Création d'un Observatoire, éducation sexuelle, mixité à l'école... :

Rapport co-écrit par Karine Lebon : 21 recommandations pour lutter contre les stéréotypes de genre


Publié / Actualisé
La députée réunionnaise Karine Lebon a présenté un rapport sur la lutte contre les stéréotypes de genre, co-rédigé avec Gaët Le Bohec, député d'Ille-et-Vilaine. Le document, présenté dans le cadre de la délégation droits des femmes à l'Assemblée nationale, émet 21 recommandations pour lutter contre les stéréotypes établis dès le plus jeune âge entre filles et garçons : mise en place d'un Observatoire des stéréotypes de genre, formation des enseignants sur l'égalité homme-femme, éducation sexuelle dès la maternelle... Les deux députés appellent également à prendre en compte les spécificités des Outre-mer. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)
La députée réunionnaise Karine Lebon a présenté un rapport sur la lutte contre les stéréotypes de genre, co-rédigé avec Gaët Le Bohec, député d'Ille-et-Vilaine. Le document, présenté dans le cadre de la délégation droits des femmes à l'Assemblée nationale, émet 21 recommandations pour lutter contre les stéréotypes établis dès le plus jeune âge entre filles et garçons : mise en place d'un Observatoire des stéréotypes de genre, formation des enseignants sur l'égalité homme-femme, éducation sexuelle dès la maternelle... Les deux députés appellent également à prendre en compte les spécificités des Outre-mer. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)

Karine Lebon et Gaët Le Bohec le disent clairement dans ce rapport, les stéréotypes de genre sont un enjeu de société. Le rapport, publié après six mois de travaux, s'y attaque notamment dans la sphère éducative.

"À l’origine de ces phénomènes, on constate l’enracinement de représentations erronées sur la nature des filles et des garçons, puis des femmes et des hommes, portant sur leurs traits de personnalité, leurs compétences respectives, le comportement que l’on attend d’eux en fonction de leur sexe, ainsi que le rôle qui leur est assigné au sein de la sphère familiale, professionnelle et sociétale" peut-on lire dans ce rapport.

Une différenciation des sexes, qui se traduit par une dévalorisation des femmes, "créant ainsi une hiérarchie entre les sexes qui ouvre la porte aux violences et aux inégalités".

- 21 recommandations -

En tout, 21 recommandations ont été formulées par les députés. Parmi elles, le soutien des parents et des enseignants dans l'apprentissage de l'égalité aux enfants. Karine Lebon et Gaël Le Bohec souhaitent également mettre l'accent sur une meilleure mixité homme-femme dans le monde du sport et dans les métiers de la petite enfance et de l'enseignement. "C'est la société qui doit changer, cela passe par les enseignants mais aussi par le rôle des parents. Regardez le secteur de la petite enfance est extrêmement genré, résultat on pense que c'est aux mères d'éduquer les enfants. Pourtant les directeurs d'école, eux, sont majoritairement des hommes" ont souligné les deux députés au cours d'une conférence de presse ce mercredi 6 octobre. Dans les filières scientifiques et techniques aussi, les filles restent hélas très minoritaires.

Les députés proposent la création d'un Observatoire des enfants afin de suivre ces questions d'égalité via la mise en place d'un Indice de stéréotypie de genre. Karine Lebon et Gaël Le Bohec soumettent également l'idée de développer l'éducation à la sexualité dans les écoles et ce dès la maternelle, et d'inviter des associations LGBTQIA+ dans les établissements.

"Il faut aussi repenser l'aménagement des espaces scolaires pour une meilleure appropriation par tous" explique Gaël Le Bohec. "Les sanitaires sont souvent bien trop sales, et 78,5% des toilettes pour filles en CM2 n'ont pas de poubelle" déplore Karine Lebon.

Pour l'écoute et l'aide des familles et des enfants dans les Outre-mer, les deux députés appellent à prendre en compte les spécificités de ces territoires, alors que les violences sexistes sont davantage exacerbées. "Les préjugés sexistes sont accentués dans les Outre-mer, le rôle de la mère par exemple est respecté mais très stéréotypé, ce qui légitime aussi des grossesses précoses. Quand on voit à La Réunion que venons d'avoir le tout premier festival LGBTQIA+ tout ceci est très nouveau" note Karine Lebon.

Pour les Outre-mer, les députés proposent aussi la possibilité de discuter en langue régionale lors de l'usage des numéros verts pour harcèlement et violence numérique. "Cela passera par l'appui des associations locales, je suis moi-même régulièrement en contact avec le collectif Elianna et ils ne demandent que ça, de prendre la main sur ces numéros pour accompagner et aider les enfants" explique la députée réunionnaise.

Nous résumons l'ensemble des 21 recommandations ci-dessous :

1 • Mettre en place un accompagnement à la parentalité, avec des outils pédagogiques, en passant par des tutoriels pratiques fournis par la CAF ou des séances d'échange mises en place par les mairies.

2 • Mettre en place des seuils positifs et progressifs (d'ici 2030) du sexe le moins représenté dans les formations pour les métiers de la petite enfance et d’enseignants du primaire et du secondaire jusqu’à atteindre un objectif de 40%, et avec un compte-rendu annuel.

3 • Revaloriser les rémunérations des professionnels de la petite enfance, des enseignants et du personnel scolaire, inciter à la mixité via des campagnes.

4 • Renforcer le dispositif du congé parental, avec une rémunération calculée en pourcentage du salaire du parent qui demande à en bénéficier, afin d’inciter davantage de pères à le prendre pour s’occuper de leurs enfants en bas âge.

5 • Prévoir dans les fédérations sportives un module de formation obligatoire aux stéréotypes de genre, avec des messages de prévention affichés comportant un numéro dédié pour signaler les comportements inappropriés. Demander aux fédérations de présenter un plan de féminisation pour développer la pratique du sport féminin.

6 • Fournir aux élèves de primaire des manuels de lecture récents, conformes aux dernières réformes de programmes.

7 •  Repenser l’aménagement des cours de récréation, avec des équipements sportifs pour permettre aux filles et aux garçons de jouer ensemble, prévoir également des espaces favorisant la mixité. L'aménagement des toilettes pour filles et surtout leur propreté doit être une priorité.

8 • Créer un label égalité pour les manuels scolaires, décerné par le ministère de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports.

9 • Inscrire des ouvrages de littérature de jeunesse pour le cycle 2 (CP, CE1, CE2), des albums et des livres illustrés mettant l’accent sur l’égalité entre les filles et les garçons.

10 • Faire de l’égalité entre les femmes et les hommes une priorité irriguant l’ensemble des programmes scolaires et renforcer la collaboration entre le Conseil supérieur des programmes et les éditeurs de manuels scolaires.

11 • Introduire dans la formation des enseignants un module de formation obligatoire de sensibilisation aux stéréotypes de genre.

12 • Prendre en compte les spécificités des Outre-mer, en s’appuyant sur les associations locales et en les soutenant fortement, par notamment un financement pérenne.

13 • Comme pour les métiers de la petite enfance, prévoir dans l’enseignement secondaire des seuils positifs sur cinq ans pour atteindre une proportion de 40% du sexe le moins représenté, pour davantage de mixité.

14 • Idem dans l’enseignement supérieur, dans les classes préparatoires aux grandes écoles (CPGE) scientifiques, en prévoyant des comptes rendus annuels.

15 • Demander aux Régions de fournir au ministère de l’Éducation nationale, de la jeunesse et des sports, un bilan annuel des actions d’information menées dans les établissements scolaires.

16 • Mettre en oeuvre des actions de bénévolat et mentorat pour ouvrir les écoles au monde scientifique et industriel. Amplifier et généraliser les initiatives développées par des associations comme Elles Bougent, pour les formations d’ingénieurs, ou Animath, pour les mathématiques.

17 • Mettre en place un enseignement, après formation des enseignants, consacré au respect de l'autre, avec des outils pédagogiques fournis aux élèves sur le sujet dès le plus jeune âge, pour développer l’empathie, la communication bienveillante et les compétences psycho-sociales.

18 • Étendre le dispositif des référents égalité à l’ensemble des écoles élémentaires.

19 • Créer un Observatoire des enfants avec experts et personnalités qualifiées en vue de publier un baromètre annuel, en partenariat avec UNICEF France, sur la base des résultats des Consultations nationales des 6/18 ans. L'occasion de faire le suivi d’un Indice Synthétique de Stéréotypie de genre que les académies transmettraient tous les ans à l’Observatoire des enfants pour qu’il en fasse la synthèse au niveau national.

20 • Fusionner le 3020, le numéro vert national dédié au harcèlement à l’école, et le 3018, le numéro vert national pour les jeunes victimes de violences numériques et leurs parents, pour avoir un numéro unique et accessible 24 heures sur 24. Prévoir la possibilité d’échanger en langue régionale dans les Outre-mer. Renforcer les équipes qui les composent et diversifier les modalités de saisine (par exemple par tchats), pour apporter des réponses plus rapides. Communiquer sur ce numéro via les réseaux sociaux.

21 • Faire de l’éducation à la sexualité en milieu scolaire un enseignement obligatoire spécifique, et non plus transversal, dispensé dès la maternelle. La notion de consentement doit être au centre, ainsi que sur la prévention contre la pornographie. Prévoir également dans le secondaire l’intervention d’associations sensibilisant les jeunes aux droits des LGBTQIA+.

mm/www.ipreunion.com / [email protected]

   

1 Commentaire(s)

Eleferosi, Posté
"On pense que c'est aux mères d'éduquer les enfants"...sinon qui d'autre ' On est une société matriarcale à la Réunion et en général les femmes possèdent un instinct de survie tandis que les hommes ont plutôt tendance à s'autodétruire. Et ça c'est sociologique, pas genré.