Violente agression lesbophobe au Tampon :

Homophobie : deux pas en avant, un pas en arrière


Publié / Actualisé
2021 aura été une année charnière pour la communauté LGBTQIA+ de La Réunion : première marche des visibilités, ouverture d'un centre à Saint-Denis, organisation d'un festival, tenue de la première journée du souvenir trans...Mais derrière ces avancées significatives, l'ombre de l'homophobie et de la transphobie n'est malheureusement jamais bien loin. Preuve en est avec l'agression violente dont a été victime une jeune femme lesbienne en début de semaine, au Tampon.
2021 aura été une année charnière pour la communauté LGBTQIA+ de La Réunion : première marche des visibilités, ouverture d'un centre à Saint-Denis, organisation d'un festival, tenue de la première journée du souvenir trans...Mais derrière ces avancées significatives, l'ombre de l'homophobie et de la transphobie n'est malheureusement jamais bien loin. Preuve en est avec l'agression violente dont a été victime une jeune femme lesbienne en début de semaine, au Tampon.

C’est la tête dans les nuages que la semaine précédente s’était pourtant terminée pour beaucoup. Du lundi au dimanche, la Cité des Arts dionysienne a accueilli une semaine dédiée à l’art queer, qui s’est clôturée avec le premier " ball " de l’île. Un moment de célébration de la culture LGBTQIA+, où chacun.e a pu se retrouver, souffler, échanger, et par dessus tout se sentir en sécurité. Le retour à la réalité n’en est donc que d’autant plus violent.

Ce lundi, Julie a eu le malheur de croiser sur son chemin deux jeunes alors qu’elle tenait la main de sa petite-amie. Violemment agressée, elle ressort de l’hôpital avec plusieurs traumatismes crâniens, des points de suture, une lèvre ouverte, et probablement un choc dont elle aura longtemps les séquelles. Un sort qui aurait pu être pire encore. Quatre jours après, deux mineurs ont été placés en garde à vue. Entre la violence des coups portés et le jeune âge des agresseurs présumés, l’histoire nous rappelle violemment à la réalité : à quelques jours de 2022, les personnes homosexuelles ou transgenres ne sont toujours pas totalement en sécurité dans l’espace public.

Comme pour les droits des femmes, il semble qu’à chaque avancée, une levée de bouclier violente suive automatiquement. On se rappelle notamment de l’apparition de tags homophobes un peu partout dans Saint-Denis et Saint-Gilles après la première marche des visibilités, en mai dernier. Interpellé peu après, l’auteur des tags - qui comparait l’homosexualité à la pédocriminalité, rien que ça - avait admis que cette marche l’avait motivé à errer dans l’île pour peindre les murs avec ses mots orduriers.

Ironie de la chose, la marche des visibilités avait de base été organisée en réponse…à des insultes lesbophobes adressées à Mathilde Lebon, militante féministe et lesbienne. Présente à la marche des fiertés parisiennes, elle avait provoqué la colère de certains pour avoir oser brandir un panneau "Lesbiennes réunionnaises, nou exist". Quelques mots qui avaient hérissé le poil de nombreux homophobes, qui s’étaient alors armés de leur clavier pour l’insulter, voire la menacer.

- Haine en ligne et difficultés à porter plainte -

Et la haine en ligne n’est malheureusement que le quotidien des personnes kwir, réunionnaises ou pas. En fin d’année 2020, Brandon Gercara, fondateur.ice de l’association ReQueer, avait aussi été la cible d’un harcèlement violent après la publication d’une interview sur les réseaux sociaux. Encore une fois, un déferlement de haine s’était abattu sur iel*.

Pour ne rien arranger, iel avait eu toutes les peines du monde à porter plainte pour insultes homophobes et transphobes : à l’époque, iel nous expliquait lors d’une interview que la gendarme en charge de prendre sa plainte lui avait refusé ce droit, arguant qu’à La Réunion, "la LGBTphobie n’existe pas". Si Brandon Gercara a fini par pouvoir porter plainte, aucune suite n’a encore été donnée plus d’un an plus tard.

Loin de nous l’idée de plomber l’ambiance, nous sommes d’ailleurs les premiers à se réjouir de voir enfin la parole et les corps se libérer. Mais derrière toutes les festivités qui ont pu être réalisées cette année, le chemin à parcourir reste encore long. Eduquer, sensibiliser, mais aussi condamner les violences aussi bien verbales que physiques, tout cela est essentiel pour pouvoir avancer. Pour qu’enfin, tenir la main de sa/son compagne/compagnon ne relève plus d’un acte de bravoure, mais uniquement d’amour.

A Julie et sa petite-amie, nous adressons tous nos voeux de prompt rétablissement et les assurons de notre soutien.

*pronom non-binaire

as/www.ipreunion.com / [email protected]

   

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