Sécurité alimentaire :

Dérivés de pétrole dans les aliments : des limites fixées suite aux pressions de foodwatch


Publié / Actualisé
Ce jeudi 16 juin 2022, l'organisation de défense des consommateurs Foodwatch a annoncé une décision très importante pour la sécurité alimentaire. La Commission européenne vient enfin de prendre des mesures fortes contre la contamination de nos aliments par les huiles minérales aromatiques (MOAH), reconnues dangereuses pour la santé. Il est désormais exigé que tous les produits alimentaires soient exempts de MOAH, au-delà de seuils précis (limites de quantification).
Ce jeudi 16 juin 2022, l'organisation de défense des consommateurs Foodwatch a annoncé une décision très importante pour la sécurité alimentaire. La Commission européenne vient enfin de prendre des mesures fortes contre la contamination de nos aliments par les huiles minérales aromatiques (MOAH), reconnues dangereuses pour la santé. Il est désormais exigé que tous les produits alimentaires soient exempts de MOAH, au-delà de seuils précis (limites de quantification).

Cette décision, entrée en vigueur immédiatement sans même attendre l’avis de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) prévu pour fin 2022, a provoqué une onde de choc au sein de l’industrie agroalimentaire. Leurs produits contaminés par des dérivés d’hydrocarbures dangereux (MOAH), potentiellement cancérigènes et génotoxiques, devront en effet être retirés du marché. C‘est le résultat d’une pression exercée sans fléchir depuis 2015 par Foodwatch. "Pour foodwatch, c’est une victoire qui doit être suivie à présent d’une réglementation et donc de contrôles serrés, sanctions, garanties de la santé des consommateurs."

"Foodwatch a révélé trois fois depuis 2015 par des tests en laboratoires l’omniprésence d'huiles minérales nocives dans les aliments. A chaque fois, les géants comme Auchan, Danone, Nestlé et Unilever ont refusé de reconnaître le problème et de retirer leurs produits contaminés du marché. Nous avons dû nous appuyer sur les autorités pour faire respecter la loi relative aux produits non-conformes. Cette fois, nous avons gagné : l’UE confirme enfin qu’il est interdit de commercialiser des produits contaminés par ces MOAH au-delà de seuils stricts", a commenté Karine Jacquemart, directrice de foodwatch France.

Cette décision politique devra être transposée dans la règlementation européenne. Néanmoins, compte tenu des risques de ces contaminants pour la santé, ces mesures entrent en vigueur immédiatement et devraient mener à davantage de contrôles et de rappels dans tous les Etats membres. "Ces huiles minérales contiennent des milliers de composants chimiques de structures et de tailles différentes. On les retrouve dans des colles, des encres d’impression, des lubrifiants de machines, des produits de nettoyage ou encore dans certains pesticides", indique Foodwatch. "Elles migrent facilement et contaminent nos aliments alors qu’elles n’ont strictement rien à y faire."

Les huiles minérales aromatiques (MOAH) peuvent provoquer des cancers, altérer votre patrimoine génétique (caractère mutagène) mais aussi perturber le système hormonal (perturbateurs endocriniens). "Ces derniers participent par exemple à la baisse de la fertilité, au développement de puberté précoce, à des malformations du fœtus ou encore au développement de maladies métaboliques telles que le diabète", précise l'organisation.

- Des limites fixées -

Après sept ans de campagne et trois séries de tests en laboratoires par Foodwatch pour dénoncer la contamination des aliments en Europe par des dérivés de pétrole dangereux pour la santé, la Commission européenne et les pays de l’UE se sont enfin décidés à agir : ils ont fixé des seuils pour la présence d’huiles minérales aromatiques (MOAH) dans tous les produits alimentaires lors de la dernière réunion du Comité permanent des végétaux, des animaux, des denrées alimentaires et de l’alimentation animale (ou Scopaff pour Standing Committee on Plants, Animals, Food and Feed) du 21 avril, (dont le compte-rendu a été rendu public le 17 mai). Ces seuils correspondent aux limites de quantification (LQ) suivantes :

- 0,5 mg de MOAH par kilo de produit autorisé pour les aliments secs à faible teneur en graisse/huile (≤ 4 % de graisse/huile) – c’est le cas, par exemple d’aliments comme les pâtes, le riz, la farine ;
- 1 mg de MOAH par kilo dans les aliments à forte teneur en matières grasses/huile (> 4 % de matières grasses/huile) – par exemple dans les cubes bouillons, le chocolat, les pâtes à tartiner, le pesto ;
- 2 mg de MOAH par kilo pour les graisses et huiles, dont beurre et margarine.

La dangerosité des MOAH est telle que l’Autorité européenne de sécurité des aliments, l’EFSA, estime que toute exposition à travers l’alimentation présente un risque. L’agence le souligne : aucun taux d’exposition ne peut être considéré comme " sûr ". Or, les enquêtes menées par foodwatch ont révélé une déconcertante omniprésence de ces dérivés du pétrole dans nos assiettes depuis 2015. Un nouvel avis de l’EFSA mis à jour est attendu pour la fin de l’année 2022.

   

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