18 familles attendent d'être relogées :

Saint-Denis : ils vivent dans un immeuble en ruines, voué à la démolition


Publié / Actualisé
C'est un spectacle des plus désolants à deux pas du centre de Saint-Denis : dans une odeur pestilentielle et au milieu d'appartements vides transformés en squats, 18 familles attendent encore d'être relogées. Leur immeuble, situé dans le quartier des Camélias, doit être démoli pour y construire de nouveaux logements. Mais leur bailleur qu'est la SIDR peine à leur trouver un appartement de substitution. En attendant, ils et elles continuent de vivre dans ce bâtiment quasi déserté, qui tombe en ruines. (Photos rb/www.ipreunion.com)
C'est un spectacle des plus désolants à deux pas du centre de Saint-Denis : dans une odeur pestilentielle et au milieu d'appartements vides transformés en squats, 18 familles attendent encore d'être relogées. Leur immeuble, situé dans le quartier des Camélias, doit être démoli pour y construire de nouveaux logements. Mais leur bailleur qu'est la SIDR peine à leur trouver un appartement de substitution. En attendant, ils et elles continuent de vivre dans ce bâtiment quasi déserté, qui tombe en ruines. (Photos rb/www.ipreunion.com)

Les boîtes aux lettres, rouillées et pleines de publicités à ras-bord, annoncent la couleur. Dans ce parking du 25 rue des Camélias à Saint-Denis, il suffit de lever la tête pour comprendre. La façade est usée, les fenêtres cassées, il règne une odeur âcre dans la cour. L'immeuble est voué à la démolition, mais des familles vivent pourtant encore sur place, dans l'attente d'un nouveau logement.

- Des espaces délabrés et squattés -

Sur 137 locataires, 119 ont été relogés ailleurs par le bailleur, la SIDR (Société immobilière du département de La Réunion). Les 18 autres vivent toujours dans cet immeuble fantôme. Résultat : de nombreux appartements, vidés de leurs occupants, sont squattés par des visiteurs du soir. Les portes, défoncées, sont poussées par les locataires voisins qui nous montrent l'étendue des dégâts : déchets étalés, vieux magazines déchirés, vêtements sales et usés, matelas déformés posés à même le sol. Au fond, des sanitaires recouverts de poussière. Les murs et portes des appartements sont enfoncés. Le tout dans une odeur constante d'urine et de moisissures.

Les parties communes pour leur part sont laissées à l'abandon : plus aucune lumière dans les couloirs, des toiles d'araignée envahissent les escaliers, les installations électriques tombent en miettes. La tuyauterie suinte par endroits, dans des alcôves grandes ouvertes.

Evelyne résume la situation en trois mots, alignés brutalement : "insalubre, dégueulasse, squatté". Cette habitante est à bout. "La SIDR ne s'occupe pas des locataires et chaque 15 du mois il faut quand même payer le loyer !" s'agace-t-elle. "Nous les Réunionnais on a peur de parler, mais maintenant on veut dénoncer. On est dans un département français, il faut qu'on nous écoute !"

Franck non plus ne veut plus se cacher. Ce locataire en situation de handicap nous ouvre la porte de son logement, en piteux état et surtout inadapté. Difficile pour cet homme qui se déplace avec peine de déambuler dans sa salle de bain et de monter dans sa petite baignoire carrée. "Heureusement que j'ai une personne pour m'aider" lâche celui qui aimerait bien des rampes sur lesquelles s'appuyer lorsqu'il fait sa toilette.

"On fait payer aux locataires un loyer et des charges, alors qu'il n'y a plus d'électricité, plus d'entretien des parties communes" dénonce Jean-Yves Sinimalé, président du Comité "Droit au logement" (DAL) 974, présent sur site pour accompagner les familles dans leurs démarches. "On demande au bailleur d'annuler les charges de 2021 et de ne plus facturer de charges pour 2022."

Sur ce point, la SIDR répond que "dans le cadre de la régularisation annuelle des charges de l'année 2021 qui seront traitées au mois de juillet 2022, nous pourrons avoir le dialogue avec les locataires concernés et sur les prestations entrant dans leurs charges". La question, si elle reste en suspens, est donc sur la table.

Quant aux espaces squattés, le bailleur affirme faire le nécessaire pour bloquer l'accès aux appartements vides. "C'est un travail compliqué puisqu'on est confrontés à des dégradations de personnes qui peuvent venir de l'extérieur. Il nous est aussi difficile d'investir des sommes très importantes sur des sites voués à la démolition" concède Thierry Ouillon, directeur général de la SIDR.

- Un difficile relogement -

Les habitants partagent un même sentiment : ils et elles auraient aimé rester dans leur logement. Certains y vivent depuis une trentaine d'années comme Paty, 52 ans, très attachée à son bel appartement qu'elle entretient avec soin. Il lui est difficile de voir dans quel état est laissé le reste de l'immeuble. "Les locataires ne sont pas sûrs de leur devenir car la SIDR n'est pas claire : démolir ou réhabiliter" fustige Jean-Yves Sinimalé. Les locataires qui restent "vivent dans des conditions sanitaires impossibles et un manque de sécurité. On risque le même drame qu'à la Marina, à Montgaillard."

Le bailleur de son côté est clair : le bloc est appelé à être démoli. Une preuve du manque de communication entre habitants et association d'un côté, et bailleur social de l'autre. "On a toujours des difficultés sur ce type d'opérations, les derniers habitants peuvent trouver le temps long et c'est normal. Ce n'est pas toujours simple de répondre à l'ensemble de leurs exigences, mais on essaie de le faire" se défend Thierry Ouillon, directeur de la SIDR. Si 137 logements doivent être détruits, 57 autres seront réhabilités sur ce site. A la place du bloc démoli, "des reconstructions seront effectuées, pour donner un nouveau souffle au site" ajoute le directeur.

Pour Evelyne cependant, hors de question de "sortir de la propreté pour aller dans la merde (sic)". L'habitante dénonce certains logements proposés par le bailleur, jugés peu accueillants. "On réhabilite d'abord l'intérieur des logements, puis on interviendra sur l'extérieur, c'est ce qui peut paraître long puisqu'on est sur des 'phasages' différents dans nos opérations" justifie Thierry Ouillon.

D'autres locataires refusent tout simplement d'abandonner leur appartement. Pour les convaincre, le bailleur affirme "tout faire pour répondre précisément à leurs besoins en matière de proximité, de besoin sur les rez-de-chaussée en cas de problèmes de déplacement". Mais pour Jean-Yves Sinimalé, les opérations manquent d'accompagnement : "certaines familles ne veulent pas être délogées après avoir vécu ici 25 à 30 ans dans le quartier. Ils et elles veulent trouver un logement décent et dans leur quartier, ce qui semble normal. On ne peut pas déplacer les gens comme ça !"

Autre problème : le manque de logements disponibles, ce que reconnaît le bailleur. "Nous avons un taux de rotation relativement faible sur le patrimoine de la SIDR. Il ne nous permet pas d'aller aussi vite que nous le souhaiterions, même si nous faisons régulièrement des propositions en commission d'attribution des logements" explique Thierry Ouillon.

La SIDR espère "trouver des solutions adaptées pour chaque famille d'ici la fin de l'année", en lien avec la Mous (maîtrise d'œuvre urbaine et sociale, ndlr), alors que le programme de rénovation urbaine est censé toucher à sa fin. Pour les habitants de cet immeuble des Camélias, il faudra donc patienter encore de longs mois avant de retrouver des conditions de vie plus dignes.

mm/www.ipreunion.com / [email protected]

   

1 Commentaire(s)

Ramier, Posté
Il Faut arrêter Gros langue de Bois Qui sont ces 18 familles ''Après vien pleurer des votes Extrêmes Les élus ne vivent la proximité