Culture créole :

"Mi pans lo bob i sa roprann form dann lo maloya"


Publié / Actualisé
Jean-Claude Calimoutou vit à Sainte-Suzanne, où il fabrique des bobres, ces instruments emblématiques du maloya traditionnel, aujourd'hui un peu délaissés des kabars. A côté du roulèr ou du kayamb, le bobre se raréfit tout comme le kaskavel qui l'accompagne. Alors Jean-Claude Calimoutou essaie à sa petite échelle de faire perdurer l'instrument et toute l'histoire qui l'accompagne. (Photos mm/www.ipreunion.com)
Jean-Claude Calimoutou vit à Sainte-Suzanne, où il fabrique des bobres, ces instruments emblématiques du maloya traditionnel, aujourd'hui un peu délaissés des kabars. A côté du roulèr ou du kayamb, le bobre se raréfit tout comme le kaskavel qui l'accompagne. Alors Jean-Claude Calimoutou essaie à sa petite échelle de faire perdurer l'instrument et toute l'histoire qui l'accompagne. (Photos mm/www.ipreunion.com)

Le bobre, qui nous vient du Mozambique et de Madagascar, se joue de moins en moins à La Réunion. Pourtant il transporte avec lui un pan historique essentiel du maloya. Constitué d'un manche en bois d'1,5m environ courbé à l'aide de cordes en choka et d'une calebasse, il se cale habituellement contre le ventre pour améliorer sa résonnance. Instrument de percussion, le bobre donne le rythme de la chanson, lorsqu'on le frappe en cadence à l'aide du batavek. On peut y ajouter le kaskavel, ce hochet constitué de feuilles de vacoa et rempli de graines.

Passionné par l'histoire de son île, Jean-Claude Calimoutou fabrique surtout ces instruments pour les marmay de son association, Kaiasse (Kiltir, animation, insertion, artisanat, solidarité, sports, environnement), qui aide à l'insertion sociale de publics en difficulté par le biais d'actions de proximité, culturelles et sportives. "Je leur transmets mes petites connaissances, et après je continue d'approfondir de mon côté avec les personnes que je rencontre un peu partout sur l'île." Parmi elles, son ancien tonton : Le Rwa Caf. "C'était le mari de la sœur de mon papa" raconte-t-il, fier.

- Instrument premier -

Le bobre, c'est "l'instrument premier" raconte le musicien. "C'est pas moi qui le dis, ce sont les anciens qui disent ça. Au début on retrouve le bobre, et puis tout suit derrière. C'est l'instrument clé du maloya."

Jean-Claude Calimoutou, dans sa kaz située à Sainte-Suzanne, connaît et maîtrise toutes les étapes de fabrication du bobre. Le bois est taillé au couteau et la corde choka, une fois tressée et tendue, permet de le courber. Le musicien y ajoute ensuite la calebasse, dont il a enlevé le bout pour le fixer sur le bois. Un chevalet permet ensuite de bien régler la corde.

Ce savoir-faire, il le tient des "anciens" qu'il aime rencontrer dans son quartier comme partout ailleurs sur l'île. "C'est Joseph Chanat qui a pris le temps de me raconter comment c'était fait avant, comment était le maloya dans sa jeunesse. Je lui ai demandé de m'initier au bobre, on s'est liés d'amitié et il m'a appris à fabriquer l'instrument", raconte-t-il, reconnaissant. "On ne voit quasiment plus le bobre traditionnel avec la corde choka, beaucoup ont préféré aller vers la modernité. Cet instrument a un peu disparu du maloya, je trouve ça dommage parce qu'il existe encore tellement de personnes qui ont le savoir pour nous apprendre à jouer, et à la fabriquer."

- Une transmission essentielle -

Ce que cet habitant de Sainte-Suzanne aime, c'est le maloya du tan lontan. Celui qui poussait les Réunionnaises et Réunionnais à se réunir "de 6h du soir jusqu'à 6h du matin le samedi, où chacun déballe ses problèmes, les raconte en chantant, et ensuite on boit un coup tous ensemble".

Pour lui "aujourd'hui il n'y a plus tout ça, pourtant le maloya c'est avant tout un moment de partage". Confronté à la "monétisation" du maloya et son développement sous forme d'industrie musicale, le musicien espère que le format traditionnel, lui, va perdurer.

"Ce qu'il faut c'est écouter nos anciens, il faut profiter de les avoir encore avec nous pour apprendre les façons de jouer le maloya traditionnel. Les anciens, c'est eux qui ont les clés pour raconter. J'en vois qui battent le bobre tellement vite, on dirait qu'ils font la course. C'est pas qu'ils ne jouent pas bien. Mais les chansons kabaré sont tellement passionnantes à écouter. Il faut retrouver de l'authenticité" estime-t-il. "Je pense que cet instrument va reprendre sa place dans le maloya."

Ecoutez :

mm/www.ipreunion.com / [email protected]

   

2 Commentaire(s)

Geraldo, Posté
Merci pour cet article et ce partage
La vérité si je mens !, Posté
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