Bonne nouvelle pour les nappes phréatiques :

Après deux ans de sécheresse, le grand retour de la saison des pluies


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Les quinze premiers jours de l'année 2022 ont été rythmés par de forts épisodes de pluies. Une bonne nouvelle pour les nappes phréatiques de l'île qui n'attendaient que ça, alors que La Réunion traverse depuis deux ans des épisodes de sécheresse sans précédent. (Photo rb/www.ipreunion.com)
Les quinze premiers jours de l'année 2022 ont été rythmés par de forts épisodes de pluies. Une bonne nouvelle pour les nappes phréatiques de l'île qui n'attendaient que ça, alors que La Réunion traverse depuis deux ans des épisodes de sécheresse sans précédent. (Photo rb/www.ipreunion.com)

L'année a commencé sous la pluie et les orages. Rivières et ravines submergées, trombes d'eau au niveau des cascades, perturbations sur le réseau d'eau...  La météo de ces derniers jours n'a pas beaucoup laissé la place au soleil.

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"On a eu un début de saison des pluies incroyable ; c'est l'équivalent d'un mois de pluie qui est tombé sur le département" note Tarik Kriat, prévisionniste au centre météorologique régional, spécialiste des cyclones chez Météo France. "Le nord et l'est de l'île ont été particulièrement touchés. Les épisodes de sécheresse de ces dernières saisons ont eu des conséquences sur les nappes phréatiques. Donc là c'est une bonne nouvelle pour les ressources en eau" observe-t-il.

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La pluie ne devrait pas s'arrêter avant la fin de la semaine prochaine. La saison cyclonique, elle, prend du temps à démarrer. Elle doit se finir le 30 avril mais "tout au long de l'année, un cyclone peut arriver à tout moment avant la fin de cette période" rappelle le prévisionniste. "Pour l'heure, un système se forme à 500 kilomètres au nord de Madagascar ; ça peut ensuite devenir une tempête avec de fortes pluies mais pour le moment, cela ne représente pas de risque pour La Réunion", poursuit Tarik Kriat. Il faut donc rester informé des prochains bulletins météo, fait-il remarquer.

- Après la sécheresse, vient la pluie -

La saison des pluies a démarré sous les plus beaux auspices, ce qui n'est pas pour déplaire aux nappes phréatiques de La Réunion. Un "mauvais temps" finalement positif. Fin 2021, les ressources en eau étaient déficitaires, causant alors des coupures dans cinq communes de l'est, notamment sur Saint-André.

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"Les précipitations d'avril et fin août ont permis de finir l'année avec un état assez conforme à la normale, excepté sur trois secteurs : le littoral ouest avec la Saline-les-Bains, Saint-Gilles et Trois-Bassins, au Port et à la Possession avec sa plaine des Galets, et le secteur de Saint-André. L'année 2020 a elle aussi été marquée par la sécheresse", affirme Anli Bourhane, hydrogéologue de l'Office de l'eau de La Réunion.

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A l'inverse, en 2018, l'île a été particulièrement bien arrosée avec le passage de quatre dépressions tropicales entre janvier et avril. "On a eu une recharge très satisfaisante pour que le niveau d'eau dans les nappes restent suffisamment haut". La Réunion vivait donc sur cette réserve, grâce aux importantes averses.

Avec cette pluie de début d'année 2022, les déficits enregistrés commencent à être compensés et "cela se voit déjà dans les cours d'eau, qui sont plus réactifs. Les pluies de la première quinzaine de janvier nous laissent penser à une recharge significative qui va pouvoir alimenter nos nappes pour résorber cette situation et donc avoir un niveau excédentaire", explique l'hydrogéologue de l'Office de l'eau.

"Si les observations sont variables, les niveaux d'eau dans les nappes du nord et l'est de l'île sont en augmentation", poursuit le spécialiste. Les fortes précipitations avaient alors conduit Météo France à placer ces zones en vigilance fortes pluies - orages sur le week-end du 15 janvier, ou encore dans l'ouest au début de la semaine du 17 janvier. 

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- Les nappes phréatiques se remplissent -

"40% de l'eau de pluie va alimenter les nappes ; il va falloir attendre un à trois mois pour voir son influence sur la quantité en eau disponible pour être distribuée. Pour une bonne saison des pluies, en cumul annuel, il faut près de 3.000 millimètres d'eau dans la partie ouest de l'île et 6.000 millimètres d'eau pour l'est" détaille Anli Bourhane. Pour ce dernier, l'île est bien partie pour atteindre ces seuils d'ici la fin d'année "s'il continue de pleuvoir de cette façon". En moyenne, il faut pour une bonne année hydraulique 7,5 milliards de m3 d'eau et 3,5 milliards de ce volume vont alimenter les nappes.

En chiffres, à Saint-André, la nappe phréatique qui permet d'alimenter la ville en eau enregistrait un niveau au 31 décembre de 9,50 mètres contre 9,54 à l'heure actuelle. Sur Saint-Benoît, on assiste également à une remontée. Au 1er janvier, nous étions à 14 mètres et le niveau à la mi-janvier se situe autour de 15,50 mètres d'après les données relevées par l'hydrogéologue.

Dans le nord, on notait pour le secteur de Saint-Denis près de 8,5 mètres d'eau dans les nappes contre 4 mètres fin décembre 2021. L'ouest de l'île n'affiche cependant pas pour le moment "d'amélioration visible, que ça soit au Port ou à Saint-Gilles", poursuit le spécialiste. Ce dernier fait également remarquer que le débit de la Rivière des Galets, qui vient alimenter une partie des ressources en eau de l'ouest, devrait s'établir pour l'heure à 600-900 litres d'eau par seconde contre 500 litres en décembre.

Cette évolution du débit a également été remarquée lors d'une visite de reconnaissance le mercredi 19 janvier dans ce secteur. "Les 4x4 ne passaient pas au vu de la montée de l'eau dans la rivière ; on en avait pour 70 centimètres. Une partie de la piste de la Rivière des Galets a dû être fermée suite à cette complication", explique Edouard d'Hotman, chargé d'opération et référent technique de la piste de la Rivière des Galets. "Ces dernières années, nous avons eu une importante période de sécheresse ; là on retrouve un débit normal avec ces grosses précipitations. Là ça coule, ça coule ! On attendait que ça pour remplir les réservoirs d'eau", s'enthousiasme le chargé d'opération.

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Si les pluies vont être bénéfiques pour recharger les nappes phréatiques, il est tout de même observé que ces dernières années des périodes de sécheresse sont plus fréquentes, et que la pluie se fait plus rare. "Entre octobre et décembre, nous avions suffisamment d'eau. Mais d'année en année, on a des situations qui se compliquent et cela s'observe de plus en plus souvent", regrette Anli Bourhane.

ef/www.ipreunion.com / [email protected]

   

2 Commentaire(s)

Pognon, Posté
Il pleut c'est une bonne nouvelle on va pouvoir récupérer l'eau, la mettre dans des tuyaux et vous la vendre. Si c'est pas ça nous prendre pour des couillons '
Merguez poulet, Posté
Tarik Kriat ou le parfait anagramme