Seuls 18% quittent l'île :

Les Réunionnais sont les Français les moins mobiles


Publié / Actualisé
Selon une nouvelle étude de l'Insee, en 2017, un tiers des natifs des Antilles, de Guyane et de Mayotte âgés de 15 à 64 ans vivent dans une autre région française, soit une part comparable à celle des régions métropolitaines les plus proches de la région parisienne. Ces natifs d'outre-mer quittent leur région de naissance plus souvent que par le passé, notamment à Mayotte. Les natifs de La Réunion sont en revanche nettement moins mobiles. Ce sont ceux qui vivent le moins souvent hors de leur région de naissance : seuls 18% quittent l'île. Nous publions ici le communiqué de l'Insee. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)
Selon une nouvelle étude de l'Insee, en 2017, un tiers des natifs des Antilles, de Guyane et de Mayotte âgés de 15 à 64 ans vivent dans une autre région française, soit une part comparable à celle des régions métropolitaines les plus proches de la région parisienne. Ces natifs d'outre-mer quittent leur région de naissance plus souvent que par le passé, notamment à Mayotte. Les natifs de La Réunion sont en revanche nettement moins mobiles. Ce sont ceux qui vivent le moins souvent hors de leur région de naissance : seuls 18% quittent l'île. Nous publions ici le communiqué de l'Insee. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)

Les jeunes en particulier quittent davantage leur région de naissance. En effet, la poursuite des études ou la recherche d’un emploi sont les principales motivations des départs vers la France métropolitaine. Les retours se font autour de la trentaine, un peu plus tôt pour les femmes que pour les hommes. Ils sont plus précoces à Mayotte que dans les autres DOM.

Celles et ceux qui vivent hors de leur région natale sont plus diplômés, qu’ils soient nés dans une région d’outre-mer ou de province. Toutefois, même lorsqu’ils vivent ailleurs, les natifs d’outre-mer restent moins diplômés que ceux de province. Le diplôme demeure la première clé de l’insertion professionnelle des jeunes natifs des DOM, davantage que leur expérience de mobilité.

En 2017, 37 % des personnes de 15 à 64 ans nées aux Antilles et résidant en France vivent en dehors de leur région natale. C’est le cas de 33 % des natifs de Mayotte et de 30 % des natifs de Guyane. Dans certaines régions de province (métropole hors Île-de-France), les natifs sont tout aussi mobiles : en Centre-Val de Loire, en Bourgogne-Franche-Comté ou en Normandie, les natifs sont attirés notamment par la région parisienne. À l’opposé, les natifs de La Réunion sont, en France, ceux qui vivent le moins souvent hors de leur région de naissance (18 %). Après La Réunion, les moins mobiles sont les natifs d'Auvergne-Rhône-Alpes, d'Occitanie et de Corse.

Lorsqu’ils changent de région en France, seuls les natifs de Mayotte sont nombreux à se tourner vers un autre DOM plutôt que vers l’Hexagone : 16 % d’entre eux résident à La Réunion.

De plus en plus de mobilités outre-mer, comme dans les autres régions françaises

Comme dans la plupart des régions françaises, les natifs d’outre-mer quittent plus souvent leur région de naissance qu’auparavant. La part des Antillais et des Guyanais âgés de 15 à 64 ans vivant en métropole s’est ainsi accrue de 4 points depuis 1990. À Mayotte, la départementalisation en 2011 a accéléré le départ des natifs : en dix ans, la part des Mahorais vivant hors de leur région natale a augmenté de 12 points. Contrairement aux natifs des autres DOM, les Réunionnais résidant en France ne sont pas plus mobiles que par le passé : 18 % d’entre eux vivent en France métropolitaine en 2017, contre 19 % en 1990. En Nouvelle-Aquitaine et en Occitanie, les mobilités sont aussi restées stables et plus faibles qu’ailleurs ces 25 dernières années, tandis que la Corse est la seule région où la part des natifs vivant en France hors de leur région de naissance a fortement diminué (33 % en 1990, 23 % en 2017).

Une forte vague de départs à partir de 18 ans, surtout à Mayotte

Entre 18 et 29 ans, les natifs partent plus qu’ils ne reviennent, pour poursuivre leurs études ou pour entrer dans la vie professionnelle. Notamment, après l’obtention du baccalauréat, les départs sont très importants. L’offre universitaire s’est développée dans les DOM, mais elle reste parfois limitée et de nombreux jeunes s’inscrivent dans une université ou une école en métropole : on compte 18 étudiants inscrits dans l’enseignement supérieur dans les DOM pour 10 bacheliers en 2018, contre 38 en moyenne pour les régions de province.

L’État et les acteurs publics locaux proposent d’ailleurs des aides à la mobilité aux jeunes d’outre-mer. En particulier, en 2017, 55 % des jeunes âgés de 21 à 29 ans nés à Mayotte ont quitté leur région de naissance, principalement pour poursuivre leurs études. Le centre universitaire de Mayotte n’a actuellement pas la capacité d’accueillir tous les jeunes étudiants, de plus en plus nombreux depuis le développement des infrastructures scolaires et la scolarisation de masse à partir de la fin des années 1970 (seulement 6 étudiants inscrits dans un établissement d’enseignement supérieur mahorais pour 10 bacheliers en 2018).

Aux Antilles et en Guyane, de nombreux jeunes natifs partent également en métropole (respectivement 44 % et 37 % entre 21 et 29 ans) pour poursuivre leurs études mais aussi pour travailler. En effet, les taux de chômage et de pauvreté sont deux à trois fois plus élevés en outre-mer. En France métropolitaine, seuls les jeunes nés en Centre-Val de Loire sont aussi nombreux à vivre hors de leur région natale. À La Réunion, les jeunes quittent bien moins fréquemment leur région de naissance : entre 21 et 29 ans, seuls un quart des natifs vivent en métropole. C’est nettement moins qu’aux Antilles, malgré une offre de formation assez semblable ; les Antillais ont un réseau ancré de plus longue date en France métropolitaine, notamment en région parisienne, ce qui peut favoriser leur mobilité. Par rapport aux jeunes Guyanais et Mahorais en revanche, les jeunes Réunionnais bénéficient de formations d’enseignement supérieur plus nombreuses et diversifiées dans leur région.

Dans les cinq DOM, les retours sur le lieu de naissance sont plus fréquents que dans les autres régions françaises. À partir de 35 ans, la part des natifs d’outre-mer vivant hors de leur région natale diminue avec l’âge, alors qu’elle reste stable pour les natifs de France métropolitaine.

Être éloignés du cadre de vie natal et des attaches familiales leur coûte probablement davantage. À Mayotte, le mouvement de retour est encore plus précoce et plus marqué, une partie des natifs rentrant dès la fin de leurs études.

Même lorsqu’ils vivent ailleurs, les jeunes natifs d’outre-mer restent moins diplômés que les jeunes de province

Ceux qui vivent hors de leur région de naissance sont plus souvent diplômés que ceux qui y sont restés, qu’ils soient nés dans une région de province ou d’outre-mer (hormis à Mayotte). Les natifs des DOM qui vivent ailleurs, notamment ceux de Mayotte ou de Guyane, sont cependant moins diplômés que ceux de province : seuls 10 % des natifs de Mayotte âgés de 15 à 34 ans et 21 % de ceux de Guyane ont terminé leur scolarité avec un diplôme supérieur au baccalauréat, contre 30 % aux Antilles et à La Réunion, et 42 % en France métropolitaine hors Île-de-France.

Lorsqu’ils vivent dans leur région natale, les jeunes de Martinique et de Guyane affirment plus souvent que ceux des autres DOM être prêts à quitter leur région pour un emploi ou une formation : c’est le cas de six jeunes sur dix. Les jeunes Guadeloupéens, Réunionnais et Mahorais sont un peu moins enclins au départ (cinq sur dix). Dans les DOM, les jeunes se montrent plus souvent prêts que dans le passé à quitter leur région de naissance, et plus particulièrement en Martinique et en Guyane. Seuls les jeunes natifs de Mayotte qui y résident encore ou qui y sont revenus se déclarent un peu moins enclins à partir qu’en 2009, année antérieure à la départementalisation, alors même qu’ils sont bien plus mobiles qu’il y a dix ans. Ceux qui sont déjà partis et sont revenus ne sont probablement pas prêts à repartir.

Les jeunes femmes partent aussi souvent, mais reviennent plus vite

Lorsqu’elles vivent dans leur région de naissance, les jeunes femmes se déclarent moins prêtes que les jeunes hommes à quitter leur région pour un emploi ou une formation, notamment lorsqu’elles ont entre 21 et 29 ans. Les Réunionnaises et Mahoraises, en particulier, sont moins prêtes à partir, ou à repartir, probablement en lien avec des maternités
plus précoces : respectivement 47 % et 42 % sont mères de familles à ces âges, contre 35 % des Antillaises. De plus, les femmes aident plus souvent leurs proches plus âgés que les hommes.

Néanmoins, avant 30 ans, les jeunes femmes vivent aussi souvent que les jeunes hommes hors de leur région de naissance (sauf à Mayotte). Aux Antilles, entre 18 et 20 ans, elles sont même plus nombreuses que les jeunes hommes. En revanche, à partir de 30 ans, les hommes résident plus fréquemment hors de leur région de naissance que les femmes, en particulier ceux nés aux Antilles. En effet, les jeunes femmes reviennent davantage dans leur région de naissance. En Martinique notamment, 24 % des natives âgées de 15 à 34 ans qui résident sur l’île sont parties pendant six mois ou davantage, contre 17 % pour les jeunes hommes.

Le diplôme plus décisif que la mobilité pour trouver un emploi

En raison d’un niveau de diplôme plus élevé, les jeunes natifs quittant leur région sont bien plus souvent en emploi que les jeunes natifs restés sur place, plus encore dans les DOM qu’en France métropolitaine. Le diplôme demeure en effet la première clé de l’insertion professionnelle des jeunes natifs des DOM, davantage qu’une installation en France métropolitaine. La grande majorité des jeunes natifs des DOM vivant en dehors de leur région natale sont en emploi, une fois leurs études terminées : plus de 70 % pour les Guadeloupéens, Martiniquais et Réunionnais, 63 % pour les Guyanais.

Lorsqu’ils sont diplômés du supérieur, les natifs des DOM sont logiquement mieux insérés sur le marché du travail : 83 % sont en emploi lorsqu’ils vivent hors de leur région de naissance, 73 % lorsqu’ils y sont restés ou revenus. L’écart d’accès au marché du travail entre ceux qui ont quitté leur région natale et ceux qui y sont restés ou revenus est cependant beaucoup plus faible qu’entre diplômés et non diplômés. Mayotte se distingue néanmoins : les jeunes natifs sont moins souvent en emploi, y compris lorsqu’ils vivent en métropole ou à La Réunion. L’illettrisme en langue française constitue un frein : 73 % des jeunes Mahorais de 17 ans lisent difficilement en français en 2019, contre 30 % aux Antilles et à La Réunion et 55 % en Guyane. Quand ils sont diplômés du supérieur et qu’ils vivent hors de Mayotte, leur insertion professionnelle est plus difficile que pour les natifs des autres DOM : 60 % d’entre eux sont en emploi, contre 83 % pour les autres jeunes d’outre-mer qui vivent hors de leur région de naissance.

En revanche, ils accèdent plus facilement que dans les autres DOM à un emploi dans leur région de naissance (80 % contre 73 %). Les natifs sans diplôme s’insèrent difficilement. Toutefois, leur insertion semble meilleure lorsqu’ils quittent leur région natale. En effet, le marché du travail des peu diplômés est encore plus saturé dans les DOM qu’en France métropolitaine. Les inégalités d’accès à l’emploi y sont plus fortes selon le niveau de diplôme. Une mobilité peut permettre aux jeunes les moins diplômés une meilleure insertion professionnelle. De plus, les natifs des DOM sans diplôme attendent probablement souvent d’avoir un minimum d’assurances sur le fait de pouvoir trouver un emploi avant de quitter leur région.

Deux profils se distinguent parmi les natifs des DOM qui résident dans leur région natale : ceux qui ne sont jamais partis plus de six mois et ceux qui sont revenus dans leur région natale après une mobilité. Entre 15 et 34 ans, 21 % des natifs résidant en Martinique ont déjà séjourné plus de six mois hors de leur région de naissance, 16 % des Guadeloupéens et 18 % des Mahorais. Ils sont moins nombreux à La Réunion (13 %) et en Guyane (10 %). Ceux qui sont partis et revenus s’insèrent plus facilement sur le marché du travail. Ils sont en effet plus diplômés que ceux qui sont restés ; mais, à diplôme identique, les écarts d’accès à l’emploi s’atténuent.

   

1 Commentaire(s)

Jeanbon, Posté
Ah, nous sommes donc les moins pollueurs en CO2, pour une fois qu'on est les meilleurs, il faut le souligner !