Artisanat :

Vétiver : une couverture d'avenir


Publié / Actualisé
Légère, isolante, naturellement insectifuge, la paille de vétiver qui était hier un sous-produit de l'activité de distillation s'impose aujourd'hui en première intention comme un matériau biosourcé, d'autant plus précieux qu'il est rare, durable, renouvelable et si typique de la case créole.
Légère, isolante, naturellement insectifuge, la paille de vétiver qui était hier un sous-produit de l'activité de distillation s'impose aujourd'hui en première intention comme un matériau biosourcé, d'autant plus précieux qu'il est rare, durable, renouvelable et si typique de la case créole.

De-ci, de-là, sur la côte Ouest notamment, de charmantes villas montrent des toitures à la texture tout à la fois légère et épaisse, sous une discrète résille… Des toits et couvertures de varangues en vétiver. Ils étaient devenus si rares avec le temps, que le retour de ce matériau dans le domaine de la construction interpelle. 

La révolution du vétiver réside dans le fait que ses qualités en matière d’isolation ont pris le pas sur son huile essentielle et qu’il est aujourd’hui cultivé pour sa paille quand l’essence chère aux parfumeurs n’intervient plus qu’à la marge, si tant est qu’on s’en donne la peine. Fait plaisant, ce matériau on ne peut plus " écolo " est aujourd’hui précieux quand jadis il était rustique et populaire.

Il fait pourtant partie de la vie réunionnaise depuis la fin du XVIIIe siècle. Il a été importé à La Réunion, depuis la Chine, dans les années 70 (entre 1770 et 1774), par Joseph-François Charpentier de Cossigny, ingénieur et explorateur qui eut le bon goût de nous donner aussi le divin letchi. 

Aujourd’hui après des décennies de béton et de tôle, La Réunion tente de renouer avec ses traditions et des matériaux plus adaptés à nos latitudes, comme le bois et… le vétiver justement. Jadis, on le destinait à bien des emplois, de la construction à la fabrication de brosses, en passant par la protection du linge de par ses qualités insectifuges, comme le camphre. Pour se garantir une couverture en vétiver, il faut s’assurer de la ressource et réserver sur pied, à même le champ pour ainsi dire, car la paille de vétiver est rare. Les artisans doivent donc planter par anticipation le vétiver, le cultiver en fonction des commandes… D’expérience, pour un toit approchant 30 m2, soit de quoi couvrir un cabanon de 20 m2 en moyenne, on aura besoin de cultiver 500 m2 de vétiver ; pour une case avec 150 m² de toiture, ce sont 3000 m² qu’il faudra faire pousser, récolter, sécher… 

L’investissement vaut le détour, car ce type de couverture est assez fiable, il suffit de jeter un œil aux cases du lotissement Dodin, à La Possession, elles ont été construites en 1972 et conservent la chevelure de vétiver qui leur donne un cachet unique. 

- Une couverture en vétiver peut durer de 10  à 15 ans -

Pour ceux qui font " Paille en toit, une entreprise familiale conduite par Jean Wally Romely, il n’y a rien d’étonnant à donner dans l’innovation avec un matériau lontan, car ils en connaissent les vertus et comptent parmi les derniers producteurs de l’île.

Les frères Romely ont succédé à leur père, et fait évoluer la technique en fonction de l’environnement. " Dans l’absolu, une couverture en vétiver peut durer de 10 à15 ans, selon l’angle de la toiture ", explique le frère du patron, qui fignole la varangue d’un chantier récent, au ciseau, brin par brin, " plus la toiture est pentue plus ça dure, car cela limite les infiltrations (…) nous installons la paille à la main, ficelée sur des supports de bambou, c’est imputrescible le bambou et on en trouve beaucoup à La Réunion (…) on a remplacé le grillage qui protégeait la couverture pour éviter la corrosion rapide de ce matériau, surtout en bord de mer. Nous l’avons remplacé par des filets enveloppants, plus faciles à utiliser et plus durables… " Les avantages d’un tel matériau se trouvent dans sa légèreté qui joue sur celle de la charge suspendue.

Par ailleurs, ses qualités isolantes sont multiples dans une approche de construction bioclimatique. Un toit en vétiver isole la case de la chaleur du soleil, et ne présente aucune inertie thermique, en ce sens qu’il ne stocke pas la chaleur contrairement au béton qui en restitue de nuit. Il garantit encore une isolation phonique incomparable à celle de la tôle. En tant qu’isolant utilisé intérieur, la performance thermique des fibres de vétiver est équivalente à celle de la laine de verre et de la ouate de cellulose traitée, la même étude IsoBioDom qui l’établit, atteste encore de ce que termite souterrain (Coptotermes gestroi) ne consomme pas le vétiver. 

La récolte du vétiver débute lorsque les feuilles jaunissent, début mai et se pratique jusqu’en novembre en fonction de l’avancement des plantations. La coupe se déroule donc de mai à novembre. Pour obtenir une paille d’une longueur utilisable, les feuilles sont coupées à leur base. Puis les tiges sont reliées en fagots au niveau de la section des feuilles, avec un lien de ficelle ou de paille, et ainsi conditionnées, stockées pour séchage. 

Les fagots pour faire couverture nécessitent d’être fixés à une charpente, faite de chevrons et d’aiguilles, nécessairement pentue, pour que l’eau glisse sans pénétrer la couche de vétiver.

- Résistance au feu -

En général, les chevrons, de section ronde, sont issus d’un bois aux qualité insectifuges, comme le cryptomeria, du margozier, de bambou, ou toute autre essence présentant les mêmes avantages. Les gaulettes, sont d’ordinaire en bambou, imputrescible, voire en bois de goyavier, elles se fixent sur les chevrons à intervalle de 15 à 20 cm. Les fagots de vétiver séchés d’environ 10 cm de diamètre, se fixent à partir du bas, entre les gaulettes.

Les liens viennent solidariser les fagots entre eux, par séries de 5 à 7… et l’on procède ainsi rangée par rangée, avec le souci constant de bien serrer les fagots entre eux. Les rangées successives se superposent comme une série d’écailles, de tuiles ou de bardeaux, de telle sorte que l’eau qui s’écoulera vite du fait de la pente ne pourra traverser la couverture. Le faîte du toit est couvert par un pli de fagots antagonistes superposés. Un grillage ou un filet parfait d’ordinaire le dispositif.

En la matière des perspectives intéressantes ont été approchées courant 2007, des tests d’ignifugation et normalisation ayant été engagés avec le SDIS, des contacts pris avec la société Protecflam dont le produit Hydroflam BC11 était destiné à une protection au feu de type M1, ce qui garantit un matériau comme étant difficilement inflammable et en conséquence adapté à des établissement recevant du public (ERP). La norme étant que le matériau résiste au feu au moins 15 minutes, le temps d’évacuer le bâtiment.

Les tests d’homogation de l’Hydroflam BC11 avaient été réalisés avec succès sur du pin, une essence jugée plus inflammable que le vétiver. Mais il restait à les appliquer à la botte de vétiver et à en transmettre les résultats au Laboratoire National d’Essais… procédure alors non achevée. Il faudrait la relancer avec les moyens actuels pour espérer débloquer une normalisation européenne nécessaire pour l’emploi de ce matériau en contexte ERP. L’architecture locale ne s’en porterait que mieux.

plc/www.ipreunion.com / [email protected]

   

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