Six signalements de maltraitances en 2021 :

Ehpad : le Covid a mis en évidence le manque de moyens et de personnel


Publié / Actualisé
Les places en établissement d'hébergement pour personnes âgées et dépendantes (Ehpad) se font rares, en Métropole comme à La Réunion. Manque de moyens, de personnels, absence de vie sociale, le Covid-19 a fortement empiété sur les conditions de vie des résidents en plus de mettre en lumière les déficiences déjà existantes des établissements. Alors que le groupe Orpea, géant des EHPAD français, est dans la tourmente face aux accusations de maltraitances dans leurs établissements, l'île ne semble pas avoir été totalement épargnée par ces dysfonctionnements, à moindre mesure cependant. En 2021 dans l'île, alors qu'on décompte 1.540 résidents en Ehpad, les services de l'ARS ont reçu six réclamations relatives à des maltraitances. Des signalements qui n'ont finalement pas menés à la confirmation d'actes de maltraitance, d'après les autorités sanitaires. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)
Les places en établissement d'hébergement pour personnes âgées et dépendantes (Ehpad) se font rares, en Métropole comme à La Réunion. Manque de moyens, de personnels, absence de vie sociale, le Covid-19 a fortement empiété sur les conditions de vie des résidents en plus de mettre en lumière les déficiences déjà existantes des établissements. Alors que le groupe Orpea, géant des EHPAD français, est dans la tourmente face aux accusations de maltraitances dans leurs établissements, l'île ne semble pas avoir été totalement épargnée par ces dysfonctionnements, à moindre mesure cependant. En 2021 dans l'île, alors qu'on décompte 1.540 résidents en Ehpad, les services de l'ARS ont reçu six réclamations relatives à des maltraitances. Des signalements qui n'ont finalement pas menés à la confirmation d'actes de maltraitance, d'après les autorités sanitaires. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)

Chambre lumineuse, terrasse avec "vue magnifique sur l’océan Indien", service à la carte… Bienvenue en Ehpad, du moins sur le papier. Depuis le début de la pandémie du Covid-19, la mise en place du confinement a permis de révéler les conditions de vie et de travail des résidents et des personnels soignants. Si certaines résidences de standing vantent leurs atouts, la situation des Ehpad à La Réunion reste loin d’être idyllique. Pour l'année 2021, ce sont six signalements qui ont été faits à l'ARS concernant des suspicions de maltraitances. 

"Ces réclamations ont été instruites par l’ARS jusqu’à résolution. Si elles rendent compte de certaines incompréhensions entre les EHPAD et les familles des résidents, aucune n’a permis de considérer qu’il y avait une maltraitance manifeste à l’égard des résidents" indique cependant l'ARS, interrogée par Imaz Press. Elle précise par ailleurs que pour l'heure, aucun signalement n'a été fait pour 2022, et ce malgré une certaine libération de la parole suite à la parution du livre "Les Fossoyeurs" du journaliste indépendant Victor Castanet. Le livre a mis en évidence les dysfonctionnements généralisés au sein des Ehpad français du groupe Orpea, accusé d'avoir mis en place "un système qui maltraite nos aînés".

- Manque de moyens et de personnels -

Mais si aucun cas de maltraitance n'a été mis à jour, des problèmes au sein des Ehpad existent cependant bel et bien. Pierre-Laurent Masson-De-Loin est directeur du Pôle gérontologie de l’Ouest. Il s'occupe de trois Ehpad : celui de Fabien Lanave au Port, de Bois Olive à Saint-Pierre et Les Alyzés à Saint-Paul. Ces trois EHPAD accueillent 261 résidents, dont 80 dans l'établissement Fabien Lanave. "Sur nos 80 résidents de la résidence Fabien Lanave, 12 seniors sont pris en charge dans une unité de soins particuliers. Il y a 3 infirmiers et 4 aides-soignants. C’est loin d’être assez" déplore-t-il. "Cela fait 20 ans que j’exerce ce métier, et depuis 20 ans le personnel est en sous-effectif et on manque de moyen" ajoute-t-il.

Les résidents recoivent régulièrement la visite de professionnels de santé tels que des orthophonistes ou encore des ostéopathes. Cependant, la résidence ne compte que sept personnels soignants attitrés pour 80 résidents.  "S’occuper des seniors, c’est un choix. Durant le cyclone par exemple, nous sommes restés confinés avec eux pendant toute l'alerte rouge. On paye beaucoup de notre propre engagement. C’est un travail intellectuel, émotif et physique. Tous les seniors ne sont pas doux et gentils. Certains ont des troubles et sont vraiment dans un autre monde, tandis que d’autres ont tout simplement besoin d’assistance. Ils se lèvent la nuit, tombent de leur lit ou se font dessus" détaille Pierre-Laurent Masson-De-Loin.

"On travaille pour avoir du matériel, heureusement, de ce côté là nous avons des dispositifs au point. Nous avons la chance d’avoir les financements de l’ARS (Agence Régional de Santé) et du Conseil départemental. Nos trois Ehpad sont non-lucratifs, ils sont financés par l’État et l’ARS. On se bat tous les jours pour faire notre boulot et essayer de trouver des financements, que ce soit pour améliorer les repas ou encore les animations proposés aux résidents" déclare le directeur.

À La Réunion, le nombre de résidents en Ehpad a fortement augmenté. Aujourd’hui, on compte 1.540 places sur l’île. Cette capacité d’accueil totale est répartie dans la vingtaine d’Ehpad et maisons de retraite du département.

- Des places insuffisantes et une population vieillissante -

Et la situation ne risque pas de s'arranger, alors que La Réunion connaît un vieillissement accéléré de sa population. En 2015, 23.300 personnes de plus de 60 ans présentaient une perte d’autonomie à La Réunion. En 2050, ce nombre aura triplé.

La solidarité familiale envers les "anciens" est culturellement ancrée à La Réunion. Cependant, la prise en charge des personnes âgées par les membres de la famille disparaît peu à peu. La CESER (conseil économique et social), a montré dans une étude que ce phénomène était déjà présent en 2011. L’urbanisme, l’émancipation des femmes, l’éloignement géographique au sein des familles, et la paupérisation en sont à l’origine.

"Certaines familles sont tout simplement incapables de continuer de s'occuper de leur senior, les familles sont éreintées, elles travaillent, ont elles même des enfants et ne peuvent pas assumer ces obligations" estime Pierre-Laurent Masson-De-Loin.

L’ARS avait déjà abordé la question de l’insuffisance des conditions d’hébergement en Ehpad en novembre 2021. En effet, le nombre de places disponibles en EHPAD est très faible en comparaison à la métropole. Pour 100 séniors, il y a en moyenne 4,6 places disponible contre 1,2 à La Réunion.

Devant l’urgence de la situation, un Plan d’aide à l’investissement pour la création et rénovation d’Ehpad pour les Outre-mer a été déployé en 2021, d’une hauteur de 75 millions d’euros. L’ARS et le Conseil département ont exprimé, en octobre dernier, le souhait de créer 300 places supplémentaires d’ici 2025.

Interrogé, l'ARS a affirmé que "des crédits d’investissement d’un montant conséquent de 22 millions d’euros seront attribués aux établissements porteurs de projets de rénovation et de transformation d’EHPAD pour 2022 et les prochaines années."

Manque de soins, personnels débordés, Ehpad saturés, depuis quelques années les familles, les résidents, les médias et le personnel soignants tirent la sonnette d'alarme. Dernièrement, les Ehpad du groupe Orpea ont a été mis en lumière pour la maltraitance des seniors au sein de ses résidences. La médiatisation des conditions de vie en EHPAD s'est quant à elle amplifiée avec le confinement de mars 2020.

- Une année 2020 catastrophique : " ils étaient parqués" -

Suspension des visites, confinement en chambre, absence de masques, le premier confinement de mars 2020 a marqué les esprits par la rigueur des restrictions sanitaires en EHPAD. "Aujourd’hui, nous sommes très bien protégés contre le Covid, nous avons des sur-blouses, des masques, des charlottes, mais je ne dis pas que cela a été le cas au tout début de la pandémie", affirme Pierre-Laurent Masson-De-Loin.

"Actuellement, nous avons quelques résidents détectés positifs. Désormais, ils peuvent sortir et prendre l’air. L’année 2020 a été une catastrophe. Les mesures sanitaires sont passées à côté de la liberté des personnes âgées. Elles ont été parquées, isolées dans leur chambre. À ce moment-là, on ne comprenait pas le virus, mais on leur a fait plus de mal que de bien", assure le directeur.

À ce jour, entre 30 et 40 % de ses résidents ont été contaminé par le Covid-19. Aucun décès n'est à déplorer au sein de ces trois établissements. "Aujourd’hui, quasiment tous nos résidents sont vaccinés. Ils ont à nouveau le droit de sortir et on essaye de limiter au maximum l’isolement en chambre" indique-t-il.

"Le plus dur est sans doute de faire en sorte de rendre leur vie à l’EHPAD animée et dynamique. Avec le Covid, on ne peut faire que la moitié de notre travail. Les soins, la toilette ; ce n’est qu’une partie de nos fonctions. Il manque la vie sociale, les animations, les rencontres sans masques, la venue des coiffeurs, de la famille. Malheureusement, la situation sanitaire fait que tout n'est pas envisageable et c’est une torture. Nous ne sommes pas une prison", se désole le directeur d'EHPAD.

- "Les seniors ne sont pas des objets de soins" -

Selon Pierre-Laurent Masson-De-Loin, une possible campagne de contrôle aléatoire des EHPAD devrait être réalisée par l'ARS pour faire face aux accusations de maltraitance. Et "c’est sans doute une bonne chose", exprime le directeur. Pour lui, les maltraitances envers les seniors peuvent s'avérer réelles dans certains établissements. "Bien sûr que l’on peut être déçu par une prise en charge, mais il y a les sentiments qui jouent pour certaines familles", nuance t-il cependant.

"Dans les Ehpad, il y a des moments de vie, des choses fantastiques et puis des choses scandaleuses. Les seniors ne sont pas des objets de soins, mais des personnes. Il faudrait déjà commencer par changer le nom "Ehpad" (établissements d'hébergement pour personnes âgées et dépendantes) qui est affreux. Il y a encore beaucoup de progrès à faire. On n’est pas parfait, nous ne sommes que des humains" témoigne le directeur.

Hors période de crise sanitaire, l'ARS réalise des inspections dans 3 des 20 Ehpad de La Réunion, une fois par an. Devant le contexte national actuel, les ministère de la Santé et de l'autonomie ont mis en place un programme d'inspection confié à l’IGAS (inspection générale des affaires sociales) et à l'inspection générale des finances vis-à-vis du groupe Orpea.

L'ARS assure également la mise en place d'un "programme d'enquêtes placé sous le pilotage régional des ARS. Dans ce cadre, l’ARS La Réunion a d’ores et déjà demandé à l’ensemble des Ehpad de l’île (quel que soit le statut juridique de la structure) la transmission de documents actualisés permettant d'attester de la qualité des prises en charge des résidents".

"En complément, jusqu'à la mi-mars, l’ARS et le Conseil départemental vont contrôler 4 établissements privés et publics, sur des critères de choix en cours de définition et au vu des documents reçus" indique l'ARS, interrogée par Imaz Press. "Ce contrôle s’effectuera sur site en complément du contrôle sur pièces. En effet, les visites sur site permettront d'approfondir l'analyse de la situation, de réaliser des entretiens avec les équipes de direction et les salariés, et de recueillir la parole des résidents et/ou de leurs familles", a-t-elle ajouté. Une façon de s'assurer que les révélations faites en Métropole ne sont pas transposables à La Réunion.

mc/www.ipreunion.com / [email protected]

   

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