Trois bateaux sont échoués :

Maurice : naufrages en série et menace de pollution massive


Publié / Actualisé
Ce mercredi 23 février 2022, au sujet du Tresta Star, nous avions titré "Un naufrage peut en cacher un autre", en fait ce sont trois autres fortunes de mer qui ont envoyé à la côte les chalutiers taïwanais Wen Hang Dar 168, Foo Man Yu Feng 1 et Foo Man Yu Feng 168...
Ce mercredi 23 février 2022, au sujet du Tresta Star, nous avions titré "Un naufrage peut en cacher un autre", en fait ce sont trois autres fortunes de mer qui ont envoyé à la côte les chalutiers taïwanais Wen Hang Dar 168, Foo Man Yu Feng 1 et Foo Man Yu Feng 168...

Après le naufrage du Tresta Star, une barge de ravitaillement portuaire chassée par Batsirai de Maurice jusqu'à La Réunion, ce sont trois chalutiers asiatiques qui ont été drossés à la côte par le cyclone Emnati.

Mauvaise publicité pour une escale qui entend attirer toujours plus de bateaux dans ses eaux et son port, que ce soit pour débarquer du poisson pêché un peu partout, plus ou moins légalement, ou pour refueler.  En mer ou à quai, le "bunkering", les activités de soutage, sont en pleine expansion, soutenus par des conditions fiscales extrêmement avantageuses, à des années lumière du programme Maurice Ile Durable (MID) lancé en octobre 2008, à Paris, sous l'égide de l'UNESCO  lequel visait à " réduire la dépendance de Maurice sur les énergies fossiles dans le contexte plus global d’un développement durable…"

La politique mauricienne en la matière a même fait un 180°, car le refuelling est un secteur d'activité qui explose littéralement, sans que l'île présente d'avantages naturels en ce domaine, hors incitations fiscales, exemptions, privilèges en tous genres et pavillon de complaisance.

Port Louis devient donc une énorme station-service marine, spécialisée dans le fuel lourd, avec des norias de ravitailleurs portuaires qui livrent les acheteurs de bord à bord ; avec tout ce que cela implique comme risque de pollution. Plus de la moitié des 1939 bateaux qui ont "refuelé" à Maurice en 2021, l'ont fait par l'intermédiaire des barges, qui ont ainsi transféré plus de 80% des 618 171 millions de tonnes de fuel distribuées, (284 283 Mt en 2015).

- "A Mahebourg, la population ne peut plus manger de produits de la mer" -


Bien évidemment sur le plan réglementaire tout est formellement encadré, EIA oblige (Environmental Impact Assessment), mais cette vraisemblance administrative ne correspond pas vraiment à une réalité technique et sécuritaire.

C'est précisément ce que met en cause le collectif La platform Moris Lanvironnman dans son interpellation publique des autorités portuaires et gouvernementales qui stigmatise le fait que "7 dossiers portant sur les Environmental Impact Assessment (EIA), sont des copiés-collés en ce qui concerne les impacts environnementaux, mettant en lumière les écueils résultant de l'absence d'une évaluation environnementale stratégique pour cette nouvelle activité économique. Certaines des oil barges opèrent déjà à quai, mais les opérations en question concernent des points de ravitaillement hors quai.

Ces demandes de permis ElA se font dans le cadre de la décision du gouvernement de faire du oil bunkering un axe de développement économique, poursuivant et facilitant une décision prise en 2014. Outre les questions liées au changement climatique et aux engagements de Maurice à la COP 26, cet axe soulève celle de la gestion des risques environnementaux que font peser non seulement le soutage de pétrole en soi, mais aussi l'augmentation de toute l'activité maritime dans le port.Ceci sans la conduite d'une évaluation environnementale stratégique qui aurait compris une analyse des risques détaillée…" Fait marquant, le Tresta Star qui a fini sa carrière sur la Pointe du Tremblet, à Saint-Philippe, était du nombre des EIA mises en cause.

Enfin, les pollutions au mazout provoquées par des accidents de navigation sont en augmentation ainsi que le relate Carsten Pedersen, du Center for Alternative Research and Studies, Maurice (CARES).

"Le 7 juin 2016, le vraquier MV Benita, qui transportait 150 tonnes de pétrole, s'est échoué sur le récif extérieur d'Ilot Brocus, Le Bouchon, et si les plages ont pu rouvrir dans l’année, la pêche était encore impossible dans la zone 18 mois après l'accident. Lors des entretiens, le représentant du Syndicat des pêcheurs nous avait confié son inquiétude face au projet Albion Petroleum Hub (avitaillement et raffinerie de pétrole) et des risques de marée noire associés. Moins d'un an après notre visite, un navire japonais, le MV Wakashio s'écrasait sur l'un des récifs coralliens les plus fragiles au large de la Pointe d'Esny, laissant échapper, à partir du 6 août 2020, 1 000 tonnes d'un nouveau type de pétrole hautement toxique.

Cet évènement est considéré comme la pire catastrophe environnementale jamais survenue à Maurice, et malgré les premières actions de nettoyage (…) l'environnement côtier et marin reste gravement endommagé. A Mahebourg, la population ne peut plus manger de produits de la mer, ce qui montre également l’impact de cette catastrophe sur la sécurité alimentaire…"

- "Aucune action concrète de dépollution n’est entreprise"


En mars 2021, le Lurong Yuan Yu, chalutier battant pavillon chinois, s'est échoué sur un récif face à Pointe-aux-Sables près de Port-Louis. Le chalutier était à vide mais chargé de 130 tonnes de fioul et 5 tonnes de lubrifiants…

Ce chalutier présentait la particularité d'être propriété d'une société dont l’État chinois détient 40% des parts. Certains de ses sisters ships, parmi 84 bateaux chinois, ont été mis en cause pour avoir opéré illégalement dans les eaux malgaches entre 2019 et 2021.

Mercredi ce sont encore trois chalutiers qui se sont échoués sur des bancs de sable. Le taïwanais Wen Hung Dar 168, envasé à la Pointe-aux-Sables, est chargé de 90 tonnes de diesel… Les deux autres, Foo Man Yu Feng 1 et Foo Man Yu Feng 168, sont ensablés à Bain-Des-Dames, qui embarquent chacun environ 20 tonnes de fuel.

On comprend mieux pourquoi le Vasileos, qui avait été dirigé sur La Réunion pour limiter la pollution du Tresta Star, faute de pouvoir le remorquer, a cinglé sur Maurice de toute urgence, abandonnant l'épave du Tresta Star aux bons soins des autorités françaises fort dépourvues ; au grand dam du maire de Saint-Philippe, qui déplorait hier par communiqué "mes équipes m’ont alerté le jeudi 17 février du départ précipité des experts missionnés par l’armateur, qui nous ont alors informé que plusieurs m3 de fuel ont été évacués sur le Vasileos et qu’il restait dans les cales du navire autant sinon plus. J’en ai immédiatement informé le Préfet, demandant que le Plan POLMAR soit déclenché…"

Las, Emnati est passé par là, et l'urgence a changé d'île, "aucune action concrète de dépollution n’est entreprise. Pire, l’épave du Tresta Star est complètement délaissée et ne suscite plus que l’intérêt de curieux et de journalistes..."

L'armateur indien du Tresta Star n'a plus grand chose à attendre de l'épave, sinon de gros ennuis, pour peu que l'on mette la main sur lui…

plc/www.ipreunion.com / [email protected]

   

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