Droits des femmes :

Zone sud de l'océan Indien : un accès à l'avortement (dangereusement) limité


Publié / Actualisé
Si les femmes de La Réunion et de Mayotte peuvent avorter légalement depuis 1975, suite au vote de la loi Veil, il n'en va pas de même dans le reste du bassin sud-ouest de l'océan Indien. Les deux département français sont les seuls territoires de la zone à autoriser l'interruption volontaire de grossesse (IVG) jusqu'à 14 semaines sans condition. Entre interdiction totale et conditions extrêmement restrictives, les pays voisins imposent aux femmes des contraintes d'une rigueur parfois extrêmes et dangereuses. Cet état de fait, poussent régulièrement des femmes à recourir à des avortements illégaux, pouvant mener à de graves complications. Tour d'horizon de l'accès à l'avortement (Photo AFP)
Si les femmes de La Réunion et de Mayotte peuvent avorter légalement depuis 1975, suite au vote de la loi Veil, il n'en va pas de même dans le reste du bassin sud-ouest de l'océan Indien. Les deux département français sont les seuls territoires de la zone à autoriser l'interruption volontaire de grossesse (IVG) jusqu'à 14 semaines sans condition. Entre interdiction totale et conditions extrêmement restrictives, les pays voisins imposent aux femmes des contraintes d'une rigueur parfois extrêmes et dangereuses. Cet état de fait, poussent régulièrement des femmes à recourir à des avortements illégaux, pouvant mener à de graves complications. Tour d'horizon de l'accès à l'avortement (Photo AFP)

• Madagascar

A Madagascar, l’avortement est totalement interdit, même en cas de viol, d’inceste, de malformation du foetus ou de risque pour la mère. Selon l’article du code pénal, quiconque pratiquerait l'avortement encourt jusqu'à dix ans de prison et les femmes qui y ont recours jusqu'à deux ans d'emprisonnement.

Un projet de loi devait être examiné pour ouvrir l’IVG aux femmes dont la grossesse présenterait un danger, ainsi qu’aux victimes de viol et d’inceste, mais le bureau de l’Assemblée Nationale malgache a finalement décidé de retirer le texte de l’ordre du jour le 18 mai dernier.

Pourtant, selon Médecins du monde, les avortements illégaux sont la deuxième cause de mortalité maternelle après les hémorragies post-accouchement dans le pays. 52 % des avortements se font dans des endroits inappropriés comme le domicile des femmes ou des praticiens et 31% sont pratiqués par des personnes n'ayant reçu aucune formation médicale, selon une étude relayée par RFI.

Malgré son adhésion au protocole de Maputo, signé en 2003, qui devait garantis aux femmes l'accès au droit à l'avortement, le texte n'a jamais été ratifié. Ce pourquoi Madagascar est toujours, aujourd'hui, l'un des pays les plus restrictifs en matière d'avortement.

Maurice  

Chez nos voisins mauriciens, l’avortement est autorisé depuis 2012 sous certaines conditions. Une femme peut en  effet se faire avorter, mais seulement si sa vie est en danger, si la grossesse peut porter préjudice à sa santé physique et mentale, s’il y a un risque de malformation ou d’anormalité physique ou mentale chez le fœtus. Une grossesse peut aussi être interrompue si elle est la conséquence d’un viol, d’un inceste ou de relations sexuelles avec mineure. L’avortement peut être pratiqué jusqu’à 14 semaines de grossesse.

Selon la loi, la femme souhaitant se faire avorter doit cependant avoir l’autorisation d’un comité composé de spécialistes et l’intervention n’est possible que dans les cinq hôpitaux régionaux ainsi que dans les institutions privées accréditées par le ministère de la Santé.

En raison des conditions imposées par le gouvernement mauricien, les avortement illégaux restent donc présents chez nos voisins. L’ONU a d’ailleurs noté "le nombre élevé de grossesses chez les adolescentes et d’avortements non médicalisés" dans un rapport publié en 2018. D’après Défisanté, média mauricien, entre 10.000 et 15.000 avortements sont pratiqués tous les ans à Maurice. "C’est, en tout cas, ce qu’indiquent le Muvman liberasion fam et la Mauritius Family Planning and Welfare Association" écrivent nos confrères. Officiellement, il y a eu trois avortements thérapeutiques en 2015, quatorze cas en 2016 et sept en 2017. Loin des chiffres réels, donc.

• Seychelles

Aux Seychelles, la législation est comparable à Maurice : l’IVG est autorisée, mais sous condition. Pour pouvoir avorter, la grossesse doit présenter un danger pour la santé physique ou mentale de la femme. Il est aussi possible d’avorter en cas de malformation du foetus, ou si la grossesse résulte d’un viol ou d’inceste. L’IVG peut être pratiqué jusqu’à la 12ème semaine de grossesse.

Comme à Maurice, la patiente doit d’abord se présenter devant un conseil d’administration, géré par le ministère de la Santé, afin de faire approuver sa demande.

Une législation qui, pour l’heure, ne devrait pas évoluer, alors que la religion reste encore très présente dans l’archipel. "Il n’y a pas de mouvement militant pour une extension du droit à l’IVG" nous explique notre correspondant aux Seychelles, précisant cependant qu’il existe "d’autres méthodes d’IVG pratiquées par les femmes qui ne tombent pas sous le coup de la législation".  

L’ONU a d’ailleurs alerté en 2018 sur "l’accroissement du nombre des avortements pratiqués dans de mauvaises conditions de sécurité et le fait que le code pénal prévoit de lourdes sanctions en cas d’avortement illégal", soit sept ans d’emprisonnement, et recommandant donc la dépénalisation de l’avortement.

• Maldives

Aux Maldives, archipel le plus éloigné de notre zone de l’océan Indien, interdit aussi l’avortement sauf en cas de viol, d’inceste ou de risque pour la santé de la mère. L’IVG n’est pas autorisé en cas de risque de malformation du foetus, sauf si dernier est diagnostique d’une thalassémie majeure ou d’une drépanocytose majeure - deux maladies touchant les globules rouges - ou en cas de malformations congénitales multiples, selon les données de l’Organisation mondiale de la santé. L’avortement ne peut par ailleurs être pratiqué qu’avec le consentement du conjoint.

Comme pour tout pays où l’avortement n’est pas totalement légal, les IVG sont tout de même existantes, mais pratiqués dans l’illégalité. La Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (CEDAW) notait en 2018 une augmentation du nombre d’avortement illégaux, et a pressé le gouvernement à recueillir "des données et d’effectuer des recherches sur la prévalence des cas d’avortement clandestin et non médicalisé, ventilées par âge et par lieu géographique".

L’ONU a par ailleurs alerté sur les services de santé procréative qui n’étaient "pas accessibles à tous". "Les jeunes filles enceintes non mariées peinent à en bénéficier, les grossesses hors mariage étant condamnées par la société et interdites par la loi. Par voie de conséquence, les avortements sont de plus en plus souvent clandestins et non médicalisés, ce qui met gravement en péril la santé et la vie de ces adolescente" a-t-elle alerté.

• Comores

L’avortement est totalement illégal aux Comores, sauf en cas de "motifs médicaux très graves constatés par écrit par deux médecins au moins", indique la constitution. La loi de l’archipel indique en effet dans l'article 304 que "quiconque, par aliments, breuvages, médicaments, manœuvres, violences ou par tout autre moyens aura procuré ou tenté de procurer l'avortement d'une femme enceinte, ou supposée enceinte qu'elle y ait consenti ou non , sera puni d'un emprisonnement d'un à cinq ans et d'une amende de 15.000 à 100.000 francs"

Les femmes, elles, peuvent être punies d'un emprisonnement de six mois à deux ans et d'une amende de 15.000 à 100.000 francs.

Si l’ONU et la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'encontre des femmes mènent régulièrement des missions pour faire le point sur l’accès aux soins partout dans le monde, aucun rapport n’a été publié pour l’heure concernant la situation aux Comores.

www.ipreunion.com / [email protected]

 

   

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    2 Commentaire(s)

    Romuald, Posté
    Pays indépendants, mais où les femmes sont complètement dépendantes du bon vouloir des hommes !Et bien sûr aussi où les religieux, essentiellement des hommes, imposent cette dictature aux femmes au nom de leurs divinités et où les religions et le pouvoir marchent main dans la main. Liberté pour les femmes dans tous les pays, les femmes doivent être les seules à disposer de leurs corps !
    En dehors de tout argument rationnel,, Posté
    l'interdiction de l'avortement pour ces pays est l'un des moyens pour exercer sur les femmes une domination patriarcale, pour exercer un contrôle sur le corps, sur la sexualité des femmes !Les talibans vont jusqu'à leur interdire l'accès à l'éducation et les font disparaître par le port de la burka de l'espace public. Les femmes afghanes se voient nier leur humanité et se font transformer en machine à porter des enfants, porter de l'eau, en poupée gonflable !Elles sont devenues des objets !