Les données sont encore à interpréter avec précaution mais il semble que cette année la sévérité parmi les personnes étant hospitalisées pour dengue soit légèrement plus importante que les années antérieures" nous précise-t-on.

Depuis le 1er janvier, l'ARS enregistre 178 hospitalisations et 518 passages aux urgences. 4.572 cas ont été confirmés depuis le début de l'année 2021. A titre de comparaison, 4.702 cas de Covid-19 ont été recensés ces cinq dernières semaines.

- Des symptômes importants -

Les symptômes peuvent être importants et durer plusieurs mois. Au-delà de la fièvre et de la fatigue chronique, l'impact sur la vue, rendant la vision trouble, se confirme. "C'est un effet qu'on avait déjà observé l'an dernier mais qui heureusement n'entraîne pas de conséquences sur le long terme" note Christine Kowalczyk. Le foie peut également être atteint, et le virus altérer son fonctionnement. Une conséquence dangereuse selon la docteure, qui peut mener à une hospitalisation en cas de complication.

Nous avons posé la question à nos internautes et les témoignages sont sans appel : "Énorme fatigue, dormir dormir dormir.... Céphalées (mal de tête, ndlr) quand même pas mal. Fièvre intense les 3 premiers jours", "éruption cutanée sur tout le corps", "sueur froide, plaques rouges sur tout le corps", "c'est comme une grippe puissance XXL", "des courbatures de malade, ça met KO".

La cellule Réunion de Santé publique France confirme ces symptômes et observe aussi "une baisse temporaire du nombre de plaquettes impliquées dans la coagulation sanguine". Comme toujours, "les personnes les plus fragiles et/ou affectées par d’autres pathologies concomitantes (comorbidités) sont le plus à risque de présenter des complications plus graves dont des défaillances d’organes par exemple".

Par ailleurs, comme confirmés par les médecins, attraper la dengue une deuxième fois se traduit par des symptômes plus violents. "Cela entraîne une réaction immunitaire plus forte, et le fait qu'il s'agisse d'un autre sérotype fait que le virus se développe au lieu d'être arrêté" explique la docteure Christine Kowalczyk.

- Sérotype 1 en circulation : "personne n'est immunisé" -

Pour l'ARS, "on ne va pas parler d'explosion des cas parce que le pic épidémique actuel est similaire à celui des années antérieures même s'il semble un peu plus élevé". Mais le pic actuel a tout de même une explication rationnelle : il ne s'agit pas du même type de dengue, ou plutôt dans le jargon scientifique utilisé du même "sérotype".

Ainsi quatre "sérotypes" (types du virus) ont été recensés et trois d'entre eux circulent sur notre département. La majorité des cas recensés jusqu'ici, notamment l'année dernière, étaient des cas de dengue de type 2 ou 3. Mais cette année, c'est presque exclusivement le type 1 qui circule. La population n'est donc pas immunisée. Techniquement, "on peut attraper quatre fois la dengue dans sa vie" rappelle Xavier Deparis.

Seule solution sur le long terme, le vaccin, mais celui-ci n'est pas près d'arriver. "Celui travaillé par Sanofi n'a pas donné les résultats qu'on espérait. On ne peut donc pas en faire une utilisation de masse. Malheureusement il n'a pas d'intérêt, il faut attendre d'autres vaccins". D'ici là, la dengue va connaître des vagues avec des années plus creuses que d'autres.

Sur une île comme La Réunion, une immunité collective semble difficilement atteignable avec autant de formes du virus : en 10 ans, ceux qui étaient immunisés seront peut-être partis, enfants et nouveaux venus quant à eux seront particulièrement réceptifs au virus.

- Relâchement général -

La dengue circule activement depuis 2017 et elle n'est pas près de quitter l'île. Et si la "sévérité" des cas est limitée à ce jour selon l'ARS – comparée au Covid-19 par exemple – la prudence est de mise. "Il ne faut pas que les médecins hésitent à faire les deux diagnostics, Covid-19 et dengue" indique Xavier Deparis. Bien que les deux virus soient différents et n'aient pas le même mode de transmission (l'un entre humains, l'autre par le biais des moustiques), plusieurs symptômes sont communs notamment la présence d'une forte fièvre.

Le risque de confondre est donc bien réel, dans un contexte où "on s'habitue à la dengue et où l'on fait beaucoup moins attention" remarque Christine Kowalczyk.

Les bilans hebdomadaires de Band Cochon et les multiples opérations de nettoyage, organisées par des associations ou les collectivités, sont tristement là pour nous le rappeler. Les dépôts sauvages continuent de s'accumuler et de favoriser la prolifération des gîtes larvaires. Certains terrains de l'Etat sont même laissés à l'abandon, poussant la ville du Port à mettre l'Etat en demeure pour demander de nettoyer trois terrains lui appartenant, deux autour de la mairie et le dernier sur l'emplacement de l'ancienne gendarmerie, en plein centre-ville.

Lire aussi - Conseil municipal du Port : une motion votée pour la lutte contre la dengue

"Le fait que les deux épidémies interfèrent fait qu'on parle beaucoup du Covid-19 et moins de la dengue, c'est vrai. On constate une certaine démobilisation cette année, c'est ce que constatent les équipes de la lutte antivectorielle", déplore le professeur Xavier Deparis.

- La démoustication seule technique valable pour l'ARS -

De nombreuses questions se posent autour de cette lutte antivectorielle. Est-elle vraiment efficace alors que des opérations sont régulièrement mises en place dans les quartiers les plus touchés ? Difficile pour la communauté médicale d'avoir un regard là-dessus. "Il n'y a pas assez de données, pas assez de transparence" critique Christine Kowlczyk, quand l'ARS estime justement faire de son mieux.

"On n'arrivera pas à éradiquer tous les moustiques" lâche Xavier Deparis mais la lutte aujourd'hui est "très ciblée, réfléchie, et la plus écologique possible" selon lui. Si un débat s'était engagé autour de la deltaméthrine, le produit pulvérisé autour des habitations menacées, l'agence régionale de santé reste sûre de sa méthode. "Elle est très peu impactante sauf pour les animaux à sang froid" rappelle le professeur. "Cette technique est la plus efficace, elle nous permet de tasser la courbe épidémique jusqu'à l'hiver austral."

L'ARS privilégie les interventions là où des cas récents sont enregistrés. Selon nos informations, les personnes atteintes de la dengue reçoivent un appel les prévenant qu'une opération de démoustication est prévue prochainement dans leur rue. Des informations sur la période de récupération sont aussi apportées aux malades.

L'utilisation de bornes à moustiques par contre ne semble pas faire ses preuves. Les prises accessoires sont nombreuses. Douze stations ont été installées à ce jour à travers l'île. "Pendant un an nous avons évalué ces bornes, et le résultat c'est qu'on avait très peu de moustiques piégés mais énormément d'insectes importants pour l'écosystème" raconte Xavier Deparis. Il le dit très clairement : "on ne les utilisera pas".

Quant à la technique de l'insecte stérile (TIS), celle-ci est toujours en cours d'évaluation, en collaboration avec l'IRD (institut de recherche pour le développement) et le Cyroi (Cyclotron Réunion Océan Indien). Une méthode qui ne pourra marcher que sur le long terme. Actuellement et jusqu'en août 2021, un nouveau dispositif a d'ailleurs été mis en place : la technique de l'insecte stérile renforcée, à Saint-Joseph. Il s'agit cette fois de faire porter un insecticide aux mâles pour tuer plus efficacement les larves de moustiques. Une méthode de lutte qui pourrait être 10 à 100 fois plus efficace que la technique classique.

mm/www.ipreunion.com / [email protected]

   

4 Commentaire(s)

Ti Léon , Posté
Y-a-t-il un modérateur pour juguler la logorrhée pseudo indépendantiste mais certainement complotiste de John?
Infox, Posté
Au mois de mars 3 morts de la dingue au Port juste dans le secteur Jaques Cartier.
El professor Xavier Deparis, Il n'y a eu aucun décès depuis le début de l'année 2021 et les personnes hospitalisées sont principalement âgées" explique-t-il.
Mayaqui , depuis son mobile , Posté
C"est l.opération insecte stérile renforcée qui à long terme éradiquera .... mais faudra pas être pressé ...
John , Posté
Les élections arrive oula il y a la dingue
Les jeunes réunionnais réfléchissent de nos jours non lol
Les élus manipulent la population avec de la peur à chaque fois lol
Les chiffres annoncée ne sont pas vrai contre la dingue, c'est l'État qui manipule les chiffres