L'auteure est au Salon Athéna à Saint-Pierre :

Danièle Quartier et sa "Grammaire pédagogique du créole réunionnais"


Publié / Actualisé
Les éditions Lofis-Tikouti viennent de publier une "Grammaire pédagogique du créole réunionnais". L'ouvrage a été réalisé par Danièle Quartier, sociolinguiste et certifiée de lettres modernes, avec l'aide d'Axel Gauvin, écrivain et président de Lofis la lang kréol La Rényon. Il s'agit d'un outil s'adressant à tous y compris les natifs créoles. Entretien avec l'auteure qui dédicacera son ouvrage au stand de Lofis la lang kréol au Salon Athéna à Saint-Pierre le dimanche 15 mai entre 14h et 15h (Photos : DR)
Les éditions Lofis-Tikouti viennent de publier une "Grammaire pédagogique du créole réunionnais". L'ouvrage a été réalisé par Danièle Quartier, sociolinguiste et certifiée de lettres modernes, avec l'aide d'Axel Gauvin, écrivain et président de Lofis la lang kréol La Rényon. Il s'agit d'un outil s'adressant à tous y compris les natifs créoles. Entretien avec l'auteure qui dédicacera son ouvrage au stand de Lofis la lang kréol au Salon Athéna à Saint-Pierre le dimanche 15 mai entre 14h et 15h (Photos : DR)

Pourquoi avoir choisi de travailler sur la langue créole ?

 Je ne suis pas native de La Réunion mais j’y vis depuis 14 ans. Arrivée sur l’île, je me suis mise en tête d’apprendre le créole. Pendant environ 3 ans, j’ai donc participé à des cours proposés par Axel Gauvin à Lofis la lang kréol du Port. J’y allais chaque mercredi après-midi, pendant deux heures. C’était des cours simples, à base de dialogues courts. On avait des points de compréhension, de vocabulaire et de grammaire. Du fait de ma formationde sociolinguiste, j’avais toujours des questions sur la grammaire. Je n’étais pas toujours satisfaite des réponses qu’on m’apportait. Et puis un jour, Axel Gauvin m’a proposé de réaliser un ouvrage de grammaire créole. Il m’a aidée à créer cet ouvrage, en m’aidant à traduire et à analyser aussi parfois.

Votre expérience personnelle est donc à l’origine de cet ouvrage ?

Il y a mon expérience professionnelle, mais aussi mon expérience en tant que non-native. J’ai enseigné le français en collège et en lycée. Et j’ai rencontré des professeurs qui étaient en manque d’outils pour mieux comprendre cette langue et les élèves qu’ils côtoyaient.  A La Réunion il y a ce bilinguisme bien présent et c’est une spécificité que l'on doit prendre en compte. Le fait que les verbes ne s’accordent ni en genre ni en nombre, la variété du "li" et du "lu", les indices verbales "i" ou pré-verbales "té"…

Votre ouvrage est donc un manuel scolaire ?

Loin de là. L’une de mes motivations était d’aider au bilinguisme mais je précise que l’ouvrage n’est pas spécifiquement dédié aux enseignants mais bien à toutes personnes curieuses d’en savoir plus sur le créole et sa grammaire. L’objectif est de mieux comprendre le fonctionnement de la langue créole, comment elle se construit, quelles sont ses règles d’organisation, ses structures spécifiques…

De nombreux grammairiens ont travaillé sur le créole, qu’apportez-vous de plus ?

Je me suis justement inspirée de ces nombreux grammairiens et je me suis basée sur la richesse de leurs travaux. Je dirais que j’ai apporté des éléments théoriques comme la voix activo-passive où l’objet devient sujet ou encore la subordonnée infinitive de but par exemple.

Ce sont effectivement des notions très théoriques... 

Pour faire simple, la voix activo-passive fait dire en créole: "tomate i vann chèr". En français ça serait quelque chose comme "cette année, le prix des tomates est élevé". En français, l'accent est mis sur le prix, En créole, c’est l’inverse, c'est sur les tomates que l'on insiste

Et pour "la subordonnée infinitive de but"  ?

C’est une spécificité de la langue créole puisque cette structure n’existe pas dans la langue française. En français, pour une phrase complexe, on dirait par exemple : "Lisa va chez sa mère pour l’aider à faire son ménage". En créole on dirait : "Lisa i sa shé son monmon pou elle aidé son monmon nétoyé". C’est donc une subordonnée infinitive de but.

Vous parlez aussi de la variété du "li" et du "lu". Qu’évoquez-vous exactement ?

C’est un peu ce que l’on dit du créole des hauts et du créole des bas. Mais plus précisément, prenons le cas de l’imparfait.  En créole des bas, donc la variété du "li", on dira "moin té mange" pour "je mangeais". Le "té" est un indice pré-verbale indiquant que le verbe est conjugué au passé. En revanche, pour la variété du "lu", donc le créole des hauts on dira "mi mangé". On note un changement au niveau du pronom "mi" mais aussi de la terminaison fixe "é" à la fin.  De même pour les pronoms. Le "li" pourra désigner quelqu’un de masculin ou féminin et dans la variété du "lu", on désignera quelqu’un de féminin par "elle" et de masculin par "lu".

L’ouvrage a donc pour but de permettre à des personnes qui ne parle pas le créole réunionnais de passer du français au créole et inversement ? Comment l’ouvrage est-il constitué ?

La langue française et le créole réunionnais sont des langues partenaires. Pour passer de l’une à l’autre il faut maîtriser les deux. Dans le manuel, on retrouve des chapitres structurés en trois parties. Prenons le cas du présent. Dans une première partie, un chapitre est consacrée à un rappel des fonctions du présent dans la langue française, puis à une observation de textes de littérature réunionnaise pour en découvrir les règles, les fonctionnements. En deuxième partie, il y aura une mini leçon sur l’usage du présent en français et en créole. En troisième et dernière partie des exercices d’application.

Quel message souhaitez-vous passer aux personnes qui achètent votre livre ?

J’aimerais que les gens soient fiers de leur langue et surtout qu’ils se rendent compte que c’est bel et bien une langue. Qu’elle est originale et d’une grande richesse avec toutes ses spécificités et qu’il faut la valoriser. Le créole c’est plus qu’une langue, c’est l’Histoire de La Réunion avec toute sa multi-culturalité.

Propos recueillis par : mp/www.ipreunion.com / [email protected]

   

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