Un débrayage était organisé ce lundi :

A l'Office de tourisme intercommunal du nord, le mal-être pèse sur les employés


Publié / Actualisé
C'est sous la pluie que huit des 14 salariés de l'office de tourisme intercommunal (OTI) du Nord ont débrayé ce lundi 24 janvier 2022. Réunis devant l'office de Saint-Denis, rue de Paris, le personnel présent dénonce un mal-être grandissant depuis la prise de poste de leur directrice, il y a désormais trois ans. Arrêts maladies, accidents du travail, impossibilité d'effectuer leur travail dans de bonnes conditions, les problématiques dénoncées sont nombreuses. Le dialogue avec la direction serait aujourd'hui rompu (Photo rb/www.ipreunion.com)
C'est sous la pluie que huit des 14 salariés de l'office de tourisme intercommunal (OTI) du Nord ont débrayé ce lundi 24 janvier 2022. Réunis devant l'office de Saint-Denis, rue de Paris, le personnel présent dénonce un mal-être grandissant depuis la prise de poste de leur directrice, il y a désormais trois ans. Arrêts maladies, accidents du travail, impossibilité d'effectuer leur travail dans de bonnes conditions, les problématiques dénoncées sont nombreuses. Le dialogue avec la direction serait aujourd'hui rompu (Photo rb/www.ipreunion.com)

Les premiers signalements remontent à 2020. A l’époque, des salariés s’entretiennent avec l’Aide aux entreprises pour améliorer les conditions et la qualité de vie au travail des salariés (Aract) à la sortie du confinement, pour alerter, justement, sur leurs conditions de travail. Aucune amélioration concrète n’est cependant apportée.

C’est début 2021 que l’Union régionale 974 s’empare du dossier. Dès février 2021, la médecine du travail alerte sur "les risques psychosociaux" au sein de l’association. Un cabinet en ressources humaines intervient auprès des salariés, et préconise la réalisation de fiches de poste, un règlement intérieur, afin de structurer l’organisme. "Nous sommes en décembre et toujours dans l’attente" note l’UR 974.

- Burn-out et inquiétudes -

Le syndicat alerte de son côté la CINOR, qui subventionne l’OTI, sur le cas de "plusieurs salariés qui souffrent et d’autres détruits par ces techniques managériales anxiogènes subies depuis plus de deux ans déjà (des nombreux arrêts maladie et accidents de travail sont constatés)".

"C’est la première fois où on se retrouve en incapacité totale de travailler " confie Catherine Glavnik, employée depuis 20 ans à l’OTI. Victime d’un burn-out en 2021, cette dernière est restée cinq mois en arrêt maladie, pointant de doigt une impossibilité de réaliser son travail. "Ca fait trois ans qu’il n’y a plus d’actions qui mettent en avant nos partenaires touristiques, nous sommes en incapacité de proposer des actions à nos prestataires, qui forcément doivent s’éloigner de nous" détaille-t-elle.

Contacté, un de ces prestataires, Geoffrey Leduc des Aventuriers de l'est, confirme une dégradation graduelle du partenariat. "L'OTI a été notre premier partenaire institutionnel en 2016, nous avons réalisé de nombreux projets ensemble. Mais depuis 2019, à la suite du changement de direction, la situation s'est peu à peu dégradée, avec des projets entamés mais jamais terminés" explique-t-il.

"L'OTI n'est plus un acteur incontournable de la zone nord, nous développons donc nos prestations sans lui, nous lui adressons nos nouveautés par courtoisie mais sans attendre de résultat" ajoute-t-il. Il précise par ailleurs qu'en 2019, l'Association Réunionnaise des Guides et Accompagnateurs Touristiques s'est réunie pour présenter une dizaine de propositions de visite à l'OTI. Des propositions restées sans réponse.

Même son de cloche du côté de Roméo Egippa, guide touristique qui travaillait depuis 2014 avec l'OTI nord. "Il était l'OTI phare de l'île, aujourd'hui il est impossible de travailler avec, depuis trois ans plus aucun projet n'abouti pour de nombreux prestataires" confie-t-il. Son produit, une visite de la rue de Paris, a été supprimé du jour au lendemain. "L'argument avancé est que je n'ai pas le diplôme officiel, mais étant auto-entreprenneur il ne m'est pas nécessaire, je travaille avec la mairie de Saint-Denis, l'IRT, le Département...Et pourtant aucun échange n'a été possible avec la direction, malgré toutes ces années de partenariat" regrette-t-il.

- Des subventions en baisse -

"J’ai honte aujourd’hui de travailler pour l’OTI, cela fait 20 ans que je suis là, j’ai même été directrice par intérim, et nous avons toujours rendu des bilans corrects, on a toujours été réglo avec les subventions qui nous sont allouées, et aujourd’hui je me retrouve impuissante en tant que cheffe de pôle production, je n’arrive plus à travailler,  nous n’avons même plus de site internet" liste-t-elle. "Je suis inquiète pour l’avenir de l’association, pour le futur des employés" souffle-t-elle.

Les subventions pour l’année 2022 ont par ailleurs été baissées, assurent les employés. Un audit a aussi été demandé, provoquant l’inquiétude. "Nous n’avons aucun véritable bilan, aucun plan d’action" notent-ils. En juillet 2019 déjà, suite à un audit de l’Office de tourisme de France, l’OTI a perdu ses avancées pour obtenir le label "Qualité tourisme". Sur trois pages de rapport, une demie-page est consacrée aux points forts. Le reste liste tous les points "sensibles", notant au passage qu'un "avis défavorable sans possibilité de rattrapage" a été décidé. "Le travail à fournir représente un travail de plus de six mois pour être efficace, opérationnel et utile" souligne le rapport.

Désormais, l'UR 974 craint un arrêt total des subventions si aucune action n'est entreprise. "On ne peut pas se présenter avec un bilan vide et espérer toucher des subventions financées avec de l'argent public" souligne-t-elle.

- Une plainte pour harcèlement envisagée -

Une ancienne employée a par ailleurs décidé de témoigner, auprès de la CINOR via l’UR 974. Elle dénonce, dans un courrier, des "agissements et des propos virulents et blessants. Je me suis sentie humiliée au quotidien, je venais travailler tous les jours avec la boule au ventre, je rentrais chez moi tous les soirs les yeux plein  de larmes" énonce-t-elle. Elle assure avoir assisté à des scènes "d’intimidation, d’humiliation et de dénigrement".

En contrat professionnel pour trois ans, elle finit par quitter son poste après seulement deux ans.  L’UR 974 réfléchit désormais une plainte pour harcèlement moral à l’encontre de la direction.

Suite au débrayage réalisé dans la matinée, un comité de pilotage est attendu jeudi pour tenter de trouver une solution à cette situation. Contactées, la CINOR ainsi que la direction de l’OTI n’ont pour l’heure pas donné suite à nos sollicitations.

as/www.ipreunion.com / [email protected]

   

4 Commentaire(s)

Pailleenqueue, Posté
Prestataire et adhérent de l'OTI Nord depuis un moment et le constat est terrible pour le personnel et pour les acteurs du tourisme. Enfin..le courage du personnel pour démontrer ce grand malaise sur le plan managérial avec une responsable qui divise pour mieux régner en bloquant de nombreux projets mettant en l'air le secteur Nord. Mme la Directrice, il faut composer avec les prestataires du tourisme qui ont que l'ambition et la passion de promouvoir le secteur Nord. Il est difficile et scandaleux d'assister à cette dégradation. Les conventions commerciales signées n'ont jamais été respecté, aucun site Internet, aucun relais, beaucoup de copinage. Il est temps que les institutions se bougent...
L'indien, Posté
C'est une HONTE pour le monde du tourisme réunionnais et surtout pour notre beau territoire du Nord qui a des trésors, des merveilles, une histoire, des hommes et des femmes qui travaillent chaque jour avec passion pour rendre ce territoire accueillant, divertissant.Pour un Office de Tourisme être incapable de mettre en avant cela, de met' en lèr nout band prestataires, juste faire en sorte que tous les dionysiens, sainte-mariens, suzannois et tous les réunionnais, français et étrangers puissent découvrir ce beau territoire, c'est une HONTE.
Massada, Posté
Bonjour, je suis prestataire à l'OTI nord depuis 2010. Nous avions jusqu'en 2019 une coopération fructueuse avec l'équipe de l'OTI nord qui comprenait nos besoins ( souvent de micro entreprises), nous soutenait et nous épaulait pour nous développer et avoir une visibilité...Comme d'autres, j'ai vu certains prestataires être éjectés sans ménagement.De mon côté je constate que nous devons communiquer par nos propres moyens ou insister pour que nos posts soient relayés, que le site internet est en éternelle réfection en dépit des retours négatifs des touristes, que nous ne pouvons plus déposer de flyers à l'accueil depuis le Covid ( car le virus y serait présent !!!).Bref nous communiquons par nos propres moyens!!!Plus grave, j'ai constaté chez les personnes référentes de l'OTI avec qui je travaille depuis plus de dix ans, du découragement, quand ce n'est pas du désespoir, de l'incompréhension et de la déstabilisation mentale, devant les directives contradictoires soufflant le chaud puis le froid, qu'il leur est demandé d'accomplir.Bref l'OTI nord semble s'auto alimenter, au détriment de l'équipe dynamique que nous connaissons et au détriment des prestataires...Il faut que cela change drastiquement...
Midiaou , Posté
En quelques années cet office est passé de dynamique et innovant à'inexistant. Quasiment pas de nouvelle proposition et malaise du personnel palpable. J'espère que la CINOR sera à la hauteur et apportera des réponses rapides et efficaces à cette situation. habitant du Nord