Entretien avec la docteure Christine Kowalczyk :

Dengue : "on n'avait jamais vu de stade aussi grave de la maladie"


Publié / Actualisé
Les chiffres de la dengue n'ont jamais été aussi élevés à La Réunion, en presque quatre ans d'épidémie. Ce mardi 4 mai 2021, la préfecture et l'ARS ont annoncé 1.686 nouveaux cas, détectés en une semaine seulement. Trois personnes sont décédées, portant à cinq le nombre morts de la dengue depuis le début de l'année. Mais plus inquiétant encore, les formes graves se multiplient et le "choc de dengue", forme particulièrement sévère du virus, a été observé pour la première fois à La Réunion. Nous faisons le point sur cette flambée épidémique avec la docteure Christine Kowalczyk, présidente de l'Union régionale des médecins libéraux. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)
Les chiffres de la dengue n'ont jamais été aussi élevés à La Réunion, en presque quatre ans d'épidémie. Ce mardi 4 mai 2021, la préfecture et l'ARS ont annoncé 1.686 nouveaux cas, détectés en une semaine seulement. Trois personnes sont décédées, portant à cinq le nombre morts de la dengue depuis le début de l'année. Mais plus inquiétant encore, les formes graves se multiplient et le "choc de dengue", forme particulièrement sévère du virus, a été observé pour la première fois à La Réunion. Nous faisons le point sur cette flambée épidémique avec la docteure Christine Kowalczyk, présidente de l'Union régionale des médecins libéraux. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)

Imaz Press : C'est donc la première fois que l'on détecte des symptômes de "choc de dengue" à La Réunion ?

Dr Christine Kowalczyk : Oui en effet. On avait pris en charge l'an dernier des patients qui avaient des troubles ophtalmologiques, sans problème particulier. Mais des hypotentions et des chocs, non... On n'avait jamais encore vu de stade aussi grave de la maladie.

Imaz Press : Comment se manifeste ce "choc de dengue" ?

CK : Il s'agit de personnes qui sont en hypotension (tension particulièrement basse, ndlr), ils ont des malaises, certains font des crises de tachycardie (coeur qui bat trop vite, ndlr). Plus rien ne fonctionne au niveau du corps, ça ne se régule plus. Pour essayer de vulgariser, le corps n'arrive plus à remettre les pendules à l'heure. Vous avez des manomètres qui contrôlent la pression comme dans tous les moteurs, et on va dire que les anticorps ce sont les mécaniciens : ils rééquilibrent. Mais là, le choc est multiviscéral et tellement violent que le corps ne peut pas tout rééquilibrer d'un coup : le foie ne fonctionne plus, la tension reste basse, les patients ne peuvent plus uriner...

Imaz Press : Est-ce une forme grave encore peu répandue ?

CK : Ici on a eu que deux cas, ce n'est pas encore alarmant. Mais on n'en avait jamais vécu, c'est ça qui inquiète l'ARS.

Imaz Press : On parle d'un impact au niveau du foie, qu'en est-il exactement ?

CK : C'est le choc qui provoque ça. Le foie peut ne plus réagir au niveau de ses fonctions réparatrices. C'est au niveau du foie qu'on produit des plaquettes, donc il n'y a plus de fabrication de plaquettes, ce qui provoque une hémorragie.

Imaz Press : Comment peut-on expliquer qu'on observe cette forme grave maintenant ?

CK : Nous avons deux dengues différentes d'une année sur l'autre, peut-être ces patients ont-ils eu deux sérotypes différents. Le fait d'avoir le sérotype 2 puis le 1 par exemple donne toujours des formes un peu plus graves. (Pour rappel, c'est presque exclusivement le sérotype 1 qui circule cette année, l'an dernier il s'agissait du 2 et du 3, ndlr).

Imaz Press : Comment peut-on prévenir ces formes graves du virus ?

CK : Il faut bien s'hydrater, et c'est souvent ce que les gens oublient. On a remarqué qu'en cas de forte fièvre, les gens qui s'hydratent bien peuvent prévenir ces formes-là. La première chose bien sûr pour la dengue, c'est de ne pas l'attraper. Et ensuite quand on est malade, c'est de bien boire. Le suivi médical est important aussi. Parfois les gens croient qu'ils ont la grippe et attendent trop longtemps avant de se faire dépister alors qu'il s'agit de la dengue.

Imaz Press : Y a-t-il un risque aussi de confondre dengue et Covid-19 ?

CK : Bien sûr, d'ailleurs dans l'ouest les médecins font souvent le double dépistage. L'an dernier il y a eu un cas ou deux de patients atteints des deux virus, mais ça reste rare. Le Covid est plus long aussi, mais souvent le début correspond à des symptômes comme une rhinopharyngite, une perte de goût... Alors que la dengue commence beaucoup plus vite et de façon plus violente.

Imaz Press : Comment explique-t-on cette flambée des cas actuellement ?

CK : On a une épidémie bien plus importante que les autres années. Quand on voit le nombre de cas les années précédentes et le nombre de cas cette année, on a plus de contaminations et donc plus de cas graves. 1.600 cas en une semaine, c'est quelque chose qu'on n'a jamais vu, c'est énorme. C'est un réel souci, avec l'épidémie de Covid-19, qui n'est pas non plus anodine en ce moment et loin d'être stabilisée, notamment dans l'ouest.

mm/www.ipreunion.com / [email protected]

   

4 Commentaire(s)

Bb974, Posté
La thrombopoïétine, produite principalement dans le foie, stimule la moelle osseuse pour produire de grandes cellules (mégacaryocytes), qui à leur tour fabriquent des plaquettes à partir de leur cytoplasme.
Missouk, Posté
Je trouve que Mme Kowalczyk est très gentille avec l'ARS qu'elle ne cite à aucun moment... Et pourtant, c'est à l'ARS que revient en premier lieu de gérer ce type d'épidémie, et son silence est assourdissant!
Bonjour , Posté
Ce n'est pas le foie qui produit les plaquettes mais la moelle osseuse
Jeanbon, Posté
Vive l'ARS, et vive les Makotes !