Inclusion :

Handicap : un site et bientôt une application pour répertorier tous les lieux accessibles


Publié / Actualisé
Le site porte bien son nom : "La Réunion pour tous", et deviendra bientôt une application mobile. Le but : permettre aux personnes en situation de de handicap de vérifier que les lieux où elles souhaitent se rendre, services comme loisirs, sont capables de les accueillir. Rampe d'accès, places de parking réservées, espaces adaptés... tous les outils d'accueil sont visités et vérifiés. Si le chemin est encore long, l'accessibilité semble s'être bien améliorée en 10 ans à La Réunion. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)
Le site porte bien son nom : "La Réunion pour tous", et deviendra bientôt une application mobile. Le but : permettre aux personnes en situation de de handicap de vérifier que les lieux où elles souhaitent se rendre, services comme loisirs, sont capables de les accueillir. Rampe d'accès, places de parking réservées, espaces adaptés... tous les outils d'accueil sont visités et vérifiés. Si le chemin est encore long, l'accessibilité semble s'être bien améliorée en 10 ans à La Réunion. (Photo d'illustration rb/www.ipreunion.com)

Elle s'appelle Camille Colombel et elle a souhaité rendre le quotidien des Réunionnais.es atteint.e.s de handicap plus facile. Pari réussi pour l'instant : sur son site, aussi clair que fluide, Camille présente les différents lieux capables d'accueillir les personnes atteintes de handicap.

Loisirs, restaurants, hébergements, services ou encore musées : tous les types de lieux sont visités un à un par ses soins. Mais Camille n'est pas seule pour réaliser ce lourd travail de recensement. A ses côtés, Eva Guyon, qui se déplace en fauteuil roulant. Son jugement est capital pour ne pas passer à côté de certains détails, parfois cruciaux.

- De la place de parking aux bureaux -

Pour l'instant, Camille et Eva se sont déplacées ensemble dans plus de 80 lieux. Le chemin reste long mais il est déjà bien entamé. "Ce qu'on regarde c'est s'il y a des places de parking réservées, comment est l'entrée de l'établissement, comment on circule en son sein, s'il y a des sanitaires adaptés également" liste Camille.

Parfois l'absence de certains dispositifs n'est pas rédhibitoire si l'accueil est à la hauteur. "Il arrive qu'il y ait un léger problème d'accès, comme un rebord bétonné qui rend le passage d'un fauteuil un peu difficile. Dans ce cas, on regarde s'il y a une proposition d'accompagnement rapide de la part des personnes présentes" explique-t-elle.

Tous les types de handicaps sont concernés : accès pour personne à mobilité réduite bien sûr, mais aussi handicap mental ou déficience auditive par exemple. "Ces champs sont plus complexes bien sûr et pour le handicap mental il faut prendre en compte le temps de circulation dans les espaces qui est différent" raconte Camille. Sans compter la présence des aidants, qui change la donne.

Une fois à l'intérieur des structures, Camille et Eva peuvent aussi compter sur l'expertise de Christine Adelson, ergonome et co-fondatrice d'Ergorun, spécialiste en ergonomie à La Réunion pour aider les entreprises à transformer leur espace de travail, favorisant l'inclusion de tous.tes les salarié.e.s.

"Dans les entreprises il y a encore beaucoup de travail à faire : la loi les contraint à rendre les espaces accessibles mais certaines, notamment dans le privé, préfèrent encore payer la contribution hélas" déplore-t-elle. Or aménager un poste de travail adapté, c'est aussi "valoriser les performances" assure l'ergonome. Son rôle auprès de Camille : discuter avec les employeurs, les sensibiliser sur l'importance d'aménager l'espace de travail. "En général, les gens sont réceptifs. On organise aussi des jeux de rôle pour qu'ils puissent mieux comprendre" explique-t-elle. Le tout : éviter au mieux les stéréotypes mais plutôt faire comprendre les obstacles que les personnes en situation de handicap peuvent rencontrer au quotidien.

Selon la loi, toute entreprise d'au moins 20 salariés se doit employer 6% de personnes en situation de handicap. C'est loin d'être le cas actuellement. "Les employeurs redoutent toujours une perte d'efficacité mais si l'environnement est adapté, ce n'est pas le cas. Notre but c'est d'atteindre ces 6%" lance Christine Adelson.

- Trottoirs et petits commerces : des lieux encore difficiles -

Pour Eva, les accès aux fauteuils roulants comme le sien s'améliorent. "Il y a 10 ans, La Réunion avait un vrai retard, mais maintenant il commence à se combler dans les bâtiments publics" remarque-t-elle. Et quand les structures ne sont pas aux normes, des travaux sont engagés, comme ce fut d'ailleurs le cas en novembre dernier au siège de la Civis, à Saint-Pierre.

Mais certains accès ne changeront sans doute jamais, en raison de la conception de certaines rues ou certains quartiers, notamment dans les hauts, qu'il faudrait alors entièrement refaire. Le plus gros souci pour Eva restant les trottoirs. "Au début il n'y en avait vraiment pas beaucoup à La Réunion, moi je vivais à la Plaine Saint-Paul et c'était très compliqué." Et encore aujourd'hui, beaucoup d'espaces notamment dans les centres-villes sont pourvus – quand il y en a – de trottoirs bien trop étroits.

Quand ils sont praticables, c'est l'absence de civisme qui empêche Eva de passer. "Moi je suis très souvent sur la route, tout simplement parce qu'entre les poubelles, les poteaux ou les voitures mal garées… c'est impossible de circuler." A la surprise de sa partenaire Camille, elle a donc appris à repérer de très loin l'état du trottoir, pour anticiper son passage.

Si Eva est persuadée de la bonne foi de certains établissements, elle est consciente que l'accès PMR sera sans doute toujours compliqué dans les petits commerces : "là-bas, il y a encore des marches, les rayons sont trop serrés… mais il s'agit souvent de bâtiments anciens". Et parfois, c'est tout simplement la géographie de l'île qui rend la circulation difficile : "La Réunion est une île volcanique, il y a des rues parfois très pentues !"

Après un an à visiter toute l'île, Eva et Camille espèrent bien recenser encore de nombreux lieux pour aider les personnes en situation de handicap à mieux s'y retrouver et savoir, avant même de se déplacer, si elles auront accès aux bâtiments souhaités. Pour qu'à terme, La Réunion soit vraiment accessible "à tous".

mm/www.ipreunion.com / [email protected]

   

3 Commentaire(s)

ZembroKaf, Posté
Merci pour cette initiative !!! Beaucoup de travail reste à faire dans le secteur "public" et surtout le secteur "privé" ... "un confort pour les handicapés...c'est un confort POUR TOUS !!! quand il y a des marchands/pharmacien empiétés sur les trottoirs (rue des bons enfants st pierre) ... avec la bénédiction de la mairie ...malheureusement l'accessibilité pour "tous" sera encore une belle "illusion" !!!Même chose devant "l'ex prisunic" devenu "LP" rue maréchal leclerc st denis...ah les beaux discours/inaugurations d'E.Bareigth mais la Mairie se plie pour quelques "voix" !!! Ma compagne est "handicapée" et moi-même je présente une "déficience visuelle" !!!
Respect des personnes , Posté
Le respect des personnes à mobilité réduite fait son chemin mais l'égoïsme est encore bien réel ici et ailleurs.
Handireunion, Posté
Un excellent site qui s'étoffe chaque semaine.L'accès pour un fauteuil roulant manuel (60cm de large et 1 m maxi de long) est différent d'un fauteuil électrique (selon configuration entre 60 et 80 cm de large et 1,10 à 1,40 de long).En revanche, dans des petites villes "anciennes" en métropole, la quasi totalité des commerces sont accessibles' Y compris dans l'ancien. Soit par une installation "aux normes", soit avec un bouton d'appel pour que le commerçant installe une rampe manuelle. Il faut arrêter de chercher des excuses à tout bout de champ. Pourquoi c'est possible ailleurs et pas ici ' Pas de contrôle comme le prévoient les ordonnances de Valls en 2014. Donc pas vu pas pris. Comme l'administration n'est pas vertueuse'Enfin pour se rendre vers tous ces beaux endroits, il faut pouvoir y aller. L'accessibilité des transports publics mériterai qu'on s'y penche un peu plus : https://www.facebook.com/groups/1599057596782044Les arrêts de bus non accessibles sur des lieux touristiques, toujours pas de transport adapté inter urbain (type car jaune), etc. S'il n'y a pas d'offre, il n'y a pas de demande.