Selon l'examen des photographies et vidéos :

Cachalot échoué à la Grande Chaloupe : l'hypothèse d'une collision violente avec un navire


Publié / Actualisé
L'échouage d'un cachalot au large de la Grande Chaloupe le 23 novembre 2021 pourrait être lié à "une collision violente avec un navire" selon l'association Globice. Cette hypothèse est celle qui est pour l'heure privilégiée, après examen des photos et vidéos de la carcasse. Rappelons qu'aucune nécropsie n'avait pu être possible en raison de l'état de putréfaction de l'animal. La carcasse du cachalot avait été ramenée vers le large. Nous publions ci-dessous le communiqué de Globice (Photo rb/www.ipreunion.com)
L'échouage d'un cachalot au large de la Grande Chaloupe le 23 novembre 2021 pourrait être lié à "une collision violente avec un navire" selon l'association Globice. Cette hypothèse est celle qui est pour l'heure privilégiée, après examen des photos et vidéos de la carcasse. Rappelons qu'aucune nécropsie n'avait pu être possible en raison de l'état de putréfaction de l'animal. La carcasse du cachalot avait été ramenée vers le large. Nous publions ci-dessous le communiqué de Globice (Photo rb/www.ipreunion.com)

"Malgré l'impossibilité d'effectuer une nécropsie sur le cadavre du cachalot échoué le 23 novembre dernier à la Grande Chaloupe en raison de son niveau avancé de putréfaction, l’examen a posteriori des photographies et des vidéos de la carcasse en lien avec l’Observatoire Pelagis permet de formuler une cause probable de la mort de l'animal : la collision violente avec un navire.

Alertée en fin de matinée par un transporteur ayant aperçu la dépouille d’un grand cétacé à la dérive au large de la Nouvelle Route du Littoral, l’équipe de Globice s’est rapidement rendue sur place pour constater la situation et organiser la gestion de l’échouage. Dérivant progressivement jusqu’à la côte, le cétacé a pu être identifié comme étant un cachalot d’environ 11 mètres de long pour 7 à 8 tonnes et de sexe indéterminé. Le décès de cet individu remontait à plusieurs jours au vu de son état de putréfaction avancé, interdisant toute nécropsie.

Des prélèvements de peau ont pû être effectués par la société OCETRA et remis à Globice en vue d’une analyse génétique. La carcasse a dérivé Sud-Ouest aux grés des courants marins pour se retrouver au niveau des acropodes de la digue, en aval de la Grande Chaloupe en fin d’après-midi. Flottant au pied des acropodes et attirant quelques requins tigres venant se repaître du cadavre, l’évacuation du corps de l’animal constituait une nécessité et une priorité urgente pour garantir la sécurité du site et les risques sanitaires liées à ce type de situation.

Réunis dès le milieu d’après-midi, la préfecture, l’Etat major de zone, l'Action de l'Etat en Mer, les services de l’Etat (DEAL, DMSOI, DAAF, CROSS), les services concernés de La Région Réunion et Globice ont évalué la faisabilité technique et les coûts associés des différentes solutions d’évacuation du cachalot. L’option d’un tractage de la dépouille au large, permettant d’éviter les phénomènes de dérive littorale risquant de maintenir le cadavre à proximité des côtes, a été retenue.

Vers 18h, une équipe de la société TSMOI et un responsable de Globice, sont intervenus pour prendre en charge l’animal et assurer son transfert loin des côtes habitées. La dépouille a été larguée à 21h25 au-delà de 12 miles nautiques (soit près de 23km) là où les modélisations prévoient des courants océaniques susceptibles de ne pas risquer un nouvel échouage et de faciliter la dégradation naturelle du corps du cachalot (modèle MOTHY de Météo France). A cette distance de la côte, le cadavre présente un danger minimal pour la navigation.

Lire aussi - Cachalot échoué à la Grande Chaloupe : la carcasse évacuée vers le large

- Evaluation de la cause de la mort -

L’examen a posteriori des photographies et des vidéos de la carcasse du cachalot ainsi que l’expertise de Willy Dabin de l’Observatoire Pelagis ont permis d’orienter notre réflexion sur une cause probable de la mort de l’animal. En effet, plusieurs éléments complémentaires ont pu être apportés par l’examen attentif des photographies :

• La présence d’une coloration bleue verte de certaines parties du corps, notamment au niveau du moignon de la caudale et le long de la ligne de flottaison en arrière de la pectorale côté ventrale. Cette coloration pourrait être imputable à un développement bactérien de type Pseudomonas aeruginosa ou de dinoflagellés. Néanmoins, et notamment du fait d’une localisation très limitée de cette coloration, on ne peut exclure que cette dernière soit due à des traces provenant d’un transfert de peinture.

• La présence d’hématomes diffus importants (coloration ocre à rouge lie de vin de la couche de lard) en zone prédorsale et en zones dorsale et ventrale postérieures à la tête, et pédoncule caudal.

• La présence d’un changement macroscopique de l’aspect de la peau sur la zone latérale du flanc droit, donnant l’impression d’une dépression. Cette lésion serait imputable à un hématome sous-jacent, possiblement provoquée soit par un impact direct du flanc droit, soit par un impact au niveau de la zone immergée de la carcasse (flanc gauche) par répercussion de l’onde de choc.

• La présence d’effusions sanguines sur le tronçon caudal.

• L’absence totale de caudale avec absence des dernières vertèbres caudales orienteraient davantage vers une amputation nette plutôt que vers une prédation erratique par les nécrophages. Etant donné l’absence d’effusion sanguine à son niveau, il semblerait que la caudale ait été amputée après la mort de l’animal

• La présence d’un renflement non anatomique rectiligne et oblique en arrière de la tête, avec dislocation entre la tête et la colonne vertébrale, qui pourrait correspondre à une fracture au niveau des premières vertèbres cervicales.

• La présence de lésions semi circulaires de type coupe nette en arrière de l’oeil. L’intervalle entre ces lésions semble trop petit pour laisser penser à une blessure infligée par l’hélice d’un bateau et pourrait davantage être imputable au stabilisateur d’étrave d’un petit bateau

• La présence d’un dessin géométrique ayant imprimé durablement les tissus sur la partie latérale droit de l’individu en arrière de la pectorale. Cette marque, sans correspondance anatomique, semble d’origine anthropique et la forme pourrait s’apparenter à l’extrémité d’une ancre de bateau

Les hématomes diffus et les effusions sanguines semblent avoir été occasionnés du vivant de l’animal. Leur présence orienterait vers une mort de l’animal par traumatisme aigu important. Au regard des éléments observés, une collision avec l’étrave d’un navire semble être la cause la plus probable de la mort de l’animal.

La dislocation cranio-vertébrale, probablement antemortem (même si aucun élément ne nous permet de le certifier) témoigne de la violence de la collision. Lors/ ou à la suite de cette collision l’animal aurait été " marqué " par un équipement attaché au niveau de la ligne de flottaison tel qu’une ancre marine, suspendue à l’écubier de l’avant d’un bateau, laissant une empreinte géométrique sur le flanc de l’animal.

La présence de lésions semi-circulaires en arrière de l’oeil pourrait faire penser à des lésions causées par le stabilisateur d’étrave d’un petit navire. Enfin, l’amputation de la caudale, probablement post mortem, pourrait être imputable au passage de l’animal dans une hélice.

Ces lésions, survenues post mortem, ont probablement été provoquées secondairement au traumatisme majeur ayant causé la mort de l’animal, sur la carcasse à la dérive.

La mort de l’animal semble dater de 3 à 8 jours. L’application du modèle de dérive inverse permettrait de savoir, avec l’incertitude inhérente à une telle méthode, dans quelle zone la mort, et donc potentiellement la collision, a eu lieu. Pour l’instant, seule une dérive inverse de 72 heures (soit 3 jours) a été appliquée et situe l’animal à Sainte Suzanne le 20/11 à 12h00 (Cartographie 3 communiquée par le CROSS). Une modélisation de dérive inverse sur 72 heures supplémentaires a été demandée."

   

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