Victoire massive du non à l'indépendance :

Nouvelle-Calédonie : vers une nouvelle période d'instabilité


Publié / Actualisé
Le troisième référendum d'autodétermination de la Nouvelle-Calédonie devait clore le cycle ouvert par les accords de Matignon et de Nouméa, après une période d'extrêmes violences... Le "Non" à l'indépendance l'a emporté à une écrasante majorité. Mais le refus du FLNKS de participer à ce scrutin, le troisième, après ceux de 2018 et 2020, laisse augurer une nouvelle séquence difficile, sur fond de tensions internationales et de guerre froide sino-américaine.
Le troisième référendum d'autodétermination de la Nouvelle-Calédonie devait clore le cycle ouvert par les accords de Matignon et de Nouméa, après une période d'extrêmes violences... Le "Non" à l'indépendance l'a emporté à une écrasante majorité. Mais le refus du FLNKS de participer à ce scrutin, le troisième, après ceux de 2018 et 2020, laisse augurer une nouvelle séquence difficile, sur fond de tensions internationales et de guerre froide sino-américaine.

Ce dimanche 12 décembre 2021 la Nouvelle Calédonie a répondre pour la troisième fois à la question suivante : "Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ?"

Le "Non" l'a emporté à une écrasante majorité. Cela alors que le contexte politico-administratif extraordinaire et provisoire mis en place par les accords de Matignon, puis ceux de Nouméa, tendait à privilégier une option contraire.

Suite à plus d’une décennie de troubles suscitant un risque réel  de guerre civile entre indépendantistes mélanésiens kanaques et néo-calédoniens loyalistes, " caldoches ", wallisiens, futuniens, tahitiens et métros " zoreils ", au cours des années 80, Michel Rocard avait orchestré les accords de Matignon (1988) pour restaurer la paix civile ; initiative complétée par ceux de Nouméa, sous l’égide de Chirac (1998), qui ont organisé la consultation des populations sur le devenir politique du territoire, via une série de référendum lors desquels les seuls inscrits d'un corps électoral gelé à ce qu'il était en 1998 sont autorisés à voter.

Ce dispositif prive plus de 40.000 citoyens français de Nouvelle-Calédonie d’une part importante de leurs droits civiques, ainsi que leurs descendants, exclus des élections locales et territoriales. Cette discrimination "positive" a été imposée pour donner un avantage aux indépendantistes, majoritaires chez les mélanésiens, 25 % des résidents, installés sur le territoire après le 31 décembre 1994, étant exclus du droit de vote local et référendaire.

A ce statut de sous-citoyens, il faut ajouter l’inscription automatique des Kanaks sur les listes électorales, quand les non mélanésiens se voient imposer des procédures pour le moins dissuasives.

Néanmoins, les scores majoritaires opposés à l’indépendance obtenus lors des scrutins de 2018 et 2020, ont montré un profond attachement de la population à la citoyenneté française.

- Un deus ex machina chinois intervient dans l’équation politique -

Un troisième succès du Non se dessine pour le 12 décembre, suite refus du FLNKS entre autres partis indépendantistes, océaniens notamment, de participer aux opérations de vote, quand ils ont eux-mêmes initialement réclamé ce référendum, avant d’en exiger le report. Une requête a même été soumise au Conseil d’État, le 3 décembre dernier, en référé, afin d'ordonner le report de la consultation au 2 octobre 2022.

Pour le FLNKS, il était question d’éviter une "atteinte grave au principe d'égalité devant le suffrage" (sic) du fait de la situation sanitaire et de la proximité du référendum avec la présidentielle ; le Conseil d’État a rejeté cette procédure. Il découlera évidemment, de la part du FLNKS, une remise en cause de tout le processus. Mais avec le succès du Non, il ne saurait être question de maintenir le corps électoral tronqué imposé depuis 30 ans. Les indépendantistes vont donc être ramenés à leur réelle représentativité politique jusque dans les scrutins locaux. Ce qui risque de tendre une situation déjà délétère.

La fin du statu quo issu des accords de Matignon-Nouméa devrait en conséquence ouvrir la voie à la construction d’un nouveau type de collectivité territoriale, doté d’un statut d’autonomie avancé, conservant certains des acquis de la période antérieure, proche de celui qui existe en Polynésie française, à ceci près que serait préservée la dose d’autonomie politique dont disposent aujourd’hui les provinces et assemblées néo-calédoniennes.

De quoi donner des idées au reste de l’outre-mer français, La Réunion y compris.

Néanmoins, la stratégie de rupture vers laquelle tendent les indépendantistes suscite des craintes. Par ailleurs, un deus ex machina chinois intervient dans l’équation politique. Selon un récent rapport de l’Institut de Recherche Stratégique de l’École Miliaire (RSEM), Pékin est très actif à l’endroit des mouvements indépendantistes néo-calédoniens.

Lesquels éprouvent de gros besoins financiers pour compenser l’état de quasi-faillite dans lequel se trouve la Société de financement et d'investissement de la province Nord (SOFINOR) figure de proue du FLNKS…

La couverture de cette énorme dette induirait une nouvelle dépendance des mélanésiens vis à vis de Pékin, la politique d’expansion de la Chine dans cette région du monde l’ayant déjà conduite à une subordination politique des micro-États de l’arc de la Mer de Corail, avec à la clé des accords de défense, et l’installation de bases militaires.

pl/www.ipreunion.com / [email protected]

   

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