Sans effet psychotrope mais avec des vertus relaxantes :

Ce n'est pas du zamal c'est du CBD, mais la France reste frileuse


Publié / Actualisé
Le 25 mai 2021, le gouvernement a présenté dans une dépêche publiée par l'AFP le contenu du décret visant à encadrer la filière française du cannabidiol (CBD) et à réguler son activité. Un décret qui n'a pas manqué de faire grincer des dents des côtés des professionnels du secteur. Si le gouvernement a décidé d'autoriser la consommation de produits dérivés du CBD, qui présenterait des vertus relaxantes et se décline aujourd'hui sous plusieurs formes, la fleur de la plante, elle, sera interdite à la vente. Une annonce qui ne passe pas (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)
Le 25 mai 2021, le gouvernement a présenté dans une dépêche publiée par l'AFP le contenu du décret visant à encadrer la filière française du cannabidiol (CBD) et à réguler son activité. Un décret qui n'a pas manqué de faire grincer des dents des côtés des professionnels du secteur. Si le gouvernement a décidé d'autoriser la consommation de produits dérivés du CBD, qui présenterait des vertus relaxantes et se décline aujourd'hui sous plusieurs formes, la fleur de la plante, elle, sera interdite à la vente. Une annonce qui ne passe pas (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)

"Cette décision est complètement contre-productive : elle va créer de nouvelles difficultés d'importation pour les producteurs, et empêcher des consommateurs de remplacer leur consommation de zamal par du CBD" dénonce Vedran Kapetanovic, propriétaire de la Kaz CBD à Saint-Pierre. "Les vendeurs rencontrent déjà beaucoup de difficultés lors de l'importation, avec des stocks de fleurs qui dorment aux douanes en attendant les vérifications nécessaires. Ce décret ne viendrait qu'ajouter à ces difficultés" ajoute Benjamin Coudrier, président de l'association chanvre Réunion.

La position de l'Etat est justifiée entre autres par une difficulté pour les forces de l'ordre à distinguer la fleur de CBD de celle du cannabis. "Pour vérifier cela il suffit simplement de dépister le consommateur, s'il est négatif au dépistage de THC alors ce n'est pas du cannabis" argumente Vedran Kapetanovic.

A noter que le décret prévoit cependant d’autoriser la production de fleurs de chanvre destinées à l’extraction des principes actifs, sous réserve que sa teneur en THC – la molécule psychotrope du cannabis –, ainsi que celle des produits finis, soit inférieure à 0,2 %..  "Cette autorisation va donc entraîner la circulation sur tout le territoire national d’une grande quantité de fleurs de chanvre destinées aux extracteurs. Les forces de l’ordre seront donc demain toujours confrontées à d’importantes quantités de fleurs en transit sans qu’aucun protocole ne soit mis en place pour différencier ces fleurs de chanvre désormais légales de potentielles fleurs de cannabis stupéfiant" souligne le syndicat du chanvre français.

- "Manquer le coche" -

L'argument de santé publique a aussi été avancé par le gouvernement. Argument que les professionnels du chanvre n'admettent pas. "Les fleurs de chanvre pourront continuer à être exportées en France depuis n’importe quel Etat membre de l’UE où elles sont produites légalement. Les consommateurs français pourront donc continuer à accéder via internet à des produits qui ne respectent pas toujours les règles sanitaires que nous aurions souhaité voir appliquées à une production française" regrette le syndicat.

"Il faut aussi noter que la consommation de la fleur laisse supposer une consommation de tabac, ce qui serait nocif pour la santé, d'après le gouvernement. A ce point-là, autant interdire la vente de tabac" raille Vedran Kapetanovic. "La position de l'Etat est totalement hypocrite, la France est en train de moquer le coche" ajoute-t-il.

Cette décision n'est en tout cas pas surprenante aux yeux de certains. "Elle suit la logique du gouvernement, qui différencie bien les usages thérapeutiques, bien-être et récréatif du CBD et du cannabis. Le discours de l'Etat est clair sur la question" assure Benjamin Coudriet. "C'est dommage, car le CBD représente un réel marché, avec un potentiel en termes d'économie et d'emploi énorme" regrette-t-il. La fleur de CBD coûte en effet plusieurs centaines d'eurps au kilo, vendue telle quelle.

"A La Réunion même, nous sommes en train de rater une réelle opportunité. Même si la commercialisation de fleur était autorisée, nous n'avons pas les infrastructures nécessaires, nous n'avons pas l'expertise pour la transformation du produit, et nous avons été placés en dehors du débat : nos particularités ne sont pas prises en compte" souffle-t-il.

Lire aussi : A La Réunion on sait aussi planter du chanvre

Tout n'est en tout cas pas joué : le décret, bien que présenté, n'a pas encore été publié. Et une fois la publication faite, la Commission européenne devra statuer dans les six mois suivants pour poser des questions à la France avant une possible publication au journal officiel. "Pour l'heure, l'interdiction de vente de la fleur est donc loin d'être effective, et le syndicat est déjà en train de réfléchir à une riposte juridique" assure Vedran Kapetanovic.

- 50 ans de lutte inefficace -

Le gouvernement semble en tout cas s'obstiner à prendre du retard sur ses voisins européens sur les questions du CBD et du cannabis. Une position qui a d'ailleurs été fustigée au début du mois de mai dernier, dans…un rapport parlementaire, qui défend "la légalisation avec un contrôle de l’Etat". Un argumentaire qui contredit totalement la politique répressive du gouvernement face au cannabis, et qui a été présentée par une parlementaire, Caroline Janvier, pourtant membre de la majorité LREM. C'est un document de 300 pages qui a été présenté pour défendre cette position, suite à une grande consultation nationale, alors que parallèlement, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a réaffirmé sa volonté de combattre le cannabis, et que le président Emmanuel Macron est venu appuyer ces propos.

Cannabis récréatif et CBD ne sont pas la même chose, mais ils se heurtent aux mêmes réticences au sein de la classe politique. Et pourtant, ces marchés représentent de réelles opportunités, en termes d'économie et d'emploi. Les Français sont aujourd'hui les champions d'Europe de la consommation de cannabis, avec cinq millions d'usagers annuels, dont 900.000 fumeurs quotidiens. Pour le CBD, il n'y a pas de chiffres officiels, mais l'engouement pour ce dernier semble augmenter chaque année un peu plus.

Après 50 ans de lutte inefficace, peut-être est-il temps de changer son fusil d'épaule. Pour l'heure, si l'Etat semble aller dans la bonne direction, les décisions restent décevantes pour les professionnels du secteur. Reste à voir si la France sera, une nouvelle fois, recadrée par l'Union européenne. En effet, cette nouvelle évolution règlementaire fait en réalité suite à l’arrêt de la Cour de Justice de l’Union Européenne dit " Kanavape " rendu il y a six mois, qui concluait que l’interdiction française du CBD "ne saurait répondre au principe de libre circulation des marchandises." Dans son arrêt, la Cour de Justice dénuait d'ailleurs le CBD d’effets stupéfiants. Rendez-vous dans six mois pour avoir le fin mot de l'histoire.

as/www.ipreunion.com / [email protected]

   

1 Commentaire(s)

Cousin, Posté
légaisation du zamal !