10.000 km pour passer un oral :

Covid-19 et concours nationaux : les candidats réunionnais pénalisés par un parcours semé d'embûches


Publié / Actualisé
Pour les candidats aux concours académiques nationaux, la crise sanitaire complique bien les choses. Pour le CAPES (Certificat d'aptitude au professorat de l'enseignement du second degré) il est nécessaire de prendre l'avion pour certains oraux. Un trajet d'autant plus complexe cette année : un vol de 10.000 km auxquels s'ajoutent le motif impérieux à faire valider, le test PCR à présenter obligatoirement pour l'aller comme pour le retour, et une septaine à anticiper avant ledit oral. Pourtant, le ministère de l'Education nationale a maintenu les épreuves en présentiel pour les étudiants ultramarins. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)
Pour les candidats aux concours académiques nationaux, la crise sanitaire complique bien les choses. Pour le CAPES (Certificat d'aptitude au professorat de l'enseignement du second degré) il est nécessaire de prendre l'avion pour certains oraux. Un trajet d'autant plus complexe cette année : un vol de 10.000 km auxquels s'ajoutent le motif impérieux à faire valider, le test PCR à présenter obligatoirement pour l'aller comme pour le retour, et une septaine à anticiper avant ledit oral. Pourtant, le ministère de l'Education nationale a maintenu les épreuves en présentiel pour les étudiants ultramarins. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)

Motif impérieux, test RT-PCR, septaine... et enfin concours. C'est ce qu'on dû traverser des candidats réunionnais et que d'autres devront peut-être encore vivre d'ici juillet. Si certains concours sont terminés, d'autres doivent encore arriver et toutes les matières ne sont pas logées à la même enseigne.

En effet, dans les matières scientifiques (physique-chimie, sciences de la vie et de la terre, mathématiques, etc.) du CAPES, les candidats n'ont pas pu faire le choix du présentiel ou du distanciel, contrairement aux épreuves littéraires comme le français, l'histoire-géographie ou les langues.

- Un long trajet pour quelques oraux -

Du côté de l'EPS, il faut aussi se rendre dans l'Hexagone. Léa, Benjamin et Nicolas préparent le concours du CAPEPS externe. Après les épreuves d'admissibilité, ils se préparent pour le reste, oraux et épreuves pratiques, qui se dérouleront à Vichy, vers la mi-juin.

Mais ce lundi, toute la promotion a eu la surprise d'apprendre que la pratique était supprimée. Les étudiants vont donc se rendre en Métropole pour deux épreuves au lieu de quatre, et en compensation, le coefficient des oraux est doublé. Une nouvelle qui en rassure certains, qui préfèrent les oraux, mais qui risque d'en pénaliser d'autres, qui misaient sur la performance physique.

"Ce que beaucoup d'étudiants ne comprennent pas, c'est qu'on va se rendre en Métropole pour seulement deux oraux" remarque Nicolas. Et ça alors que le trajet est suffisamment pénalisant. "On se prépare à devoir faire une septaine à l'arrivée, on va essayer de se débrouiller pour aller chez de la famille, des gens qu'on connaît", précise Léa, "mais faire une septaine dans tous les cas, en étant isolé le plus possible, c'est dur psychologiquement".

Benjamin, lui, ne connaît personne dans les alentours, alors il prévoit déjà d'aller à l'hôtel. "Ça ne me dérange pas d'aller en Métropole, c'est une nouvelle expérience, j'étais prêt. Mais avec la septaine, l'hébergement et la nourriture sur une semaine... oui c'est un coût financier élevé et contraignant" concède-t-il.

Les étudiants attendent les consignes et ont pour l'instant peu d'informations sur ce qui les attend au mois de juin. "Côté organisation on a peu de nouvelles, est-ce qu'on doit faire une septaine, un test..." admet Nicolas. Tout dépendra des conditions sanitaires dans un mois.

- Les députés réunionnais indignés -

Dans une tribune publiée le 13 avril, la députée Nadia Ramassamy avait estimé que "le ministre de l'Éducation nationale abandonne les candidats ultramarins du CAPES". Contactée par nos soins, elle persiste et signe. "Les candidats ultramarins se retrouvent seuls et isolés pendant 7 jours, dans une chambre d’hôtel exigüe. C’est une situation très difficile pour quelqu’un qui s’apprête à passer une épreuve importante. De plus, les candidats ultramarins doivent payer eux-mêmes la nourriture et l’hôtel durant cette septaine. Beaucoup n’en ont pourtant pas les moyens puisqu’ils sont vacataires. Ce sont autant de critères constitutifs d’une rupture d’égalité entre candidats ultramarins et hexagonaux."

Elle affirme d'ailleurs avoir été contactée "par de nombreux candidats", qui lui disaient "non seulement leur appréhension de se rendre dans l’Hexagone pour leur épreuve orale, mais surtout leur peur d’être testés positifs". Ils étaient tenus dans ce cas de rembourser le billet d’avion.

Lire aussi - Capes : Nadia Ramassamy demande que les candidats ultramarins passent leurs oraux à La Réunion

Pour le député LR David Lorion, "crise ou pas, il n'y aucune raison technique qui empêche de faire les oraux à La Réunion", estime-t-il. Le trajet est déjà suffisamment pénible pour les candidats d'habitude, mais avec le Covid-19, "c'est la double peine". Des candidats à l'agrégation par exemple, enseignants à temps plein, n'ont pas pu assurer leurs cours pendant au moins plusieurs semaines, le temps de faire la septaine à l'arrivée en Métropole, et la septaine en rentrant à La Réunion.

"Nous avons sollicité le ministère de l'Education nationale sur le sujet, mais nous n'avons jamais eu d'échange direct", déplore David Lorion. "On nous a simplement répondu que ce n'était 'pas prévu administrativement'" ajoute-t-il.

Une décision qui pour Nadia Ramassamy est "difficilement compréhensible" : "nous sommes au cœur d’une crise sanitaire. Nous sommes en 2021, nous avons les moyens numériques et matériels d’organiser en visioconférence les épreuves orales". Pour elle, "cette décision a été d’autant plus difficile à accepter que les
candidats littéraires pouvaient choisir la visioconférence, mais pas les candidats scientifiques". La raison : une minute de manipulation demandée pour ces derniers.

Le député Philippe Naillet constate pour sa part que "participer aux concours nationaux pour les candidats réunionnais et plus largement ultramarins présente toujours des handicaps que n’ont pas une majorité des Hexagonaux, plus encore en cette période de Covid-19". Ainsi pour l'élu, "la septaine à effectuer dans l’Hexagone, nécessaire d’un point de vue sanitaire, est un véritable frein à la démarche, notamment en terme financier et de temps pour les candidats". Pour lui aussi, "d’un point de vue logistique, ces concours déconcentrés sont largement réalisables".

Contactés, les ministères de l'Education nationale et des Outre-mer ne nous ont pas répondu à ce stade.

- La règle du jeu -

S'il refuse de commenter une décision venant de l'Education nationale, le rectorat, en charge des candidats, estime que c'est malgré tout la règle quand il s'agit de concours nationaux. "Ce n'est pas facile dans ces conditions, c'est certain, mais les candidats s'y préparent" nous dit-on.

Le rectorat tient à rappeler malgré tout que pour la majorité des épreuves, le choix a été donné de faire son oral à distance ou non. "Pour les matières scientifiques il n'y a pas le choix en effet, mais d'autres concours l'ont proposé. Et on remarque que la grande majorité des candidats ont tout de même choisi le présentiel."

La plus grande difficulté residerait dans l'établissement du motif impérieux. Passer un concours en Métropole est un motif valable pour voyager actuellement, mais il est nécessaire d'envoyer les pièces justificatives six jours avant le vol, comme demandé par la préfecture. Une démarche qui ne facilite pas le voyage. "Nous sommes intervenus assez souvent pour accompagner les candidats qui tardaient à avoir une réponse validant leur motif impérieux. Dans ce cas, le rectorat intervient : le secrétaire général a passé des coups de téléphone régulièrement, notamment le week-end, pour aider ces candidats". Un soutien, le seul possible par le rectorat, pour faciliter du mieux que possible le départ des candidats pour leurs concours.

mm/www.ipreunion.com / [email protected]

   

2 Commentaire(s)

Erick, Posté
Et nous sommes 76 ans après la départementalisation (que font nos politiques réunionnais) ,faire 10 000 km pour un oral... Et 11 h 00 d'avion ,c'est prémédité un échec pour les candidats .Et croyons encore à l'égalité que prône La France...Demander à un marseillais d'aller passer un oral à Paris, seulement 4h00 de train !! On connaît tous la tournure ...D'ailleurs, pourquoi avons nous des Députés (es) et sénateurs (ces) réunionnais , qui siègent aux assemblées en France '
Xander, Posté
Comme disait Alex, nous sommes Français à part entière mais surtout Entièrement à part