Ecole inclusive :

Handicap : les accompagnant.e.s des élèves "oublié.e.s de l'Education nationale"


Publié / Actualisé
Essentiel.e.s à la scolarité des élèves qui ne sont pas en capacité de suivre les cours en autonomie, les AESH (accompagnant.e.s des élèves en situation de handicap) se sentent aujourd'hui oublié.e.s de l'Education nationale. Les Pial (Pôle inclusif d'accompagnement localisé), instaurés en 2019, sont censés apporter une aide humaine aux élèves, coordonner le travail des AESH et de l'équipe pédagogique. Un dispositif vendeur sur le papier, pourtant les AESH déplorent une dégradation de leurs conditions de travail : trop d'élèves à accompagner, salaires trop bas, manque de formation... Pour les accompagnant.e.s, l'instauration des Pial n'a fait qu'empirer leur situation "déjà bien compliquée". (Photo rb/www.ipreunion.com)
Essentiel.e.s à la scolarité des élèves qui ne sont pas en capacité de suivre les cours en autonomie, les AESH (accompagnant.e.s des élèves en situation de handicap) se sentent aujourd'hui oublié.e.s de l'Education nationale. Les Pial (Pôle inclusif d'accompagnement localisé), instaurés en 2019, sont censés apporter une aide humaine aux élèves, coordonner le travail des AESH et de l'équipe pédagogique. Un dispositif vendeur sur le papier, pourtant les AESH déplorent une dégradation de leurs conditions de travail : trop d'élèves à accompagner, salaires trop bas, manque de formation... Pour les accompagnant.e.s, l'instauration des Pial n'a fait qu'empirer leur situation "déjà bien compliquée". (Photo rb/www.ipreunion.com)

"L'Education nationale considère les AESH comme des pions !" Le constat est brut mais assumé pour Pierre Lepori, délégué pour référent.e.s AESH pour le Snalc. “La situation s’est dégradée depuis l’instauration des Pial” ajoute-t-il.

Selon lui, le Pôle inclusif d’accompagnement localisé de La Réunion a été lancé à titre expérimental en 2018 sur deux lycées de l’île. Depuis, “il n’y a jamais eu d’état des lieux, de rapport, même une conclusion de l'expérience", explique-t-il.

Même constat pour Victor Rodrigues, secrétaire adjoint au Snes-FSU Réunion : “les syndicats n’ont jamais eu de rapports du ministère de l’Education nationale malgré les demandes. Le rectorat a mené une étude d’impact en décembre 2020 sur le fonctionnement des Pial et les conditions de travail des AESH mais nous n’avons jamais eu de retour” indique-t-il. Les AESH dénoncent un forcing lors de l'instauration des Pial. “On a dû adhérer de force, sinon on était licencié” explique Lucie, une AESH du sud de l'île.

Une absence de réponse que ne justifie pas Azeddine Frahetia, conseiller technique du rectorat de La Réunion au service de l'école inclusive. Il explique qu'il "n'a pas d'éléments à ce jour" concernant le point abordant les conditions de travail. Il rappelle cependant que le rapport concernant le fonctionnement des Pial sera rendu en septembre 2021, lors du Comité départemental du suivi de l'école inclusive.

- “ Les grand.e.s oublié.e.s de l’Education nationale” -

En tout, ce sont 50 Pial qui sont mis en place dans l'académie et 46 sont inter-degrés, ils mêlent donc à la fois les écoles, les collèges et les lycées. Dans ce cas, l'établissement "rassemble tous.tes les AESH dans une seule et même structure” explique Victor Rodrigues.

Azeddine Frahetia rappelle le fonctionnement des Pial ci-dessous, écoutez :

Les accompagnant.e.s des élèves en situation de handicap peuvent donc être mobilisé.s à la fois pour un.e élève en primaire, élémentaire et secondaire. “Ces Pial inter-degrés empirent une situation déjà bien compliquée pour le personnel aidant” note Pierre Lepori. "Les AESH sont les grandes oubliées de l’Education nationale” ajoute-t-il.

Avant l'instauration des Pial (Pôle inclusif d'accompagnement localisé), les élèves bénéficiaient d'un suivi annuel par un.e seul.e AESH. "Aujourd'hui on en accompagne plusieurs et sur différents établissements en une journée, ce n'est pas gérable" assure Sophie, une AESH du sud de l'île. "On travaille par rapport aux heures et non aux besoins de l'élève" ajoute-t-elle.

Ces derniers peuvent donc se retrouver avec plusieurs AESH en fonction de la notification de la MDPH (maison départementale des personnes handicapées) contrairement à avant. "Ce sont les coordinateurs qui affectent les AESH alors que beaucoup ne connaissent rien au handicap” explique Pierre Lepori. “Certaines ont même des spécialités mais les coordinateurs n’en tiennent pas compte” indique quant à lui Victor Rodrigues. 

C'est le cas d'Isabelle, une AESH du sud et éducatrice de formation qui veut évoluer dans son métier. "J'ai appelé la coordonnatrice il y a trois ou quatre mois pour avoir un rendez-vous avec l'inspecteur pour une perspective d'évolution, mais je n'ai jamais reçu de réponse à ce jour". 

Azeddine Frahetia précise que "le ministère travaille sur le statut des AESH. La politique de l'académie de La Réunion est de privilégier l'augmentation du temps de travail des AESH plutôt que de recruter de nouveaux personnels". Regardez son interview sur les perspectives d'évolution des AESH :



D'autres comme Lucie, dans le sud, doivent s'adapter en fonction des élèves suivi.e.s. Le risque est d'impacter les résultats scolaires des élèves. "Depuis la mutualisation, la situation s'est dégradée. On m'a attribué un élève du jour au lendemain et j'ai dû supprimer cinq à six heures aux deux élèves que je suis déjà alors qu'ils n'ont que 10 heures notifiées par la MDPH" déplore-t-elle. "Je l'ai fait remonter au Pial mais rien n'a été fait" ajoute-t-elle."

Les AESH mutualisé.e.s se voient attribuer un quota d'heures et doivent les adapter en fonction des besoins des élèves "On nous dit qu'on doit faire en sorte que ça fonctionne alors qu'on ne nous propose aucune formation, ni de concertation avec les autres AESH" ajoute Lucie. “Avec le Pial nous sommes des bouche-trous, on est constamment déplacé par rapport aux heures” indique Sophie qui elle aussi pointe du doigt un manque de formation. “Je n'ai suivi qu'une formation de 60 heures dans le cadre de mon contrat aidé et depuis on ne m'a rien proposé" explique-t-elle.

Azeddine Frahetia, lui, estime qu'il "convient de renforcer et de développer la formation statutaire de 60h qui se mettra en place dès la rentrée. Les Pial sont nouveaux c'est vrai mais donnons nous le temps que les choses se mettent en place". Regardez :



- Une organisation épuisante -

Les principales missions des Pial à savoir l’accompagnement humain et la coordination entre AESH et l'équipe pédagogique ne sont pas atteintes, maintiennent cependant les accompagnant.e.s interrogé.e.s. “Le Pial ne connaît pas vraiment ce dont l’enfant a besoin, il n’y a que remplir les heures qui les intéresse” déplore Sophie. Lucie, elle, dit avoir été informée des difficultés de l'élève lors d'une réunion à la rentrée des classes. "On le découvre le jour-même, lors de la réunion avec la MDPH, l’équipe pédagogique et les parents."

La mission de proximité n'est pas assurée selon Isabelle. "On devrait être associé aux prises de décisions mais tout cela n'existe pas" assure Isabelle. Le ou la coordinateur.rice désigné.e à la tête de chaque Pial gère les AESH de sa circonscription et répond à leurs demandes. "On ne sait jamais quand appeler la coordonnatrice car elle est aussi directrice et enseignante alors que nous devons être disponible tout le temps" ajoute Isabelle pour qui le Pial est "une grosse blague".

Avec ces fameux Pial inter-degrés, les AESH ont du mal à être serein.e.s. "Quand l'enfant que je suis est absent, je suis censée contacter le Pial pour intervenir auprès d’un autre élève dans une autre école, mais je refuse de le faire" s'indigne Isabelle. Les accompagnant.e.s sont même convoqué.e.s sur leurs heures de pause pour des réunions jugées inutiles, "on nous a dit tout ce qu'on savait déjà" estime Isabelle.

Autre problème du Pial, les circonscriptions. Chacunes d'entre elles ont un Pial qui regroupe tous.tes les AESH de cette zone. Même si les accompagnant.e.s sont regroupé.e.s dans le même Pôle inclusif d'accompagnement localisé, ce n'est seulement qu' à la rentrée qu'ils ou elles auront connaissance de leur lieu exact de travail, stipulé sur la notification de la MDPH. Pour Pierre Lepori, au Snalc, “les Pial ne font qu'adapter les moyens aux besoins alors qu’il faut faire l’inverse”.

- Des élèves forcément impactés -

Lors du confinement en mars 2020, des AESH n'ont pas pu suivre leurs élèves. “On devait faire du télétravail avec l’enfant mais certain.e.s n’avaient pas accès à internet”. Les élèves faisaient donc leurs exercices avec des parents qui ne pouvaient pas forcément les aider de façon optimale. “L’élève que j’accompagne avait besoin de mon aide mais je n’ai pu l’accompagner faute d’outils. Le rectorat n’a rien mis en place pour qu'on puisse les accompagner" indique Lucie.

D'autres accompagnant.e.s ont tenté d'aider les élèves avec les moyens dont elles.ils disposaient. "J'ai dû utiliser mon propre portable pour avoir des nouvelles afin de voir si je pouvais les aider mais c'était très difficile" ajoute l'accompagnante qui déplore le manque de matériel adapté pour soutenir des élèves dans ces situations. "Le rectorat n'a rien mis en place et notre salaire ne nous permet pas de faire des dépenses de ce type" ajoute-t-elle. Pour Azeddine Frahetia, "il y a pu avoir des difficultés. Il y a une foire à questions qui a été éditée, et des conseils ont été apportés si un confinement devait s'effectuer à nouveau."

Aujourd'hui les AESH estiment qu'ils.elles n'ont pas un salaire suffisant, à la hauteur du métier excercé. Les accompagnant.e.s dénoncent aussi le fait ne pas être rémunéré.e.s pour leurs heures supplémentaires, comme l'explique Isabelle, dans le sud de l'île. "On est payé pendant les vacances scolaires mais les hures supplémentaires rentrent dans une banque d'heure invisible et ne sont pas comptabilisées en tant que telles". Du côté du rectorat, le conseiller technique Azeddine Frahetia indique pour sa part ne pas avoir connaissance de la non-rémunération des AESH pour leurs heures supplémentaires.

Aujourd'hui et depuis toujours, les AESH sont esssentiel.les pour l'inclusion scolaire. C'est ce qui pousse syndicats et accompagnant.e.s à réclamer un "vrai statut", celui de "fonctionnaire de catégorie B", avec des concours et formations ainsi qu'une une pérennisation de leur situation grâce à un CDI. "On veut que notre métier soit véritablement reconnu. Il est très difficile et le fait de s'occuper d'élèves en situation de handicap dans des environnements compliqués a forcément des répercussions sur nous" conclut Lucie.

vl/www.ipreunion.com / [email protected]

   

4 Commentaire(s)

Cecile, Posté
AVSI puis AESH depuis 7 ans. J ai accompagné des élèves du primaire au collège puis retour en Ulis primaire. 7 élèves avec leurs handicaps spécifiques. A chaque fois tu dois te faire accepter par l élève, travailler étroitement avec le ou les enseignants. Tu dois passer du cours élémentaire aux cours du secondaire et plus . Il y a de la pédagogie, de la psychologie, énormément d humanisme, de patience...ainsi se crée la confiance que nous accorde l èlève, l enfant. Au final nous n avons aucun état de service qui stipule nos compétences, nos apports personnels. Du jour au lendemain on t envoi dans un autre établissement, recommencer l approche. Heureusement que les AESH sont solidaires, mais cela ne peut compenser la reconnaissance que nous doit l Éducation national. Il faut que ce métier évolue, dans l intérêt bien sur de la qualité de nos accompagnements et du respect qui est dû à ces enfants.
Marie, Posté
Arrêté de crier pour les heures vous qui avaient un emploi.Nous les AESH qui ont effectués un remplacement durant pas mal d années on s est retrouvé au chômage. En plus dans mon cas j ai eu la formation nécessaire pour travailler en tant qu AESH de droit public.J aurais aimé retravaillé comme avant mais la politique du rectorat de la Réunion c d augmenter les heures de travail et nous on a été des Bouches trou pour remplacer c tout.
Johndal, depuis son mobile , Posté
La langue française est langue la plus difficile à apprendre. La compliquer avec des points et des lettres entraînerait un charabia illisible et incompréhensible . Pensez aux enfants scolarisés !
At974, Posté
Je suis à mon 6ème emploi du temps et on m'a déplacé à 3km du PIAL du jour au lendemain puis au bout d'une semaine on redéplace pour être sous surveillance de la coordonnatrice PIAL et là à 3 semaines des vacances on me redéplace dès lundi pour une prise immédiate d'accompagnement. À aucun moment on tient compte de notre lieu d'habitation, ni de notre mode de transport.Nous payons notre repas (collège et lycée) lorsque nous devons accompagner lors de la prise de repas.Nos horaires d'amplitude peuvent dépasser 12h.Certains chefs d'établissements comptabilisent nos heures de travail en minutes ou selon la durée d'un cours.Ma collègue a 4 élèves à accompagner pour 25h de travail et nos temps de déplacement entre les établissements sont bafoués. Les coordinateurs ou coordinatrice n'en tiennent pas compte.Elle est à sa 9ème modification d'emploi du temps