Environnement :

Parc national : les chats sauvages, une menace difficile à endiguer


Publié / Actualisé
Les chats harets, des chats errants qui ne dépendent pas des humains pour se nourrir, sont une menace de plus en plus pesante pour les espèces endémiques de La Réunion. Ce prédateur attaque particulièrement trois espèces à savoir le pétrel de Barau, le pétrel noir de Bourbon et le tuit-tuit. Le Parc national de La Réunion essaie toujours de réguler la population de ces chatss, via la multiplication des captures et l'utilisation de dispositifs létaux. Le parc ouvre alors une consultation publique jusqu'au 4 juillet 2021 pour mettre au point sa stratégie. (Photo DR)
Les chats harets, des chats errants qui ne dépendent pas des humains pour se nourrir, sont une menace de plus en plus pesante pour les espèces endémiques de La Réunion. Ce prédateur attaque particulièrement trois espèces à savoir le pétrel de Barau, le pétrel noir de Bourbon et le tuit-tuit. Le Parc national de La Réunion essaie toujours de réguler la population de ces chatss, via la multiplication des captures et l'utilisation de dispositifs létaux. Le parc ouvre alors une consultation publique jusqu'au 4 juillet 2021 pour mettre au point sa stratégie. (Photo DR)

Le Parc national souhaite passer à la vitesse supérieure pour protéger les oiseaux endémiques de La Réunion. "Le risque d'extinction de ces espèces ne vivant que sur l'île de La Réunion est exacerbé par la présence de prédateurs se nourrissant des jeunes poussins ou des oeufs" précise le parc.

Tout d'abord il faut faire la différence entre chats errants et harets. Le premier est dépendant en partie de la société humaine pour se nourrir, tandis que le second est sauvage et complètement autonome. Il vit dans des milieux reculés de l'île, difficiles d'accès. Celui-ci appelé "chat haret" est dur à capturer et c'est lui qui menace particulièrement les oiseaux endémiques.

Entre 2015 et 2020 le Parc national de La Réunion a pu capturer 440 chats via des cages conventionnelles et 8 via des dispositifs létaux, utilisés en dernier recours, mais cela n'a pas permis de réguler suffisament ce prédateur. C'est pourquoi le Parc national de La Réunion souhaite prendre deux arrêtés conformément aux dispositions de l'article L. 123-19-1 du Code de l'environnement et établir une stratégie précise en fonction des types de chats et des milieux, mais aussi en fonction des autres prédateurs : les rats.

Une consultation publique est lancée depuis le 14 juin 2021, pour recueillir les avis et observations de la population sur les moyens proposés : sensibilisation, stérilisation, capture et utilisation de dispositifs létaux "en dernier recours".

- Deux arrêtés pour réguler les prédateurs -

Dans le détail, le premier arrêté consiste en une stratégie à trois niveaux pour réguler la présence des chats harets. Tout d'abord des actions de sensibilisation et de nouvelles campagnes de stérilisation dans les zones urbaines et péri-urbaines. Ces campagnes auront lieu dans les villes de Cilaos, Saint-Joseph, Le Tampon et l'Entre-Deux. "On stérilise les chats à proximité des colonies mais cela n'a pas d'effet sur le court terme, on le fait pour éviter leur migration" indique Antoine Ede, chargé d'études sur la faune du parc national de La Réunion.

Le deuxième niveau de cette stratégie consiste à installer des pièges conventionnels dans les zones naturelles accessibles pour les capturer les chats. "Ces cages se trouvent dans des endroits très précis car on les vérifie toutes les 24 heures" indique Souzanah Chahiba, chargée d'études sur les pétrels au parc national. Quant aux zones inaccessibles ou très éloignées, des dispositifs létaux y seront installés en dernier recours. "Ces dispositifs concerneront les chats harets restants, ceux qui ont échappé aux stratégies précédentes" explique Antoine Ede. Le second arrêté quant à lui permettra de réguler les populations de rats là où sont recensées des colonies de pétrels, par l'utilisation de produits biocides.

Il faut savoir qu'un chat haret peut manger jusqu'à 90 pétrels par an, selon Souzanah Chahiba qui précise "qu'il ne consomme que la tête de l'oiseau". Le parc national constate même un surplus "killing" ("tuer" en anglais) c'est-à-dire que les chats chassent plus qu'ils n'en ont besoin pour se nourrir. "Le chat est une espèce importée à La Réunion et les pétrels ne savent pas comment réagir face à eux" indique Souzanah Chahiba. "Ces oiseaux sont très agiles en plein vol, mais peinent à se défendre sur terre" ajout-t-elle.

- Une stratégie partenariale pour la protection des oiseaux marins endémiques -

L'association pour la Valorisation de l'Entre deux monde AV2M est un partenaire du Parc national dans la protection et la sauvegarde des pétrels noir de Bourbon et pétrels de Barau. L'association procède à des contrôles réguliers des populations et de leurs principaux prédateurs.

"Les chats harets, que l'on retrouve sur les colonies de ces oiseaux marins, sont une véritable menace pour la survie de ces deux espèces. Sachant que ces oiseaux ne pondent qu'un œuf par an et que leurs populations sont estimées à 15.000 couples pour le Pétrel de Barau (classé en danger d’extinction) et 100 couples pour le Pétrel noir de Bourbon (classé en danger critique d’extinction), les chats harets pourraient contribuer à leur extinction au niveau mondial" explique Richard Beaulieu, chargé de mission pour l'AVE2M.

L'association sensibilise aussi les Réunionnais.e.s vis-à-vis de l'errance animale et les accompagne lors des campagnes annuelles de stérilisation. "Quand cela s’avère nécessaire, des campagnes d’action de lutte contre les rats, ainsi que des actions de piégeage des chats errants en milieu péri-urbain sont réalisées" souligne Richard Beaulieu.

Pour en revenir aux actions de piégeage, l'AV2M installe des cages conventionnelles en bordure de sentiers et des chemins forestiers "sur des sites où la présence d'animaux errants a été préalablement constatée" souligne Richard Beaulieu. Les dispositifs sont contrôlés une à deux fois par jour et le chat capturé est pris en charge et emmené chez un vétérinaire qui procèdera à l'identification. "Tout autre type d'animal capturé est relâché immédiatement" note Richard Beaulieu.

- Les chats harets, une menace difficile à réguler -

De 2015 à 2020, le projet Life + pétrels, financé par l'Union européenne, a permis d'améliorer la conservation des espèces. "Ce dispositif nous permet d'avoir une équipe dédiée à la recherche et à la communication et aussi d'optimiser notre système de capture des chats" explique Antoine Ede. L'occasion pour le parc de constater que les chats harets se rendaient dans les nids artificiels des pétrels pour les chasser.

Les 440 chats capturés de 2015 à 2020 étaient tous des chats harets. "Ils ont été euthanasiés car ils sont sauvages et ne peuvent pas être adoptés" explique la chargée de mission.  En 2020, l'AVE2M a capturé 34 chats errants contre 57 en 2019. "La capture des chats errants à l'aide de cages conventionnelles a permis de limiter la migration de ce prédateur sur les colonies de pétrels endémiques de l'île. Malheureusement, ces oiseaux restent encore très vulnérables face à la problématique récurrente de l'errance animale" déclare Richard Baulieu.

Même si le premier arrêté devrait permettre d'augmenter la stérilisation les chats, Antoine Ede explique que cette stratégie n'a pas beaucoup d'effet puisqu'elle "ne permet de réguler que la population d'animaux domestiques. Les chats harets même stérilisés continueront de chasser les oiseaux endémiques et c'est pour cela qu'il faut des mesures de régulation".

Le nombre de chats prélevés dépend aussi de nombreux facteurs comme les zones de capture, le nombre d'abandons, la prolifération des chats...  Des endroits sont plus fréquentés que d'autres, notamment par des randonneurs ou vacanciers qui peuvent laisser traîner leurs déchets, ce qui attire les rats mais aussi les chats. C'est le cas au Dimitile par exemple, où la fréquentation est forte.

Selon les chiffres communiqués par Richard Baulieu, chargé de mission pour l'AVE2M, les chats harets sont responsables de 26% des extinctions dites "modernes" des vertébrés et pourraient entraîner l’extinction d’au moins 367 espèces de vertébrés menacés d’extinction. "Ces chats harets sont une menace partout dans le monde, mais principalement dans les îles océaniques où les écosystèmes sont très fragiles" souligne-t-il.

vl/www.ipreunion.com / [email protected]

   

2 Commentaire(s)

Leon, depuis son mobile , Posté
Faire comme en Grèce, ou les chats étaient en train de tout détruire, grande campagne de stérilisation, et on coupe un petit bout d'oreille pour les chats stérilisés, pour bien les reconnaitre
Terre sauvage , depuis son mobile , Posté
Et l'être humain .... le plus grand prédateur s'arroge le droit de qui doit vivre ou mourir ... il est la cause première de l'extinction des espèces .... c'est pas grave allons rendre coupables et tuer des espèces inférieures puisqu'on le peut .... jusqu'où ira-t-on '